Européennes : quelles leçons en tirer ?

Quelques leçons à tirer des résultats des élections européennes de ce dimanche.

Par Alexis Vintray.

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Les résultats des élections européennes tombent encore ce matin mais, en France, le tableau est assez clair : l’abstention reste le premier parti de France, à 57% des inscrits, contre plus de 59% en 2009. Derrière un Front National grand vainqueur avec 25,4% des voix environ, l’UMP atteindrait 20,8% et le PS réaliserait le plus mauvais score de son histoire à moins de 14%. L’UDI et le Modem, associés dans les listes Les Européens, flirteraient avec les 10% à 9,8%, devant EELV à 8,9% et un Front de Gauche en baisse avec un petit 6,2% des voix. Aucun des autres partis ne dépasse les 5% nécessaires pour avoir des élus, en particulier les listes Nous Citoyens que les libéraux scrutaient avec intérêt.

En Europe, le taux de participation est proche de celui en France, aux environs de 43%. La palme de l’abstention revient aux Slovaques à 87%, tandis que les Tchèques sont eux aussi au-dessus des 80%. Si la France est le pays où l’extrême droite fait le plus gros score, les extrêmes sont en hausse aussi sur le reste du continent. Le parti d’inspiration néonazie Aube Dorée atteindrait environ 9% en Grèce, tandis que le FPÖ en Autriche atteindrait les 19%. À l’inverse, le parti anti-islam PVV perd un tiers de ses voix par rapport à 2009, à 12%. À l’extrême gauche, Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce feraient leur entrée au Parlement, avec près de 30% des voix pour le second.

Quelles leçons tirer de ces résultats ? Globalement, les partis eurosceptiques gagnent fortement du terrain, avec de 130 à 140 sièges dans le nouveau Parlement. Si certains de ces partis peuvent avoir quelques tonalités libérales, les tenants d’une société fermée et d’un retour des frontières rencontrent malgré tout un succès notoire, en particulier en France. Un résultat décevant et qui soulève la question de comment rendre à nouveau populaire le discours d’ouverture et de libre-échange.

Ensuite, comme en 2009, la droite est en tête du scrutin au niveau européen, avec un PPE qui remporterait 212 sièges dans le prochain Parlement, alors que les socialistes n’en auraient que 185 d’après la projection faite par TNS Sofres. Les libéraux de l’ALDE resteraient le troisième groupe avec environ 70 eurodéputés. Cela permettra au conservateur Jean-Claude Juncker de prendre selon toutes probabilités la présidence de la Commission Européenne. Par contre, en France, c’est bien l’UMP qui sort affaiblie du scrutin avec un résultat décevant et la résurgence du scandale Bygmalion qui rapproche de plus en plus Jean-François Copé de la sortie.

En France, à l’issue de cette nouvelle déroute historique pour le PS, Manuel Valls a tenu un discours indiquant que le gouvernement n’entendait pas changer de cap. Toutefois, le président a réuni ses principaux ministres pour une réaction de crise dès ce matin à l’Élysée. Mais pour tirer quelles leçons ? Que les Français en ont marre qu’on leur mente sur la situation réelle du pays et l’urgence des réformes à y mener et sont prêts à suivre le premier parti qui dit tenir un discours de vérité ? Qu’en attisant le repli sur soi avec le protectionnisme économique et l’épouvantail de l’immigration ou des délocalisations, on ne fait que renforcer ceux que l’on dit combattre ?

Enfin, le départ de la droite en deux listes distinctes (UMP & Modem-UDI) réussit plutôt aux deux partis, qui, alors que le FN prend 20% de plus qu’en 2009, ne perdent que peu de terrain par rapport au précédent scrutin où ils étaient unis. Si, par la voix de Nadine Morano, l’UMP s’est désolée de cette stratégie qui a empêché le parti de droite d’être devant le FN, l’UDI se réjouit de son score : « cette première élection nationale où nous nous présentions sous nos propres couleurs valide parfaitement notre stratégie », a déclaré ainsi Yves Jégo (UDI). Les listes séparées semblent en effet avoir réussi à la droite dans son ensemble, mettant une nouvelle fois en cause la validité d’un parti unique de droite.