La Chine va noter le comportement des citoyens sur internet

Publié Par Nicolas Perrin, le dans Libertés publiques, Pushmobile

Par Nicolas Perrin.

Connaissez-vous le « scoring comportemental » ? Si vous êtes à jour de la série britannique Black Mirror, vous en avez eu un aperçu dans Chute libre (« Nosedive »), le premier épisode de la très attendue saison 3.

Chute libre traite du rapport que nous avons avec notre image sur les réseaux sociaux, et de l’effet que cette image a sur notre vie. L’épisode se déroule dans un monde occidental aux couleurs pastel où l’accès aux meilleurs services (de logement, de transport…) est conditionné par la note qu’obtient chaque individu dans ses interactions avec les autres. Le réalisateur met en scène l’histoire d’une jeune femme prête à tout pour que ses congénères la notent le mieux possible sur un réseau social qui semble être en situation de monopole. Sans surprise, la série nous raconte la dégringolade du score de Lacie et la descente aux enfers qui s’ensuit.

Black Mirror est une oeuvre de fiction.

Un « profil social » selon le comportement des citoyens

Dans la réalité, en Chine, ce ne sont pas les personnes avec lesquelles les citoyens ont des interactions qui ont vocation à décider de leur note, mais un algorithme programmé selon les desideratas du Parti communiste.

Pékin prévoit en effet que chaque citoyen se voie attribuer un score basé sur son comportement, comme ses habitudes de consommation en ligne, son civisme ou encore sa piété filiale. L’objectif est naturellement de construire une société socialiste plus « harmonieuse » selon les termes de BFM TV, en permettant une meilleure orientation de l’accès aux prêts, à l’emploi, aux hôtels de luxe ou encore… aux voyages en avion, c’est-à-dire à la possibilité d’échapper au paradis communiste.

Un « système de crédit social » est actuellement en test à Hangzhou et a pour vocation d’être étendu à l’ensemble du pays d’ici à 2020 selon The Wall Street Journal. Alibaba, le n°1 mondial du commerce électronique à destination des entreprises, est partie intégrante du projet. D’autres géants du web comme Tencent, la société qui a développé l’application de messagerie instantanée WeChat, et Baidu, le moteur de recherche n°1 en chinois, pourraient rejoindre la partie. Voilà de quoi sacrément alimenter en données l’ « algorithme communiste » !

Au vu de ce programme, le gouvernement français fait figure de petit joueur avec son fichier regroupant les données personnelles de 60 millions de Français !

Jean-Luc Mélenchon, qui a récemment obtenu le soutien du Parti communiste français pour les présidentielles de 2017, ne s’est à ma connaissance pas encore exprimé sur le sujet. On a en revanche récemment appris grâce à Gala que le chef du « parti des gentils » aime bien la salade au quinoa. Au moins les Français sont-ils prévenus qu’ils devront manger moins de viande si d’aventure ils votent au mois de mai pour une France bolivarienne !

Traquer le comportement des citoyens pour toujours plus de sécurité et moins de fuite d’impôts ?

Dans le cas chinois comme dans le cas français, les raisons invoquées par le pouvoir étatique pour mettre en place des outils à chaque fois plus intrusifs sont toujours les mêmes : la lutte contre la fraude et la lutte contre le terrorisme. Tout cela bien sûr en vue d’assurer le bien-être et la sécurité de la population.

En 1968, Margaret Thatcher écrivait déjà :

« Certains hommes politiques ont tendance à estimer qu’avec la venue des ordinateurs, il conviendrait de centraliser cette masse d’informations et de tout conserver sur une bande magnétique. On gagnerait en temps, disent-ils, et en efficacité. […] Selon moi, ce serait confier à l’État trop d’emprise sur la personne. »

C’est bien là que réside le coeur du sujet. L’État a-t-il vocation à tout savoir de chaque individu ?

Le simple fait de laisser cette possibilité ouverte prépare le terrain à la mise en place d’une société totalitaire, qu’elle revête des couleurs pastel d’un cauchemar façon Black Mirror ou qu’elle arbore le rouge vif de la dictature communiste.

Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

    1. J’allais le dire ! Ou plutôt l’écrire …

  1. Les autres le font tout pareil mais ne l’avouent pas. Qu’est-ce que le FICP en France, ou un subprime aux US ?

    1. Le FICP ne recense que les incidents de paiement… Il faut bien lire l’article, ce que font les chinois est d’une tout autre dimension. Quant à votre 1ère phrase elle fait froid dans le dos. Elle tend à entériner ces pratiques au motif « que tout le monde fairait pareil ». En gros une attitude de moutons que la dictature va pouvoir mener sans rebellion à l’abattoir… C’est du même ordre que ce que disait Benoît Hamon qui estimait que «si on sait que potentiellement on peut être écouté et qu’on n’a rien à cacher, il n’y a pas de problème à être écouté». En gros on cautionne la Stasi…

      1. Je n’entérine aucune pratique. Je dénonce ceux qui oublient de vérifier, au prétexte qu’ils se sont indignés envers les pratiques lointaines, qu’il ne se passe pas la même chose devant leur porte sous un autre nom.

  2. c’est comme les sectes.

  3. « …la piété filiale. »
    Quand on se rappelle que sous MAO (vous savez Le Grand Timonier ?) les enfants étaient incités à dénoncer leurs parents pour comportement deviant…quel changement ! Merci messieurs du comité central du PCC , merci grands dirigeants chinois pour cet incommensurable progrès ! Espérons que votre grandeur d’âme ne se retourne pas contre vous, les jeunes sont si ingrats.

  4. excellent article.

  5. La mondialisation pratique, c’est le renforcement de cette épouvantable dictature rouge, le génocide tibétain, entre autres. Merci qui?

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