Le keynésianisme, cette méthode « magique » qui devait relancer l’économie…

Le keynésianisme n’est qu’illusion. Mais il est d’actualité, car il arrange les gouvernants qui veulent des politiques miracles.

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Magician by Eva Peris(CC BY-SA 2.0)

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Le keynésianisme, cette méthode « magique » qui devait relancer l’économie…

Publié le 24 décembre 2018
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Par Vladimir Vodarevski

Le keynésianisme a quelque chose de basique. Il suffit d’injecter de l’argent dans l’économie, pour que la croissance reparte. Ainsi, on se demande pourquoi les États n’usent pas de cette méthode pour relancer la croissance aujourd’hui. C’est ainsi que le socialiste Arnaud Montebourg et le banquier Matthieu Pigasse avaient écrit une tribune dans le Journal du Dimanche en faveur d’une injection d’argent dans l’économie.

Problème, c’est déjà ce que fait le gouvernement, avec ses déficits abyssaux, les plus élevés en temps de paix, et cela depuis des années. C’est aussi ce que fait la BCE, avec sa politique monétaire ultra accommodante. Alors, devant cet échec, une variante apparaît : il faut injecter de l’argent pour soutenir l’économie, mais en même temps faire des réformes structurelles, pour une croissance pérenne.

Cependant, les politiques keynésiennes n’ont jamais eu les résultats escomptés. Ainsi, dans les années 1970 et 1980 elles ont été un échec cuisant. Au point qu’a été inventée la séparation entre crise de la demande, qui appelle une politique de dépense, et crise de l’offre, sur laquelle une telle politique est sans effet. Les politiques keynésiennes ont également été sans effet sur la crise des années trente. La croissance est repartie après guerre, grâce au développement du commerce international, et des accords de Bretton Woods concernant la monnaie (voir ici).

D’où vient l’idée que l’injection de monnaie relance la croissance ? Selon Ludwig von Mises, les gouvernements ont toujours cherché à injecter de l’argent pour créer de la croissance. John Maynard Keynes n’a fait que donner une justification à ces politiques. Selon Keynes, c’est la hausse des prix qui provoque la croissance. Quand on injecte de l’argent dans l’économie, la consommation augmente, ce qui provoque une hausse des prix, ce qui provoque des investissements de la part des entreprises pour augmenter la production, ce qui provoque une distribution de revenus, ce qui provoque une hausse des prix, et ainsi de suite. C’est le multiplicateur keynésien.

keynes magicien rené le honzecMais cette théorie est en contradiction totale avec la réalité, en contradiction totale avec les faits. En effet, l’expansion économique a été accompagnée par une baisse des prix phénoménale, qui a mis a disposition de la majorité de la population des produits inaccessibles auparavant. Cela a été la révolution dans les filatures, puis tous les gains de productivité de l’essor industriel. La baisse des prix a nourri la consommation et la croissance. Encore aujourd’hui, la baisse des prix dans la téléphonie, à la fois concernant le matériel et les services, permet l’essor de tout un écosystème de sites internet et d’applications mobiles, qui nourrissent la croissance. La hausse des prix a, au contraire, tendance à ralentir la croissance en pesant sur le pouvoir d’achat.

D’où vient la théorie keynésienne, totalement en contradiction avec la réalité ? Keynes était un boursicoteur, et un bon. Il gagnait de l’argent en bourse. Or, sur les marchés financiers, il y a effectivement un effet moutonnier : quand les cours baissent, tout le monde vend pour minimiser les pertes. Et quand les cours montent, tout le monde achète pour revendre avec profit. C’est la base de la théorie keynésienne : les marchés financiers.

Mais il y a aussi une explication complémentaire à l’expansion du keynésianisme. Gilles Dostaler, dans son livre Keynes et ses combats, met en avant le « progressisme » du keynésianisme. Il promeut une idéologie hédoniste, opposée aux théories classiques et néoclassiques, pour qui c’est l’effort qui amène un résultat. On ne peut s’empêcher de faire un lien avec la dénomination de politique « d’austérité » pour désigner la relance par l’assainissement budgétaire et les réformes structurelles. Il y a d’un côté les grands méchants, qui prônent des politiques réalistes, et de l’autre les progressistes, avec la politique du Père Noël. Quand l’idéologie pollue le raisonnement économique.

Le keynésianisme tient donc véritablement de la magie, dans le sens où il n’est qu’illusion. Mais il est d’actualité, car il arrange les gouvernants qui veulent des politiques miracles, et qu’il correspond à l’idéologie « progressiste », opposée à la notion d’effort, considérée comme conservatrice, et réactionnaire, pour progresser. L’idéologie mène le monde, et ce sont des hommes, des femmes, des enfants, qui en pâtissent.

Article initialement publié en juin 2015.


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  • Très pertinent. Bravo et merci à l’auteur.

  • « les gouvernements ont toujours cherché à injecter de l’argent pour créer de la croissance »
    Ils ont surtout toujours cherché à injecter de l’argent pour acheter des voix

  • Excellent article.
    Le keynésianisme en diluant la monnaie ne mène qu’à l’instabilité.

  • Tout est dit merci et bravo
    Avec le mots tabour  » effort  » pour les gauches

  • Entendu sur France Inter (il y a quelques semaines) : « on voit bien, aux USA et en Grande-Bretagne, comme en France, que l’austérité ne marche pas. » Comme aveuglement idéologique dans le domaine économique, on ne peut guère faire mieux. Outre le fait que l’économie se redresse et que le chomage diminue, aux USA comme en Grande-Bretagne, où voit-on le moindre signe d’austérité en France ? Les dépenses publiques et le nombre de fonctionnaires et de parasites genre « intermittents du spectacle » n’arrêtent pas d’augmenter.

    • Bah, pourtant c’est simple…
      Quand le gouvernement me donne les jouets que j’ai demandé, ça va. S’il ne me les donne pas, ou même tout simplement dit qu’il se pourrait qu’il ne me les donne pas ou qu’il ne m’en donne pas autant les années prochaines, c’est de l’austérité, terrible et les chatons meurent par millier, ainsi que de pauvres enfants communistes africains à grands yeux tristes : cétroporrrrrrible !

  • Enfin un bon analyste ! Félicitations.

  • « … Le keynésianisme est […] une Sophistique Pseudo-Comptable dans la mesure où, comme tout « raisonnement macroéconomique », il vole le concept de prix : pour reprendre les termes de Georges Lane, Keynes a donné
    « « naissance à une démarche qui consistera à considérer qu’on peut faire abstraction des prix en théorie économique, […]»
    « En effet, le Sophisme Pseudo-Comptable viole les conditions d’une comptabilité rationnelle en méconnaissant ses conditions de validité : il consiste, dans une vaine tentative pour échapper au fait que la valeur n’est pas mesurable, à traiter ces mêmes sommes d’argent comme une prétendue « mesure » de substitution dans des conditions où ces sommes d’argent ne traduisent pas les jugements de valeur des personnes qui agissent ; c’est en volant ainsi le concept de valeur qu’il vole le concept de propriété, puisque c’est en se confrontant aux contraintes effectives auxquelles ils font face que les individus forment leurs jugements de valeur réels pour disposer de la richesse.
    « Le Sophisme Pseudo-Comptable commet un troisième type de vol de concepts, toujours associé à la propriété comme concept volé, à savoir qu’il vole le concept de prix, puisqu’il se sert de cette notion dans des conditions où elle ne peut pas s’appliquer.
    Rappelons donc à quelles conditions, et dans quelle mesure les quantités de monnaie traduisent les jugements de valeur : dans tout échange effectif de monnaie contre quelque chose d’autre, l’« acheteur » démontre qu’à ce moment, il donne au moins autant de valeur à ce qu’il « achète » qu’à la quantité de monnaie qu’il aura livrée à la place.
    « C’est ce rôle des prix en monnaie comme repères de la valeur qui permet ce que Ludwig von Mises appelait le « calcul économique », et qui fait de la comptabilité en monnaie, avec les opérations financières éventuellement associées, le seul domaine de l’économie où l’emploi des mathématiques peut avoir un sens.
    « Il s’ensuit que les quantités de monnaie ne peuvent servir comme repères de la valeur que s’il s’agit de prix authentiques, c’est-à-dire de biens effectivement échangés par leurs propriétaires au moment où la transaction se fait.
    « En dehors de ces conditions-là, les quantités de monnaie n’ont plus aucun rapport avec les jugements de valeur effectifs, et il est sophistique, charlatanesque, de s’en servir pour quelque raisonnement économique que ce soit. […]
    « le vol du concept de prix ne se limite pas à la planification centrale sur le mode soviétique : en fait, la notion s’applique à tous les cas où les quantités de monnaie ne reflètent pas un échange volontaire entre propriétaires.
    « Et c’est bien le cas lorsqu’un homme de l’état dépense de l’argent qu’il a, avec ses complices, volé aux autres : c’est pour cela que la prétendue « comptabilité publique », qui recense des richesses n’appartenant littéralement à personne, n’est qu’un rituel magique sans rapport avec les raisons d’agir de ceux qui en disposent.
    « A fortiori de la prétendue « Comptabilité nationale », qui a le front d’ajouter à ses prétendues « mesures de la production » toute dépense faite par les hommes de l’état alors que, justement, ceux qui les subissent refuseraient de les payer s’ils avaient le choix. C’est doublement une Pseudo-Comptabilité, parce que
    « – non seulement la moitié des sommes d’argent qu’elle recense n’appartient à personne, mais qu’en outre
    « – les additions et autres opérations arithmétiques dont elle tire ses prétendues « mesures du produit national » portent sur des objets qui, en théorie de la valeur, ne sont pas commensurables :
    « double vol du concept de prix.
    « Quant aux prétendus « taux de croissance de la production » que les statisticiens prétendent en déduire, ceux-ci sont incapables de tenir compte du fait que l’effet naturel des progrès de la production est d’accroître la qualité des produits et de faire baisser leur prix :
    on l’observe de façon spectaculaire là où les progrès sont les plus rapides, comme dans l’informatique personnelle, où il n’existe aucune « mesure » qui permette de comparer la qualité d’un ordinateur d’aujourd’hui à celle d’un ordinateur d’il y a trente ans.
    Et si les progrès de la production se traduisent normalement par des accroissements de la qualité et par des baisses de prix, comment les soi-disant « comptables nationaux » peuvent-ils calculer leurs prétendus « taux de croissance réelle de la production », eux qui ne recensent que des quantités de monnaie ?
    « Ils ont inventé de prétendus « indices de prix » pour soi-disant « en tenir compte », en même temps que des effets des politiques d’inflation imposées par les monopolistes de la monnaie ; mais comme il est impossible de « mesurer la qualité des produits », ces « indices » comportent une part d’arbitraire décisive, par définition impossible à connaître.
    « C’est donc de façon cruciale que leurs prétendus « taux de croissance de la production » dépendent des choix arbitraires qu’ils ont faits pour inventer un prétendu « indice général des prix » ; et le vol du concept de prix y est triple, puisque ce prétendu « indice des prix », au lieu d’être une quantité de monnaie qui s’échangerait sur un marché, ne traduit que les impasses de la pratique statisticienne.
    « C’est dire si les gloses récentes du dénommé Piquetout sur de prétendus écarts de quelques dixièmes de points de pourcentage entre les taux de rentabilité des investissements, estimés on ne sait avec quelle prime de risque, et de prétendus « taux de croissance » qui comportent cette part-là d’arbitraire, sont dépourvus de toute valeur scientifique et de toute pertinence… »
    http://www.institutcoppet.org/2014/10/10/entretien-avec-francois-guillaumat-par-gregoire-canlorbe/

  • Keynes a raison : l’injection de monnaie fait fonctionner l’économie.

    Mais ce n’est clairement pas ce qui se produit depuis les années 70 : ce que l’on injecte massivement dans l’économie c’est des dettes.

    Il faudrait arrêter ces diatribes anti libérales : le libéralisme n’est pas le capitalisme financier de connivence.

  • Encore conviendrait-il de préciser toutefois que la politique dite keynésienne dont se recommandent (et ceux qui l’appliquent) depuis 40 ans est une interprétation dévoyée de la fameuse théorie, oubliant allègrement les conditions posées par Keynes: 1) un objectif contracyclique (c’est à dire de court terme ) et en aucun cas structurel 2) une capacité inemployée de l’outil de production accompagnée d’un chômage non structurel 3) une économie relativement fermée aux importations. Les socialistes n’ont retenu de l’affaire que la facilité à injecter durablement des allocations et subventions directes pour soi-disant relancer la demande, qq soit le contexte réel du pays concerné. Normal pour des constructivistes fonctionnant en mode d’application dogmatique et mécanique de tout système administré jugé juste et social a priori…

  • L’État en France. Même pas capable d’assurer la Sécurité et l’Ordre en France. 36.000 Trublions qui foutent le Bordel dans le pays actuellement et un Ministre de l’Intérieur incapable d’arrêter leur désordre.

  • Keynésianisme ou pas…. Arrêtons de penser que c’est l’Etat qui doit diriger l’économie! Quoi qu’il fasse dans ce domaine, il foutra la merde, parce qu’il ne s’agit pas de sa compétence.

    • on va donc faire confiance à des entreprises purement privées qui ne pensent qu’au bien commun, et dirigées par des hommes et des femmes foncièrement bons. Ouf. Me voilà rassuré ! J’espère juste ne jamais tomber du côté des « faibles/perdants/divergents »

  • « Pour relancer l’économie, il suffit d’injecter de l’argent ». Heu… il vient d’où l’argent ? de nos paniers percés ? Pour faire de la relance, il faut d’abord être ultra-compétitif (concurrence internationale) et avoir … du pognon. On a tous un dossier de surendettement à la BDF….

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