Européennes : abstention hors urne = piège à gogo !

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S’abstenir n’est et ne sera jamais le bon choix : une tribune de l’écrivain Philippe Pascot. OPINION

Par Philippe Pascot.

Dimanche, nous sommes tous appelés à nous rendre aux urnes pour voter en faveur de l’une des 34 listes candidates aux élections européennes. Trente-quatre ! C’est un chiffre énorme, révélateur d’un véritable besoin d’« autre chose » comme offre politique.

Trente-quatre listes de 79 personnes chacune, avec une offre programmatique dont on peut dire que c’est un véritable bric-à-brac de propositions, un fourre-tout qui va de l’instauration d’un repas végétarien une fois par semaine dans les cantines scolaires (Parti Animaliste), la mise en place du hallal pour tous et… créateur d’emplois (Union des démocrates musulmans) ou la restauration de la monarchie en France (Alliance Royale).

Ce conglomérat disparate, cet amoncellement de nouveautés idéologiques, cette profusion des listes de mécontents nous prouvent au moins une chose : la profonde envie d’un réel changement de gouvernance devant le vide sidéral des partis monolithique en place depuis des décennies ; bien loin du sempiternel clivage binaire « nationalistes-progressistes » que l’on nous ressert à chaque élection depuis des années.

Aujourd’hui, la politique a cessé de produire des hommes et des femmes (de gauche ou de droite) variés socialement et intellectuellement différents. Ces « entre-soi » n’osent plus aucun acte courageux et tranché, leur seule préoccupation est de conserver contre vents et marées leur pouvoir et leurs privilèges. Chacun n’a qu’un seul credo pour légitimer sa survivance : pour les uns, l’ennemi, c’est la finance ; pour les autres, le numéro un à combattre, c’est l’extrême droite, et plus particulièrement le Rassemblement national, qui lui-même n’a qu’un seul ennemi : l’immigration, cause de tous les maux du monde. Mais se restreindre à une opposition nationalistes-progressistes, voire liberté-islamisation, est simpliste voire dangereux, car cela ne suscite qu’un désintérêt de plus en plus massif pour la politique.

Cet anti-débat, qui prêche à chaque fois – comme vient de le faire Emmanuel Macron – qu’il n’y a aucune autre alternative à son parti que celui du chaos et des  fachos, joue sur nos peurs inconscientes les plus malsaines. Il faut donc cesser d’agiter sans arrêt la menace d’un Frexit ou d’un repli identitaire dans le seul but d’attirer ce qu’il reste des électeurs.

OUI, les peuples européens doivent récupérer leur pouvoir de décision, de véritable choix au sein d’une diversité de propositions politiques assumées et propres à nourrir les débats.

OUI, nous avons besoin aussi de frontières, de limites politiques entre les partis, pour enrichir à nouveau notre offre politique et raviver la variété des discours et des idéologies.

NON, on ne peut pas continuer à tolérer que l’Europe, que l’on pourrait comparer au syndic d’une copropriété, nous entraîne dans une dictature malsaine. Ce « syndic » (l’Union européenne) doit seulement gérer les espaces communs de la copropriété (27 pays) et non nous imposer la couleur du papier peint de la chambre à coucher de notre appartement, la France.

NON, on ne peut et on ne pourra pas vivre en se repliant uniquement à l’intérieur de nos frontières. Vivre en fermant toutes les portes ne favorise que les moisissures et l’odeur de renfermé.

Évacuer ces simples problématiques pour ne mettre en avant que la peur des autres ne favorise qu’une chose et n’a qu’une finalité : l’abstention.

Que vous ne votiez pas : c’est ce qu’ils veulent !

En 2014, le taux d’abstention en Europe, tous pays confondus, s’élevait à 58 % ! Plus d’un électeur sur deux ne s’était pas déplacé dans les bureaux de vote, uniquement par manque d’offre politique convaincante ! Et les projections pour cette année ne semblent pas meilleures !

Plus de 60 % d’abstentionnistes sont attendus ce dimanche. Parmi eux, et ce sont pourtant les premiers concernés, de nombreux chômeurs, des personnes issues de la classe moyenne, et autres désabusés du système politique en place, les mêmes qui sont descendus dans la rue au cours des manifestations des Gilets jaunes, les mêmes qui réclament davantage de démocratie ! Cherchez l’erreur !

S’abstenir n’est et ne sera pour moi jamais le bon choix : quelle légitimité peut-on avoir sur des revendications qu’on crie dans la rue durant plusieurs mois, que 80 % de la population approuve globalement, quand le jour où chacun peut mettre une baffe à celui qui en est l’instigateur on ne remplit même pas son devoir citoyen le plus basique ?

Nos décideurs politiques comprennent bien les avantages des votes non-exprimés et s’arrogent ensuite des réussites électorales sur la base des suffrages exprimés, sous-entendu, circulez tous les autres, il n’y a rien à voir ! C’est exactement ce genre de raisonnement qui a prévalu lors de l’élection présidentielle et qui a fait dire à notre Président cette énormité d’avoir été élu « par 70 % des Français ». Faux ! Archi-faux ! Mais tellement vrai grâce à tous ceux qui ont laissé faire.

Un seul tour pour dire STOP

Allez voter dimanche, ne vous abstenez pas, mais ne vous laissez pas embarquer dans le duel Macron-Le Pen, sous leurs avatars insipides Loiseau et Bardella. Le choix est suffisamment étendu derrière. Et si, sur les 32 listes restantes, vous ne trouvez pas votre bonheur, votez blanc ou nul !

Le vote blanc est comptabilisé depuis 2014. Même s’il n’a aucun poids politique, il faut comprendre que son poids médiatique est incontestable et voter dans l’urne est le seul moyen de comptabiliser réellement le mécontentement face au désert politique actuel. Le jour où les bulletins blanc ou nuls dépasseront les exprimés, le candidat élu sera certes légitime mais ne sera plus représentatif des populations. Le pouvoir du nombre et l’écho médiatique feront qu’il sera alors obligé d’en tenir compte. On ne peut imposer sa politique quand, DANS l’urne, 90 % des votes vous rejette…

Bien sûr, aficionados de la pêche à la ligne politique et dominicale qui ne vont pas manquer de me tomber dessus avec violence, ayatollahs du rejet total de la politique et de l’urne, je suis d’accord avec vous, voter massivement blanc ou nul ne changera pas tout de suite le système. Aller voter en masse servira juste à obliger les candidats à changer, par le nombre et la visibilité du rejet de leur incompétence ! On peut au moins essayer, plutôt que de rester les bras croisés avec une abstention hors urnes qui ne change rien de rien, mais au contraire servira à les légitimer.
Vous avez donc ainsi le pouvoir de dire non à Macron par deux biais : voter autrement ou voter blanc ou nul. Aujourd’hui, ce sont déjà deux bonnes raisons de voter.

Chaque élection, qu’elle soit européenne, municipale comme l’année prochaine, régionale ou départementale, est une occasion de manifester et de comptabiliser réellement le mécontentement envers le jeu politique établi, afin de le forcer à changer ses règles pour qu’elles deviennent NOS règles.

Quelles que soient vos convictions vis-à-vis de l’Europe, faites acte de citoyenneté ou plutôt de salubrité, afin que l’on ne décide plus à votre place.
Plus vous votez, plus ils ont peur, plus cela changera.
Moins vous votez, plus ils rigolent, moins cela changera.

En contrepoint, lire la tribune de Charles Boyer

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