Grève SNCF du 5 décembre : les privilégiés sont dans la rue

St Dié by Phil Richards-Repenser la SNCF(CC BY-SA 2.0)

De reculade en reculade, l’injustice des régimes spéciaux persiste, et surtout, le déséquilibre démographique joue la montre.

Par Frédéric Mas.

privilégiésLes usagers sont prévenus. Avec la grève de la SNCF et de la RATP, les réservations seront bloquées à partir du 5 décembre, et 150 000 voyageurs vont voir leur train supprimé à la même période.

Dans le collimateur des syndicats qui appellent à la grève générale, il y a bien entendu la réforme du régime des retraites. Plusieurs millions de salariés du public et du privé sont ainsi appelés à cesser le travail pour suivre les mots d’ordre des syndicats du rail qui donnent le ton.

Seulement, ce sont les plus privilégiés en la matière qui se trouveront en tête de cortège. Privilégié ne signifie pas faire partie des nantis, des plus riches ou de la haute bourgeoisie. Cela signifie bénéficier d’un régime spécial qui déroge à la loi commune, d’un avantage acquis par rapport aux autres. En l’occurrence, le régime de retraites de la SNCF est un régime de privilégiés, qui déroge au régime commun, et que les citoyens ordinaires financent à hauteur de plusieurs milliards.

Réformer la retraite des privilégiés ?

La bonne nouvelle ? Le gouvernement souhaite le réformer. La mauvaise ? Son projet de réforme est tellement prudent que les bénéfices économiques espérés risquent de ne pas être au rendez-vous.

Une note de l’institut IFRAP de septembre 2019 rappelle que le régime spécial de la SNCF est déficitaire : il a besoin de plus de 3 milliards de subventions pour être en équilibre, ce qui équivaut à investir 12 800 euros par retraité SNCF et par an.

Mais il y a plus. Si on compare le montant moyen mensuel de retraites entre SNCF et les salariés du privé, le compte n’y est pas du tout. Le montant moyen mensuel SNCF (pour les pensions directes) était de 2327 euros pour les nouveaux retraités en 2017 et 2083 euros pour l’ensemble des retraités SNCF. À titre de comparaison, le montant mensuel de la CNAV, c’est-à-dire les salariés du privé (toutes retraites confondues), s’élevait à 686 euros en 2018 et 481 euros à l’Arcco-Agric (2017, pensions uniquement).

Non seulement le régime spécial de la SNCF n’est pas en équilibre, et repose sur la contribution des autres citoyens, mais les conditions de retraite des anciens salariés de la société sont bien meilleures que celles du reste de la population. C’est pour préserver cet « avantage acquis » que les grévistes seront dans la rue, et prendront en otages des usagers qui pour la plupart ne bénéficieront pas de privilèges aussi exorbitants.

Reculer pour mieux reculer

Que fait le gouvernement face à cette injustice flagrante ? Il a d’abord cherché à temporiser, et à décidé de réduire la vitesse de réforme. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État chargé des transports, a affirmé : « On a besoin de faire une réforme des retraites […], mais je pense qu’on a le temps de faire la réforme », rebondissant ainsi sur les propos d’Édouard Philippe qui déclarait quelques jours plus tôt préférer à la « clause du Grand-père », c’est-à-dire l’application de la retraite aux seuls nouveaux embauchés, une voie plus prudente encore consistant à l’appliquer à une génération recrutée plus récemment encore.

De reculade en reculade, l’injustice des régimes spéciaux persiste, et surtout, le déséquilibre démographique joue la montre. Si la réforme n’est plus que cosmétique, c’est l’ensemble des contribuables lésés qui seront les dindons de la farce.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.