Le coronavirus pousse à la dictature et pas seulement en Chine

Xi Jinping by Global Panorama(CC BY-SA 2.0) — Global Panorama, CC-BY

Le 29 janvier, la Chine faisait encore pression sur l’OMS pour qu’elle ne déclare pas « une urgence internationale ». Si la dictature a permis d’en sortir, c’est elle aussi qui en est la cause première.

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Avez-vous remarqué sur les réseaux sociaux l’avalanche d’articles ou de « témoignages » à la gloire de la Chine, du genre « ce régime politique est formidable, il a réussi à juguler une terrible épidémie » ?

Vous avez sans doute également remarqué qu’il n’y aurait pas officiellement de malades en Corée du Nord, ni à Cuba, qu’il y en aurait très peu en Russie et qu’il y en a probablement beaucoup plus qu’avoué en Iran.

De la dictature au virus

Mais cette nouvelle propagande chinoise se garde bien de rappeler où et comment l’épidémie s’est déclenchée.

Et si elle a pris cette ampleur, c’est bien suite aux tentatives d’étouffement de l’information quand les médecins de Wuhan alertant les autorités chinoises se sont fait accuser de répandre de fausses nouvelles, comme le docteur Li Wenliang, lanceur d’alerte à Wuhan, décédé de la maladie en février.

Les autorités chinoises n’ont informé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que le 31 décembre, alors que les premiers patients avaient été hospitalisés le 16 du même mois.

Le 29 janvier, la Chine faisait encore pression sur l’OMS pour qu’elle ne déclare pas « une urgence internationale ». Bref si la dictature a permis d’en sortir, c’est elle aussi qui en est la cause première.

On retrouve le processus qui a amené les pays communistes, Chine comprise, à être des catastrophes environnementales en étouffant les protestations locales.

Or les dictatures se multiplient ! Et cela date de bien avant le coronavirus.

Le président Xi en Chine et Vladimir Poutine en Russie ont obtenu de rester quasi indéfiniment au pouvoir.

Le président Assad en Syrie reprend le contrôle de son territoire, mais pas de sa population, qui ne veut pas revenir et préfère les pays voisins et l’Europe.

En Algérie la mise à l’écart du clan Bouteflika cache de moins en moins l’emprise des militaires.

En Turquie, le président Erdogan est de plus en plus autoritaire et islamiste.

Et si nous remontons plus loin dans le temps, on voit que les dictatures sont coriaces.

Le modèle chinois remplace le soviétique

Au XXe siècle, les dictatures étaient souvent inspirées par le modèle communiste à la soviétique ou son imitation fasciste. Mais le premier a échoué et le second a été écrasé.

Par contre le succès du modèle chinois le rend attractif.

Les gouvernants de nombreux pays sont tentés, notamment en Afrique. Cela tuera la démocratie dans leur pays, mais cela ne leur déplait pas vraiment.

La Chine les encourage dans cette évolution comme on peut constater par exemple en Afrique.

Et la pandémie actuelle pousse vers l’autoritarisme, voire la dictature.

Du virus à la dictature

En effet les gouvernants, et souvent les gouvernés, tiennent des propos du genre : « Si nous étions en dictature, nous pourrions mieux confiner, contrôler, supprimer le droit de retrait pour faciliter la production et la distribution etc. ». Bref la peur mène à accepter que l’État se dote de prérogatives toujours plus dures. En France et ailleurs, et notamment en Chine.

Ainsi l’épidémie permet au parti communiste chinois de contrôler encore plus sa population. (Dionysios Stivas et Nicholas Ross Smith, The Conversation) tandis que le président Xi se pose en sauveur.

Il a notamment déclaré à 170 000 responsables du parti et de l’armée que le pays avait « une fois de plus montré les avantages de la direction du Parti communiste de Chine et du système socialiste à caractéristiques chinoises. »

Mais pour affirmer cela il faut faire taire les voix divergentes.

Le contrôle de l’information

À Wuhan ont disparu deux journalistes qui avaient filmé la mise en quarantaine (L’Express.fr du 13/02/2020).

Puis il y a eu le renvoi de journalistes étrangers, dont ceux du New York Times, du Washington Post et du Wall Street journal, la présence de policiers et de militaires dans les locaux des journaux.

Et une petite guerre sur Internet entre mots-clés bloqués par la censure et tentatives de la contourner par un langage codé.

Du fait de cette absence d’information, et donc de l’incrédulité du public, les chiffres les plus fous circulent sur le nombre réel de morts (100 000 ?) qui s’appuient notamment sur la différence par rapport à l’évolution italienne.

On peut légitimement se demander comment l’Italie, avec ses 60 millions d’habitants et moins de cas déclarés, pourrait avoir beaucoup plus de morts que la Chine entière avec près de 1,4 milliard de Chinois ?

L’incrédulité gagne même l’économie. Les statistiques chinoises sont de moins en moins crues.

Et ça pourrait s’accentuer car, d’après journal Caixin, les autorités locales, tenues de relancer la production, auraient discrètement demandé aux usines de tourner à vide et de laisser les lumières et les climatiseurs allumés pour gonfler l’indicateur qu’est la consommation d’électricité.

Enfin on ne change pas les bonnes habitudes, et de nombreux écrivains préparent des livres et des manuels scolaires montrant que la Chine a été exemplaire et que son « empereur » a gagné la bataille contre le virus… introduit par les États-Unis. Que l’on pourra donc accuser si l’épidémie redémarre.

Deux illustrations : la publicité d’une page dans The Economist du 21 mars avec comme titre « Le président Xi mène (le monde) à la victoire contre le virus », tandis que la télévision chinoise montre les envois de matériels vers le reste du monde et notamment l’Italie… et oublie ceux reçus par la Chine il y a deux mois, notamment les 17 tonnes envoyées par la France.

Parallèlement, selon Le Monde du 21 mars, la Chine proteste officiellement contre toute critique et notamment contre la formule « le virus chinois ».

Pression efficace, mais perte de crédibilité

Et ça marche, comme en témoigne le silence des pays arabes et de l’Iran sur la répression des Ouïgours.

Sans parler des représailles envers les étrangers qui déplaisent : déprogrammation par la télévision chinoise en décembre 2019 d’un match international ou de la tournée d’un orchestre tchèque dont les propos sur Taiwan avaient déplu.

Il n’est pas certain que tout cela serve la Chine.

D’abord à l’intérieur : l’absence ou le biais d’information est contre-productif car elle étouffe tout débat, ce qui finit par nuire à l’efficacité. Celle de la riposte sanitaire comme celle de l’économie.

Ensuite à l’extérieur, où à la perte de crédibilité s’ajoute la suspicion politique maintenant que la politique étrangère a cessé d’être modeste et affiche ses ambitions.

On sent venir le désir non plus seulement de participer activement à la mondialisation mais de « siniser » le monde.

Pourtant la méthode chinoise de maîtrise de l’épidémie n’est pas forcément la meilleure.

D’autres pays réussissent à la stopper sans confinement ni contraintes : Taiwan, la Corée du Sud et Singapour. Ils sont pourtant de civilisation chinoise ou voisine.

Bars et restaurants y restent ouverts, mais on teste et on suit les probables contaminés et leurs proches. Et surtout ils évitent de déployer « Big Brother ».

La défiance mène même à des réactions contre-productives : on se méfie de la chloroquine, parce qu’elle est recommandée par les Chinois, alors que la piste est suivie depuis longtemps par des spécialistes français et occidentaux.

À moyen terme la réorganisation des chaînes de production va se faire au détriment de la Chine.

L’expérience de l’épidémie et la perte de crédibilité s’ajouteront à la hausse des salaires chinois et à l’intervention croissante du parti dans les entreprises.

Les dictatures sont des parasites

Un parasite ne peut vivre seul. Si son support meurt, lui aussi. L’URSS comme les autres pays communistes dépendaient du monde extérieur, non seulement pour ce qu’ils n’étaient pas capables de produire eux-mêmes, mais aussi et surtout parce qu’étant partiellement bloqués intellectuellement, l’innovation venait principalement de l’étranger.

De plus les marchés extérieurs avaient une vertu ignorée du public non libéral : donner les informations nécessaires à l’administration communiste pour connaitre les coûts et les prix. En effet, faute de marché intérieur, l’administration devait déterminer les quantités nécessaires pour chaque usine par les « tableaux inter-industriels » (il faut produire X tonnes d’acier, dont Y iront à la fabrication des missiles, Z à celle des casseroles etc.). Tableaux bien sûr toujours imparfaits et en retard sur la réalité des besoins.

La Chine a corrigé cette grande faiblesse après Mao en passant partiellement à l’économie de marché, ce qui est une des raisons de son succès.

Mais pas suffisamment du fait du poids des entreprises d’État (plus de 50 % du PNB) et des décisions politiques, ce qui est lié.

Et on oublie l’autre raison du succès, qui est le rattrapage par imitation. C’est un processus naturel et efficace… tant que la liberté intellectuelle existe chez « les autres ».

Bref « la sinisation » paralyserait le monde. La dictature est bien plus qu’une menace pour la liberté.

Laissons le dernier mot à Georges Soros (le 28 février sur vudailleurs.com) :

« Les Européens considèrent la Chine principalement comme un partenaire commercial important… alors qu’elle menace des valeurs sur lesquelles l’Union européenne (et l’Occident) a été fondée ».

Et donc, avec la liberté, le niveau de vie du monde, l’environnement, et on le constate aujourd’hui, la santé.

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