Comment voter libéral aux Européennes

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Les libéraux doivent-ils se résigner à l’abstention ? Pas sûr. OPINION

Par Patrick Aulnas.

Quels sont les votes admissibles aux prochaines élections européennes d’un point de vue libéral ? Si une personne choisit l’abstention, comment justifier ce choix ? Un vote tactique, par exemple pour s’opposer, est-il pertinent ? Toutes ces questions et bien d’autres se posent pour ceux que la politique intéresse.

Pas de vainqueur ni de vaincu

Les Français étant habitués au scrutin majoritaire, ils se posent toujours la question de savoir qui a gagné. Dans une élection à la représentation proportionnelle, il n’y a pas de vainqueur, mais seulement des listes obtenant plus ou moins de sièges. Les 79 députés français seront d’ailleurs noyés parmi les 705 sièges du Parlement européen.

Transformer cette élection en un challenge purement national manque donc de pertinence. Quant à en faire un référendum pour ou contre Macron, cela n’a rigoureusement aucun sens. Il importe peu que la liste LREM arrive en première ou seconde position. Le nombre de députés obtenu n’en sera probablement pas affecté.

Pas de vote de protestation

Dans ces conditions, utiliser le scrutin européen comme vote de protestation anti-Macron relève de l’enfantillage. Certes, des individus tout à fait sensés et respectables peuvent avoir des comportements infantiles en politique. Mais il y a des limites ! Il est quand même nécessaire de réagir de temps à autre pour ne pas se laisser manipuler par les professionnels de la politique et des médias qui transforment tout sujet en polémique et en combat de personnes.

L’enjeu est européen : pour une Europe libérale et démocratique ou pour un repli nationaliste, voire pour une dislocation progressive de la construction européenne. Pour les libéraux, le choix est évident puisque le nationalisme est incompatible avec le libéralisme.

Les listes à éliminer

Tous les programmes prônant le nationalisme ou un interventionnisme étatique croissant sont à éliminer, de même que les listes opportunistes cherchant à utiliser les avantages des campagnes électorales, mais n’ayant aucune chance d’obtenir un siège (il faut 5 % des suffrages exprimés). Cela représente 31 listes sur 34 :

  • Prenez le pouvoir, Marine Le Pen (Jordan Bardella) : nationaliste
  • Europe écologie (Yannick Jadot) : interventionniste
  • La France insoumise (Manon Aubry) : interventionniste
  • Défendre les Français (Nicolas Dupont-Aignan) : nationaliste
  • Envie d’Europe (Raphaël Glucksman) : interventionniste
  • Pour l’Europe des gens (Ian Brossat) : interventionniste
  • Ensemble patriotes et Gilets jaunes (Florian Philippot) : nationaliste
  • Liste citoyenne du printemps européen (Benoît Hamon) : interventionniste
  • Contre le grand capital (Nathalie Arthaud) : interventionniste
  • Ensemble pour le Frexit (François Asselineau) : nationaliste
  • Alliance jaune, la révolte par le vote (Francis Lalanne) : opportuniste
  • Parti pirate (Florie Marie) : opportuniste
  • Urgence écologique (Dominique Bourg) : interventionniste
  • Allons enfants (Sophie Caillaud) : opportuniste
  • Mouvement pour l’initiative citoyenne (Gilles Helgen) : opportuniste et interventionniste
  • Décroissance 2019 (Thérèse Delfel) : opportuniste et interventionniste
  • Parti révolutionnaire communiste (Antonio Sanchez) : opportuniste et interventionniste
  • Parti animaliste (Hélène Thouy) : opportuniste et interventionniste
  • Les oubliés de l’Europe (Olivier Bidou) : opportuniste et interventionniste
  • Union démocratique pour la liberté égalité fraternité (Christian Person) : opportuniste
  • Évolution citoyenne (Christophe Chalençon) : opportuniste et nationaliste
  • Langue commune équitable pour l’Europe (Pierre Dieumegard) : opportuniste
  • À voix égales (Nathalie Tomasini) : opportuniste
  • Pour une Europe qui protège les citoyens (Yves Gernigon) : opportuniste
  • Liste de la reconquête (Vincent Vauclin) : opportuniste et nationaliste
  • Parti des citoyens européen (Audric Alexandre) : opportuniste
  • Démocratie représentative (Hadama Traoré) : opportuniste
  • Une France royale au cœur de l’Europe (Robert de Prévoisin) : opportuniste et nationaliste
  • La Ligne claire (Renaud Camus) : opportuniste et nationaliste
  • Neutre et actif (Cathy Brobet) : opportuniste
  • Union pour une Europe au service des peuples (Nagib Azergui) : opportuniste

Il ne reste que trois listes libéral-compatibles et sérieuses

Il s’agit de trois listes assurées d’obtenir des sièges et pro-européennes avec des nuances (sans plus) dans la conception de l’Europe :

  • Renaissance, LREM (Nathalie Loiseau)
  • Les Européens, UDI (Jean-Christophe Lagarde)
  • Union de la droite et du centre, Les Républicains (François-Xavier Bellamy)

À noter que les députés des listes LREM et UDI siégeront au Parlement européen dans le groupe libéral ALDE (Alliance des libéraux et démocrates pour l’Europe) et que les députés Les Républicains siégeront dans la droite européenne, le groupe PPE (Parti populaire européen).

Et l’abstention ?

Un nombre de listes aussi important représente tout le spectre de la politique active, sinon celui des théories politiques plus ou moins éthérées. L’abstention ne peut donc être qu’un refuge confortable face à une réalité qui, elle, ne l’est jamais.

Une abstention protestataire est d’une sidérante puérilité en présence d’enjeux européens aussi considérables : faut-il nous unir face aux mastodontes mondiaux que sont les États-Unis et la Chine ou devons-nous rester de petits pays dépendants et impuissants, n’ayant aucune capacité d’action géostratégique ?

Devons-nous construire progressivement une entité politique nouvelle, sui generis, capable de nous représenter dans le concert des nations ou n’être qu’une poussière de petits États que personne n’écoute ?

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