Le seul Dieu admis en Chine, c’est le parti communiste

Soldier at Tian'anmen Square By: Richard Fisher - CC BY 2.0

La transformation fondamentale du message chrétien ne fait qu’étendre aux Églises chrétiennes l’esprit de la révolution conservatrice opérée par Xi Jinping.

Par Frédéric Mas.

En mars 2018, le Conseil chrétien de Chine et le « mouvement patriotique » protestant se sont réunis à Nankin pour promouvoir le nouveau plan quinquennal visant à la « sinisation du christianisme ». L’ambition est claire. Il ne s’agit pas de parler du christianisme en Chine, mais d’adapter le christianisme au socialisme chinois.

Le document ne propose pas seulement d’adapter la liturgie et les formes d’expression de la foi aux coutumes locales. Il explique que la Bible devra être retraduite et les commentaires bibliques réécrits en conformité avec le socialisme 2.0 de Xi Jinping.

Que la persécution des Églises chrétiennes clandestines culmine avec la réécriture et la réinterprétation de la Bible n’est pas anodin : ce qui est attaqué frontalement, c’est la liberté de conscience aussi bien que la liberté religieuse. Or c’est la liberté de conscience qui est à l’origine de la modernisation occidentale et de la naissance des institutions libérales et démocratiques.

Protestantisme et liberté de conscience

L’esprit libéral des Lumières naît au XVIIe siècle, mais le sillon est creusé dès le XVIe siècle avec la Réforme, qui va introduire le scepticisme et préparer la liberté religieuse. La naissance du protestantisme est, comme le rappelle l’historien Richard Popkin1, le conflit qui oppose Martin Luther à la papauté porte essentiellement sur le critère de la connaissance religieuse.

Dans la dispute de Leipzig de 1519 et dans ses écrits de 1520, Luther rejette la règle de foi définie par l’Église et avance un critère radicalement nouveau. Dans ses affirmations à la Diète de Worms de 1521, il affirme qu’est vrai ce que la conscience est inévitablement conduite à croire en lisant l’Écriture sainte, et cela sans le secours des Conciles ou de l’autorité du Pape.

La conscience devient affaire d’adhésion individuelle d’un côté, et l’Église médiévale se voit contestée le monopole d’interprétation des textes bibliques. Pendant les siècles suivants, l’Europe va se déchirer pour tenter de concilier les termes du problème théologico-politique posé par Luther.

L’esprit réactionnaire du totalitarisme

Le libéralisme moderne, pénétré de philosophie des Lumières, répond au problème théologico-politique posé par la Réforme en faisant de la religion une affaire privée2. La vie spirituelle est de l’ordre de la liberté de conscience, liberté qui appartient à chaque individu et que l’État se doit de protéger. Le corollaire de la liberté de conscience est bien entendu la liberté religieuse, dont la Hollande du XVIIe siècle fut le vivant symbole.

Le parti communiste chinois du XXIe siècle a décidé de répondre au problème théologico-politique posé par la Réforme en faisant exactement l’inverse de la philosophie des Lumières. La conscience individuelle est niée, et l’interprétation du texte biblique se voit désormais monopolisée par la Nouvelle Église socialiste, le PCC. Dans sa démarche même, le gouvernement chinois se fait réactionnaire.

La transformation fondamentale du message chrétien ne fait qu’étendre aux Églises chrétiennes l’esprit de la révolution conservatrice opérée par Xi Jinping depuis la 19e conférence nationale du Parti communiste chinois, visant à revenir sur des années d’ouverture et réaffirmant la toute-puissance de la bureaucratie communiste à la tête du pays.

La résistance à Hong Kong, qui s’appuie à la fois sur les organisations pro-démocratiques, mais aussi les Églises protestantes, ne s’y est pas trompée. Elle sait que les persécutions des chrétiens comme celle de la minorité musulmane Ouighours, est un prélude à ce qui les attend.

 

  1. Richard Popkin, Histoire du scepticisme. De la fin du Moyen-Âge à l’aube du XIXe siècle, Agone, 2019.
  2. Pierre Manent, Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette, 1997.
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