Réforme de l’assurance chômage : la France à nouveau en marche ?

Emmanuel Macron by Amaury Laporte(CC BY-NC 2.0) — Amaury Laporte, CC-BY

« En marche » signifie faire des petits pas pour maintenir le système social plutôt que de grandes enjambées qui risqueraient de tout bloquer. La réforme(tte) de l’assurance chômage doit avant tout se lire politiquement.

Par Francis Pérani.

Le système de protection contre le chômage date de 1958 et de la bonne intention étatique de forcer les acteurs économiques, patrons et syndicats, à gérer ensemble un système universel d’indemnisation du chômage. L’économie était à l’époque encore suffisamment libérée pour pouvoir absorber ce développement de l’étatisme sans trop de dommage et en garantissant un minimum de droits avec un système à peu près à l’équilibre.

Depuis 2008 et la crise qui a disparu dans toutes les grandes économies sauf la nôtre, le système de protection contre le chômage est en déficit chronique. La dette s’élève à 37 milliards en 2019 avec un déficit prévu à presque 2 milliards qui explique pourquoi une réforme est d’actualité.

Une réforme technique montrant que la France est à nouveau en marche

Sans doute en référence à de Gaulle qui initia l’UNEDIC en 1958, l’appel du 18 juin 2019 par le Premier ministre a porté sur des changements de surface qui ont malgré tout réussi à mécontenter le patronat, les syndicats et certains employés.

Pour résumer, La France qui maintient l’un des systèmes d’indemnisation les plus généreux d’Europe a allongé à 6 mois sur 24 au lieu de 4 mois sur 28 la période de travail nécessaire pour bénéficier de Pôle emploi. Cette réforme concernerait 600 000 chômeurs. Pour ne pas faire de jaloux tout en complétant les sources d’économie, les cadres verront leurs indemnités décroître de 30 % au bout de 6 mois et les entreprises qui « abusent » de contrats « précaires » se verront pénaliser par un nouveau mécanisme de bonus-malus.

Avec tout cela, le retour à l’équilibre de l’UNEDIC est accessible dès 2020 et l’excédent permettant le désendettement est possible dès 2021. De quoi montrer que le quinquennat aura permis de sauver le système de protection par une gestion plus rigoureuse et plus « juste ». Ici, « juste » signifie qu’on demande davantage d’efforts à ceux qui profitaient du système : les chômeurs qui gagnaient davantage à chômer qu’à travailler, les cadres qui n’ont pas besoin de tant d’argent étant déjà par définition dans le confort, et les entreprises qui font payer à la collectivité la flexibilité du travail dont elles profitent, profiter étant un pléonasme lorsqu’on évoque les entreprises.

Si l’on est modéré, social-démocrate, ex-socialiste ou ex-de droite, il n’y a rien à redire à un petit pas en avant pour mieux gérer le système, le tout avec le minimum de remous sociaux. Contrairement aux réformes écologistes sur le carburant qui ont embrasé la France de Gilets jaunes, il semble que Macron et son gouvernement ont retrouvé un certain savoir-faire pour avancer et dérouler à nouveau le programme de 2017.

Mieux gérer le système permet de mieux le conserver tout en nous rapprochant des critères de bonne gestion requis par l’Union Européenne. Tout est bien ficelé et médiatisé, la France est à nouveau en mouvement et nos dirigeants sont en marche vers 2022 et autres succès électoraux intermédiaires.

TINA ? Is there no alternative ?

Il est toujours possible de plonger dans le populisme de gauche, qui a moins le vent en poupe depuis les Européennes, ou le populisme de droite qui séduit toujours plus.

En bon keynésien, l’un dirait que le système doit continuer en déficit pour avoir un effet d’amortisseur de crise. Il faudrait ainsi augmenter les droits plutôt que les durcir, surtout pour les plus précaires. Et s’il fallait vraiment équilibrer financièrement le système alors il suffirait d’augmenter les cotisations de l’employeur au-delà du 4 % du salaire brut actuel. Facile. Il ne fallait que se donner la peine d’y penser et avoir le courage de prendre l’argent là où il est.

L’autre, en bon nationaliste, dirait qu’on pourrait maintenir voire augmenter les droits des nationaux en le finançant par l’arrêt des droits des non-nationaux, cette notion restant à définir. Maintenir le système en déficit, le temps (infini) de retrouver le plein emploi ne poserait pas de problème puisque la France se serait déjà libérée des contraintes budgétaires de Maastricht. Le problème de compétitivité du pays avec des cotisations employeurs pénalisantes par rapport aux voisins européens se résoudrait par le retour aux droits de douane et la fin tant souhaitée de la mondialisation, source de tous les maux (sauf des prix bas pour le consommateur).

À l’aune de ces deux idéologies antié-conomiques, le macronisme paraît comme la seule approche sérieuse possible pour éviter l’effondrement du système et la course aux extrêmes gauche ou droite comme dans les années 30.

Qu’aurait fait un gouvernement libéral ?

En France, cette question relève de l’utopie. Puisque nous sommes dans l’utopie, imaginons en toute liberté et sans contrainte électorale à quoi ressemblerait un système libre d’assurance chômage.

Tout d’abord, il n’y aurait ni cotisations employeurs, ni cotisations employés, ni CSG. Ou plutôt, il pourrait y avoir des cotisations librement choisies par l’employeur dans une assurance privée pour se rendre plus attractif à moins que ce dernier ne choisisse de laisser son salaire complet à l’employé pour qu’il s’assure selon ses choix, ou non.

L’employé pourrait cotiser le montant qu’il souhaite pour la formule d’indemnisation qu’il préfère. Seul lui peut juger du besoin de se protéger d’un tel risque qui dépend de ses qualifications, de sa mobilité, de son épargne et de beaucoup d’autres paramètres. Tel employé pourrait choisir un système dégressif d’indemnisation et tel autre un système plus linéaire. Les assurances privées calculeraient l’indemnité en fonction de simples formules mathématiques.

Il n’y aurait plus besoin d’une administration des cotisations, du retour à l’emploi, du déficit et de la dette, du contrôle des individus. Il y aurait des entreprises privées en charge de faire tourner leur business d’assurance de manière profitable. Ce thème n’occuperait même plus l’actualité sauf par la publicité que diffuseraient les assurances privées dans le cadre de leur promotion.

Nul besoin d’aller trop loin dans l’utopie. Si cette dernière était présentée correctement aux citoyens, nul doute qu’ils y trouveraient leur intérêt. Évidemment, le besoin d’assurance contre le chômage serait d’autant plus faible que l’économie serait en plein emploi, ce qui est en général la situation des économies libres de marché, là où la loi de l’offre et de la demande de travail peut s’exercer sans entrave de Code du travail trop volumineux ou de salaire minimum imposé.

Mais, il faut s’arrêter là. Une approche libérale du sujet représente l’angle mort de la politique française. À défaut, contentons-nous du système social-démocrate qui survit tant bien que mal avec un haut niveau de chômage et un haut niveau d’assistance sociale. Acceptons de marcher sur place pour éviter de courir vers le précipice populiste et reportons à un autre siècle les réformes libérales.

 

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