Grève des cheminots, retraités : à quand la fin des privilèges d’État ?

Si nous regardons les retraités ou les cheminots, mais aussi par exemple nos chers parlementaires, cotisent-ils ou ont-ils cotisé autant que les employés du secteur privé d’aujourd’hui pour leur retraite ?

Par Eddie Willers.

Depuis quelques mois, la France nous gratifie de son appellation AOP la plus célèbre à travers le monde : les grèves. Entre les retraités et les cheminots, nombreux sont ceux qui cherchent à s’opposer aux réformes du gouvernement à coups de banderoles et de défilés. Or un mot revient régulièrement pour les définir : « privilégiés ».

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Si nous reprenons la définition d’un privilège, celui-ci se caractérise par un droit ou un avantage accordé à un individu ou une communauté en dérogation du droit commun. Si nous regardons les retraités ou les cheminots, mais aussi par exemple nos chers parlementaires, cotisent-ils ou ont-ils cotisé autant que les employés du secteur privé d’aujourd’hui pour leur retraite ? La réponse est non.

Au-dessus du droit commun

Or les cotisations des employés du secteur privé représentent bien plus le droit commun que les minorités que sont les cheminots ou les parlementaires. Quant aux retraités, ils ont bénéficié par le passé d’un régime de cotisations favorable qui leur permet de toucher des retraites supérieures à celles que percevraient aujourd’hui des salariés, pour les mêmes cotisations.

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Donc oui ces personnes sont des privilégiées. Je suis écœuré d’entendre tant d’interviews et d’articles tentant vainement de nous expliquer que les cheminots ne le sont pas car ils se lèvent tôt et ont des horaires difficiles. Demandez aux centaines de personnes qui se retrouvent dans le RER B (quand il n’est pas en grève ou l’objet d’une panne) tous les matins à 5h30 pour faire le ménage dans les entreprises si leurs horaires ne sont pas difficiles.

Quant aux retraités précisant qu’ils ont travaillé dur toute leur vie pour une modeste retraite, je leur répondrai que je ne remets absolument pas en cause la dureté de leur labeur, simplement la décorrélation entre ce qu’ils ont cotisé et leur niveau de retraite actuel.

Généraliser les privilèges ?

Et lorsque certains contradicteurs arrivent à montrer la mauvaise foi de certains privilégiés, la parade ultime repose dans l’affirmation : « au lieu de nous viser, battez-vous plutôt pour que les autres aient les mêmes avantages ».

Ce qu’ils ne comprennent cependant pas c’est que ces privilèges étant des exceptions au droit commun, ils ne peuvent pas être généralisés. Si la SNCF permet à ses personnels roulants de partir à la retraite à 52 ans c’est parce que l’État peut s’endetter en ponctionnant comme un cochon les personnes qui créent de la richesse dans ce pays : entrepreneurs, salariés du secteur privé, artisans, commerçants…

La position moralisatrice de nombreux privilégiés s’en prenant à des jeunes qui seraient des fainéants, à des salariés du privé qui s’avèreraient incapables de s’organiser pour défendre leurs droits ou à des citoyens français n’aimant pas assez leur nation m’exaspère de plus en plus.

La moitié de ce que mon employeur pourrait me verser part dans des cotisations de retraite que je ne toucherai probablement jamais eu égard à la situation apocalyptique des régimes de retraite, dans des cotisations de sécurité sociale qui sans mutuelle ne me protègent de rien et une « assurance » chômage dont la couverture est à la merci du premier revirement politique.

La dette en héritage

Je n’oublie pas non plus le fait que ce merveilleux système est financé à grands coups de dette dont je devrai également m’acquitter un jour par l’impôt ou l’inflation.

Pour un pays adepte de la révolution, il n’y a rien de surprenant à voir que la France vient aujourd’hui de compléter une boucle qui l’a ramenée sous l’Ancien Régime. Une petite minorité correspondant à ces entrepreneurs et ces salariés du secteur privé (c.-à-d. « le Tiers-État ») se démène pour entretenir un système de privilèges qui bénéficie massivement à ceux qui sont proches de l’État, la nouvelle noblesse.

La différence avec l’Ancien Régime est que cette nouvelle noblesse est bien plus nombreuse car l’État s’occupe bien plus de nos vies aujourd’hui et emploient donc davantage de personnes. Et son domaine d’intervention ne cesse pas de s’étendre.

Nous avons donc une situation où l’entretien du système de privilèges repose sur une base de plus en plus réduite : jusqu’au moment où il explosera. En votant pour toujours plus d’État, les Français encouragent un système qui les dresse les uns contre les autres : nouveaux privilégiés contre contributeurs.

Frédéric Bastiat disait :

L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

Aucune citation ne pourrait mieux décrire la France d’aujourd’hui. Chacun essaie de préserver son petit (ou gros) privilège et tant pis si cela se fait au détriment d’une jeunesse dont le taux de chômage est deux fois supérieur au niveau national, d’une dette qui atteindra 100% du PIB à la fin de l’année et d’une exaspération générale face à l’impôt.

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