Le SMIC responsable du chômage en Europe

David Goehring-salaire minimum-creative common

Une seule conclusion de l’analyse économique sur le salaire minimum : le SMIC expose les salariés au chômage.

Un article de l’Aleps.

Smic - salaire minimum
Smic (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Le Smic a-t-il le vent en poupe ? Il vient d’être relevé en Allemagne et en Grande Bretagne, la Californie va peut-être le porter à 15 dollars de l’heure. Or, ces pays ont un taux de chômage qui est moitié du nôtre. Vont-ils sacrifier l’emploi sur l’autel des salaires ? Ou au contraire le relèvement du salaire minimum a-t-il un effet bénéfique ? En réalité, le SMIC a un lien étroit avec la productivité, elle-même liée à la qualification des salariés, et des salariés moins qualifiés sont davantage exposés au chômage.

Les écarts de SMIC en Europe : quelle signification ?

Certes les écarts entre les niveaux de SMIC suivant les pays sont spectaculaires : entre le smicard bulgare ou roumain (200 euros mensuels) d’un côté et le smicard luxembourgeois (2.000 euros) de l’autre, l’écart est donc de 1 à 10. En revanche, parmi les pays de l’Union européenne les plus riches, la fourchette est resserrée : actuellement entre 1.400 (Royaume Uni) et 2.000 (Luxembourg). En 2016, le SMIC français est de 1.466 €. Les pays de l’Europe Centrale et de l’Est ont un SMIC de faible niveau (moins de 500 euros) et sont accusés de « dumping social » par les concurrents occidentaux.

Mais ces statistiques n’ont qu’une faible signification s’agissant du lien avec le chômage :

1° Plusieurs pays n’ont pas de Smic : l’Allemagne s’en est passée jusqu’en 2015, tandis qu’Italie Autriche, République Tchèque, Danemark, Finlande et Suède n’en ont pas. Quant aux Suisses, 75% des votants au referendum de 2014 on refusé un Smic à 3.200 euros !

2° La comparaison doit se faire en SMIC horaire (France 9,67 € en 2016) puisque la durée du travail hebdomadaire est variable, en France nous sommes à 35 heures, en Allemagne à 40.

3° La comparaison devrait prendre en compte le « coût du travail » pour l’entreprise qui embauche et devrait ajouter au salaire le total des charges sociales et fiscales à payer. En France cela représente quelque 50 % du niveau du salaire net payé au salarié. Et pour le salarié, le total des retenues sur le salaire « complet » est de 80 % en moyenne !

Salaire et productivité

On rapproche en général les écarts de salaires aux écarts de productivité. À propos du relèvement du SMIC en Allemagne et en Grande Bretagne, les commentaires ont parfois souligné que cette mesure faisait enfin justice aux salariés, qui auparavant étaient sous-payés par rapport à leur productivité. Avec une logique imparable, on pourrait en déduire que si l’Allemagne et surtout l’Angleterre avaient moins de chômeurs, c’est que dans ces pays les entreprises avaient jusqu’à présent exploité le personnel. Le chômage va-t-il s’accroître ?

Cet argument ne tient pas, puisque le calcul de la productivité du travail ne peut être connu avec précision, bien que la théorie économique puisse à juste titre conclure que l’embauche est suspendue à l’appréciation par l’employeur des coûts et avantages que lui apporterait une embauche nouvelle. Tout ce que l’on peut dire est qu’un salaire jugé trop élevé par l’entreprise décourage l’embauche et ferme la porte de l’emploi. Si le chiffre du chômage des jeunes et des femmes est élevé, c’est que leur formation et leur qualification ne les promet pas à une forte productivité dans l’immédiat.

Qualification et emploi

Interrogé il y a quelques années sur le déclin économique de l’Europe qui s’amorçait, Gary Becker soulignait que les effets du SMIC sur le chômage deviennent sensibles lorsque l’écart entre SMIC et salaire moyen se creuse. En Europe, le niveau de SMIC aboutit à surpayer des gens peu qualifiés et qui le resteront durablement.

Le phénomène peut être constaté en France ; en 1990, l’écart de rémunération moyenne entre un salarié ayant reçu une formation supérieure (Bac et au-delà) et un smicard était de 6 à 1 ; il n’est plus aujourd’hui que de 3 à 1, et l’écart entre un salarié qualifié et un smicard est passé de 4 à moins de 2.

Cela signifie d’une part que le prix relatif du travail qualifié est faible et que l’entreprise préfèrera embaucher pour un faible supplément de salaire un candidat dont le supplément de qualification est élevé. Mais d’autre part cela veut dire aussi que le smicard n’est pas stimulé pour chercher à améliorer sa productivité : l’effort que lui coûterait une meilleure qualification lui semble trop élevé pour le bénéfice qu’il en tirerait : il devrait envisager une reconversion, une mobilité, des responsabilités nouvelles, etc. Les deux facteurs combinés aboutissent à la conclusion : le SMIC expose les salariés au chômage.

Cette conclusion est conforme à un principe général : tout prix artificiel déséquilibre le marché, créant une offre et une demande elles-mêmes artificielles.

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