Réforme des retraites : l’épreuve de force est engagée

Connaissez-vous la stratégie du grand-père pour résoudre les conflits ?

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Réforme des retraites : l’épreuve de force est engagée

Publié le 20 novembre 2019
- A +

Par Michel Ghazal.

Qu’il s’agisse de la CGT, de Sud ou de l’Unsa à la SNCF ou bien des trois syndicats représentatifs à la RATP (UNSA, CGT et CGC), tous sont vent debout pour faire reculer le gouvernement sur son projet de réforme des retraites. Quand bien même tout le monde est d’accord sur le diagnostic (déjà très ancien) et sur l’urgence des mesures à prendre, tous bougent afin que rien ne change, du moins pour eux.

Disons-le, le gouvernement est soumis à une double contrainte : il est sommé de sauver le système des retraites et le rendre plus équitable (c’était l’un des engagements pris durant la campagne présidentielle) et, dans le même temps, rien ne doit changer.

Pour résoudre cette insoluble équation, une piste semble émerger : mettre en place la clause du grand-père. Je n’avais jamais entendu cette dénomination auparavant, et vous ?

De quoi s’agit-il ?

Pour désamorcer le conflit promettant des heures sombres aux clients des transports publics et éviter donc de bloquer à nouveau le pays comme ce fut le cas avec la crise des Gilets jaunes, le gouvernement serait tenté de n’appliquer le nouveau système que sur les nouveaux entrants ; en d’autres termes, laisser les anciens bénéficier du régime existant, quitte à continuer à creuser les déficits, et attendre donc 2040 pour commencer à récolter les effets de la réforme envisagée.

Ne s’agit-il pas ici d’une des 10 stratégies de manipulation des masses à travers les médias décrites par le linguiste Noam Chomsky : la stratégie du différé ?

La stratégie du différé

La clause du grand-père consiste « à faire accepter une décision impopulaire présentée comme douloureuse mais nécessaire en obtenant l’accord de la cible concernée (ici les agents de la SNCF et de la RATP) dans le présent pour une application dans le futur. »

Puisque l’effort n’est pas fourni tout de suite et que le sacrifice s’appliquera dans le futur par les autres et pas par soi-même, il devient plus facilement acceptable. Ainsi, cela donne du temps aux employés de ces entreprises pour s’habituer au changement prévu et l’accepter le moment venu. Mais quid des intérêts du reste des citoyens qui financent par leurs impôts les déficits de ces régimes ?

Quelle différence avec la créativité en négociation pour sortir des impasses ?

Encore une fois, j’admets qu’il s’agit d’un casse-tête pour le gouvernement. Mais je rappelle qu’en négociation, nous aidons nos clients à sortir des impasses en les encourageant à inventer des options nouvelles qui sortent du cadre. Un des modes consiste, par exemple, à limiter le champ d’application d’une mesure donnée ou à en proportionner la portée en fonction de la catégorie concernée.

Un de mes clients voulait introduire une part de rémunération au mérite dans son système de rémunération fondé uniquement sur l’ancienneté. Face au refus des syndicats, une négociation fut conduite et a permis de faire émerger les intérêts réels des deux parties.

La direction, elle, voulait une rémunération attractive pour fidéliser ses cadres. Pour les syndicats, ne voyant sur quels critères objectifs ils pouvaient être évalués, la préoccupation était d’éviter aux employés d’avoir à faire du « lèche-botte » pour être récompensés. Un accord fut trouvé en acceptant que le pourcentage de rémunération au mérite par rapport à l’ancienneté soit à hauteur de 80 % pour les cadres, de 50 % pour la maîtrise et seulement de 20 % pour les employés.

De plus, le nouveau système fut soumis à une période de test de six mois avant sa mise en œuvre définitive. Ici, nous le constatons, le différé a permis de briser l’impasse, mais il est mutuellement acceptable et ne se fait pas au détriment des intérêts de telle ou telle des parties en présence.

En conclusion : manipulation ou résignation

Que la clause du grand-père pour désamorcer la crise soit une manipulation, du discernement ou de la simple résignation, à la limite peu importe. Puissions-nous en revanche, dans cette réforme inéluctable, voir les intérêts collectifs prendre le dessus sur les intérêts particuliers.

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  • Ben oui, avec cela on prendra une bonne dose de décroissance heureuse, le fumeux « en même temps » ça va être dur mais on le prendra avec le sourire à coups de grenade dans les mandibules.
    Et si l’ Etat ne touchait plus à rien, s’ il appliquait sur lui même l’ idée de décroissance, ça ne pourrait pas être pire, et commençait par créer simplement les conditions pour qu’ il y ait du travail en France,avant toute chose, au lieu de construire des toits sur des murs qui n’ existent plus?

  • il eut été bien plus intelligent de limiter le statut de toute la fonction publique aux régaliens , et de passer aux recrutements en CDI des nouveaux entrants ( comme on l’a fait pour france Telecom)
    pour toutes les fonctions publiques y compris l’enseignement

    c’était la seule reforme a faire..

  • Il suffirait de ne plus subventionner les syndicats et d’ élire Margaret Thatcher…….Vous voyez que c’ est pas compliqué.

  • La réalité, c’est que le seul problème financier, ce sont les régimes spéciaux et de fonctionnaires. A terme, les réformes Fillon et Touraine suffisent pour équilibrer le reste…
    Vouloir faire payer ce « reste » (qui a déjà consenti des sacrifices) pour ceux qui posent problème est inique. L’égalité et l’universalité sont de faux prétextes.

  • « clause du grand-père. Je n’avais jamais entendu cette dénomination »

    C’est une importation linguistique américaine où « grandfather rights » désigne le respect des droits acquis (lorsqu’ils sont contractuels).
    Chez nous, la notion de contrat est objectivement polymorphe: contraignante entre parties privées, unilatéralement révisable du point de vue du contractant le plus fort (l’État ou les syndicats).
    En l’occurrence, contrat ou pas, tout n’est que question de bras de fer; celui qui ne veut pas se faire étêter cèdera.

  • On les voit bien, dans ces régimes spéciaux hyper favorisés, demander la clause de l’arrière-grand-père…
    On sent bien le réalisme, ne pas lâcher la poule aux œufs d’or…

  • Dommage que cet article omet le problème fondamental de notre système de retraite, à savoir que c’est un régime dans lequel les actifs d’aujourd’hui n’épargnent nullement pour eux-mêmes mais financent les inactifs d’aujourd’hui. La clause du Grand-Père est donc particulièrement pernicieuse dans ce cas et est, à mon sens, moralement inacceptable.
    Elle revient à dire aux actifs d’aujourd’hui « Vous allez continuer à me financer des avantages dont vous ne bénéficierez pas vous-mêmes ». Rien de mieux pour alimenter une bonne petite guerre des générations…
    Le système par répartition est ainsi fait que s’il y a plus de monde, il y en a moins pour chacun. Toute tentative de rester dans ce type de système tout en masquant cette réalité crue est une escroquerie. On a hélas entériné ce fait et, finalement, toute la question est de savoir qui va être assez malin pour pouvoir vivre aux dépends des autres…

    • D’accord avec vous, mais pour la fonction publique ce n’est pas son problème puisque la majorité du montant des pensions de retraite versées ne proviennent pas des cotisations mais des impôts payés au moment de la mise à la retraite du fonctionnaire.

  • la répartition ou comment croire que l’on peut prendre sa retraite au dépend des autres… ou se faire payer 20 ans sans travailler…

    • 20 ans sans travailler…c’est plutot 50 ans pour les fonctionnaires ils ne bossent qu’avant d’être titularisé apres c’est hollydays on a rock !

  • Vu la situation c’est Thatcher ET Reagan qu’il nous faut!

  • Quel cynisme : il n’y a vraiment que des pourris pour évoquer cette clause du « grand-père » ! Vous vous rendez compte ? Les personnes actuelles continuent de profiter du système scandaleux actuel (je parle des régimes spéciaux), et les nouveaux en prennent plein la gueule…
    Je vois d’ici l’ambiance dans l’entreprise entre les jeunes et les vieux…
    En fait, je ne vois qu’une solution : virer tous les bénéficiaires des régimes spéciaux, et les ré-embaucher avec des contrats de droits privés, alignés sur les salariés du privé actuel… Mais avant qu’un gouvernement Français ait le courage de faire cela…

    • Entièrement d’accord !

    • Et bien quand le grand résistant ( au froid ) Maurice Thorez créé le statut de la fonction publique c’est uniquement pour récolter des voix. Tout comme les régimes spéciaux d’EDFGDPTELECOM. Mais la richesse progressant ils se sont mis a aller chercher directement leurs électeurs en Erythrée. Finalement les derniers soutiens qu’ils leur restent sont les vieux cégétistes de 60 ans de la SNCF et les vieux fonctionnaires.

    • Il y a eu ça chez FT, les jeunes voulaient que les vieux partent à la retraite le plus vite possible, parce que niveau mentalité ça coincait. On avait de gars qui bossaient 2 fois 45 minutes par jour et d’autres avec des journées de 8h. C’est moyen pour le moral. La retraite c’est anecdotique après.
      Virer un fonctionnaire, vous n’y pensez pas !

  • On est d’accord que ce sont les sacro-saints défenseurs de l’égalité et de la justice sociale qui demandent que soit mis en place un système qui fera qu’à la SNCF, et là uniquement, les anciens auront un système de retraite différent des nouveaux ? Un système non financé qui coûte un pognon de dingue ? Et que ceux qui paieront pour cela ne bénéficieront même pas de leur propre retraite à terme (puisque le système aura fait faillite).
    Moi, je dis bravo, ils sont forts et ils n’ont même pas honte !

  • Le clause du grand père… c’est pas nouveau… ils le font depuis 40 ans avec le creusement de la dette…

  • Il faut dire la clause du « Grand-père qu’était poilu/ à fait la guerre/ à fait la résistance », histoire de bien enfoncer le clou de la culpabilisation dans les crânes des jeunes qui oseraient renverser le régime qui va les plumer.

  • Les commentaires sont fermés.

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