Chine : épidémie ou pas, la propagande continue

American and chinese flag by futureatlas.com (CC BY 2.0) — CC-BY

Que penser des réactions de l’administration américaine face à la Chine, de sa politique face à la Chine ?

Par Vladimir Vodarevski.

Le président Trump fait à nouveau parler de lui. Cette fois, parce qu’il appelle le coronavirus Covid-19, originaire de Chine, virus chinois. Ce qui entraîne des polémiques. Certains allant jusqu’à considérer qu’il cherche à détourner l’attention de sa gestion de l’épidémie aux USA.

Cette passe d’armes est un nouvel épisode des relations tumultueuses entre le président Trump et la Chine communiste, les disputes ayant commencé par le commerce. On peut néanmoins s’interroger sur un biais défavorable éventuel dès qu’il s’agit du président américain.

Par ailleurs, ne faudrait-il pas s’interroger sur les buts politiques et géopolitiques de la Chine communiste dans cette affaire ?

État des lieux

La dispute entre l’administration américaine et la Chine a commencé par le commerce. Le président Trump a affiché sa volonté de renégocier les accords commerciaux entre la Chine et les USA. Il considère que les accords actuels sont trop favorables au pays communiste.

Il considère que la Chine peut exporter plus facilement aux USA, avec des droits de douanes inférieurs, que les entreprises américaines en Chine. De même, il considère que les entreprises chinoises sont plus libres d’investir aux États-Unis que les entreprises américaines en Chine. Enfin, il veut renforcer le respect de la propriété intellectuelle par la Chine.

Sur ces entrefaites, un nouveau virus apparaît en Chine, à Wuhan dans la province du Hubei. Le président Trump s’attire d’abord les foudres de Pékin en restreignant l’entrée sur le territoire américain des personnes venant de Chine. Ensuite, en baptisant ce nouveau virus originaire de Chine le virus chinois.

La bataille s’engage, les USA ripostant aux protestations chinoises. Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, accuse la Chine de vouloir faire croire que le virus viendrait des États-Unis. En cause, les messages twitter d’un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, le 13 mars, laissant entendre que l’armée américaine aurait introduit le virus à Wuhan.

Le secrétaire d’État considère que la Chine n’a pas tout dit sur le virus, et que les morts seraient beaucoup plus nombreux qu’annoncé. Ces mauvaises informations sur la contagiosité du virus et sa virulence ont empêché les autres pays de prendre à temps les mesures adéquates.

Trump dans les médias

Les efforts du président Trump pour renégocier les accord commerciaux entre les USA et la Chine ont été fortement critiqués dans la plupart des médias, français notamment. Il a été souligné que la bataille lancée par le président Trump allait ralentir la croissance, et coûter des emplois aux USA. Le président Trump était critiqué pour son protectionnisme.

On ne peut cependant éviter d’être frappé par un paradoxe : les médias français qui critiquent habituellement la mondialisation, et en particulier les délocalisations en Chine, se retrouvent à en faire l’éloge contre le protectionnisme. Il semblerait que, quoi qu’il puisse faire, même vouloir prendre des mesures considérées comme anti-mondialisation, le président Trump sera toujours critiqué.

Mais pourquoi tout ce tintamarre à propos de l’appellation de virus chinois ? Il est apparu en Chine, il vient de Chine, il est… chinois. Ne parle-t-on pas de grippe espagnole, de grippe asiatique, sans que cela n’ait posé aucun problème jusqu’à maintenant ? (Il paraîtrait qu’aujourd’hui les contributeurs Wikipedia s’écharpent pour savoir s’il faut changer la dénomination de la grippe espagnole).

C’est la Chine qui proteste avec véhémence. Connaissant ce pays, est-il concevable qu’elle puisse avoir une stratégie de propagande, visant à essayer de ne plus être associée à cette épidémie, et même, comme l’accuse le secrétaire d’État américain, à tenter de faire porter le chapeau de la propagation du virus aux USA ? Est-ce possible, de la part d’un régime communiste ?

Évidemment, la réponse coule de source : l’hypothèse est plausible.

La Chine, modèle du monde ?

La Chine est un pays communiste. Son but, quasiment affiché, est de montrer que son modèle est le meilleur pour tous les pays. Ce modèle, c’est un certain degré de liberté économique, et beaucoup d’autoritarisme. Ainsi, les opinions, l’information, l’expression, sont strictement surveillées et encadrées. Les comportements sont surveillés. Il existe même une application pour smartphone qui distribue les bons points ou les sanctions en fonction du comportement des individus.

La gestion du virus a suivi cette politique. Au début, ceux qui alertaient sur le virus ont été punis. Tout le monde a entendu parler de ce médecin qui a prévenu des dangers du virus, et que Pékin a fait taire. Il a depuis succombé des suites de l’épidémie. Ensuite, alors que la Chine communiquait sur le nombre de morts, celui-ci s’est brutalement réduit. Une réduction aussi brutale ne paraît pas plausible au vu de ce qui se passe ailleurs.

Tout le message de la Chine est calibré pour montrer que, face à l’épidémie, son régime autoritaire est plus efficace que les démocraties. Ce à quoi les démocraties de Corée du Sud et de Taïwan ont apporté un démenti évident.

Par ailleurs, le président Xi Jinping est le dirigeant chinois qui rassemble le plus de pouvoir peut-être depuis Deng Xiaoping. La Chine est aussi engagée, ouvertement, dans une politique étrangère expansionniste. En témoigne sa politique de route de la soie, pour contrôler une route entre l’Asie et l’Europe. En témoignent ses ambitions en Afrique, avec notamment une base à Djibouti. En témoigne la militarisation de la Mer de Chine, avec des îlots militarisés. En témoigne son action pour faire passer rapidement Hong-Kong sous le joug communiste.

Covid 19, la politique continue

Épidémie ou pas, morts ou pas, la politique continue. L’action de la Chine à propos du Covid-19 s’inscrit dans les buts politiques et géopolitiques qu’elle poursuit, de manière assez ouverte d’ailleurs. Au-delà même du président Trump, l’administration américaine a conscience de ces buts politiques et géopolitiques. Et c’est en fonction de ces buts qu’elle répond à la Chine. Nous voyons là une bataille géopolitique à l’échelle du monde.

Que penser des réactions de l’administration américaine face à la Chine, de sa politique face à la Chine ? Le but ici n’est pas de répondre à cette question. Chacun peut avoir son avis. Mais cet avis doit s’inscrire dans cette bataille géopolitique, et tenir compte de ce qu’est la Chine, de ses buts. Et ne pas se laisser guider simplement par l’appréciation que l’on peut avoir du président Trump.

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