L’Autriche gâche la fête des populistes

La démission du vice-chancelier d’Autriche intervient le jour où les partis populistes européens se donnaient rendez-vous à Milan.

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Heinz-Christian Strache (capture Youtube)

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L’Autriche gâche la fête des populistes

Publié le 19 mai 2019
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Par Ludovic Delory.

La scène, digne d’un James Bond, a foudroyé l’extrême droite autrichienne. Le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, leader du parti FPÖ, a démissionné de ses fonctions hier lors d’une allocution à Vienne.

« J’ai fait une erreur », a-t-il reconnu, après la divulgation d’une vidéo où on le trouve en mauvaise posture. Une caméra cachée tournée en 2017 à Ibiza et divulguée vendredi soir par Der Spiegel et le Süddeutsche Zeitung. On y voit M. Strache expliquer à son interlocutrice, soi-disant nièce d’un oligarque russe, qu’il était prêt à obtenir des financements pour transformer le journal Kronen Zeitung en média pro-FPÖ en échange de marchés publics dans le secteur de la construction.

« Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète. »

C’était un piège. La scène a été filmée à son insu et la nièce de l’oligarque n’en était visiblement pas une. La soirée « arrosée », à Ibiza, a coûté son poste au vice-chancelier, qui a aussi décrit un mécanisme de financement occulte de son parti, grâce aux dons de plusieurs patrons autrichiens.

Plus inquiétante est la volonté de mainmise sur les médias affichée par le FPÖ. Son leader explique vouloir instaurer un paysage médiatique comme le fait Viktor Orban en Hongrie, comme si l’information devait être monnayée par les gens de l’État pour répondre à leurs désirs. « Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète« , a expliqué Heinz-Christian Strache dans la vidéo. On ne peut mieux résumer la vision autocratique de ces dirigeants.

À huit jours des élections européennes, ces déclarations font tache pour le camp populiste. Surtout lorsqu’elles surviennent en plein meeting des forces d’extrême droite. Hier à Milan, le FPÖ s’est fait porter pâle. Marine Le Pen a paradé en compagnie des représentants des formations qui, demain, constitueront sans doute un groupe important au Parlement européen. Place du Duomo, en plein cœur de la ville, douze formations populistes ont uni leurs forces, à l’invitation de Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur et leader de la Ligue.

« Stop aux bureaucrates, banquiers, bien-pensants, embarcations ». Voilà le genre de slogan affiché hier devant la cathédrale de Milan, devant des milliers de supporters venus applaudir Salvini. Quant à Marine Le Pen, elle a fustigé, comme à son habitude, « l’oligarchie sans repères » et l’immigration « qui submerge nos pays ».

Nous écrivions, il y a cinq jours :

Pour l’instant, le Rassemblement national populiste des Le Pen et Salvini se fait d’ailleurs sur les bases identitaires minimales, tant les formations, rassemblements et groupuscules qui communient dans l’hostilité à l’Europe et à la crise migratoire varient parfois très largement sur d’autres questions de fond, en particulier le rôle de l’État, l’Islam ou encore le rapport au voisin russe.

L’analyse n’a pas changé. Le service minimum est assuré, dans le camp des populistes. Vu le désintérêt des électeurs pour le scrutin européen, vu l’absence de « marque de fabrique » dans le camp du parti présidentiel, il faut craindre que la démission d’un vice-chancelier pris la main dans le sac ne soit pas suffisante pour freiner l’avancée de la vague nationaliste et populiste.

L’Union européenne libérale devra encore passer son tour.

Voir les commentaires (24)

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  • L’incrimination d’un dirigeant autrichien dans une combine politico financière efface t elle la tendance lourde des électeurs autrichiens?
    je ne le crois pas.
    Le libéralisme en france ne se fera pas par une conversion des idéologie populaires a l’aune de la candidature d’un tel ou d’un tel
    compte tenu de l’embrigadement dans les valeurs socialistes de l’EN.

    Elle ne pourra se faire qu’après l’élimination des politiques socialistes et Gaullistes, apres la faillite de l’etat, apres le mode de scrutin uninominal a 2 tours.
    On voit bien que la route est longue, et je pense que porter le RN au pouvoir est le meilleur moyen de s’en débarrasser a terme, une fois les écuries d’Augias nettoyées.
    L’arrivée de liste libérales seront alors les bienvenues , apres la grande lessive, pas avant.

  • « …Plus inquiétante est la volonté de mainmise sur les médias affichée par le FPÖ…  »

    Pouvez vous me citer un seul parti qui n’en rêve pas ?

  • Ces méthodes « d’investigations » sont répugnantes. En quoi peut ‘on parler de journalisme ?
    Nos journaux « nationaux » pour la plupart de gauche sont subventionnés par l’état.
    Nos partis politiques qui depuis plus de 50 ans sont au pouvoir se sont développés grâce à des faux bureau d’études entre autres que les entreprises payaient pour remporter des marchés publics et j’en passe…
    Laissez Marine Le Pen « parader » et au lieu de hurler avec les loups réfléchissez à ce qu’il faut faire pour « vendre » le libéralisme. Argumentez sérieusement.
    Allez je vous aide pour commencer : mise en place de la proportionnelle intégrale.

    • avec la proportionnelle intégrale l RN remporte toutes les élections, ceci explique cela , je veux dire une democratie a la ramasse

    • « Ces méthodes « d’investigations » sont répugnantes. »

      Si cela continue ainsi, on va voir E. Lucet proposer des montages financiers douteux aux ministres [de la cohésion et du territoire].

  • Etrange conclusion, quand même. Comme si l’Europe libérale avait une chance plus grande si … euh… on ne sait quoi. Le seul facteur qui me paraîtrait favorable serait la déconnexion des idées et des programmes d’avec les personnages qui les défendent ou prétendent le faire. Chaque politicien pris la main dans le sac, et il n’en manque pas quel que soit leur bord, devrait être une occasion de se détourner justement des personnes au profit des programmes et des idées. Hélas, ça n’est pas ce qu’on constate !

    • « Hélas, ça n’est pas ce qu’on constate ! »

      La presse fait la part trop belle au « culte de la personnalité ». On nous bassine avec des « ténors de la politique », des « première dame », des « grands homme politiques » dont les éditocrates rêvent d’écrire la bibliographie. Et pourtant si ces biblio allaient au fond des choses, cela sentirait rarement la rose … (même et surtout pour celle de Mitterrand.)

  • Deux ans après les faits ,une semaine avant les Européennes, bizarre quand même, non ?
     » Une caméra cachée tournée en 2017 à Ibiza et divulguée vendredi soir par Der Spiegel et le Süddeutsche Zeitung. « 

  • Le problème des Libéraux français est qu’ils n’ont personne pour qui voter étant données les listes qui se présentent en France. Par contre, il existe au niveau européen des partis libéraux (Pays-Bas, Allemagne,….) qui ont un groupe libéral. Bon, certes, devoir voter Macron-Loiseau pour donner des voix à l’ADLE je crois et soutenir les autres libéraux européens mais pour beaucoup fédéralistes [les libéraux français sont plutôt subsidiaristes], est un peu casse-gueule, les « socialistes masqués » n’hésiterons pas à voter socialiste. Nous en sommes donc à faire de la stratégie pour marquer le coup.

  • « Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète»
    Le pire, c’est qu’il a raison.
    Son parti cherchait à gagner de l’influence par des moyens indignes. Le camp du Bien, lui, tient déjà les médas par des moyens tout aussi critiquables.

  • Le terme de « populistes » est le dernier de toute une série destinés à dénigrer les prises de position anti-élites mondialistes. Que ces élites veuillent diriger le peuple, malgré lui et parfois contre lui, en piétinant la démocratie et la liberté d’expression, n’a rien de libéral. Je suis donc populiste.
    J’ajoute que le FPÖ est le parti libéral autrichien, favorable à une démocratie directe…
    Le manichéisme du camp du Bien n’est pas la bonne grille d’analyse.

  • 1/ Le vice-chancelier Strache a commis deux erreurs: l’une éthique, l’autre politique; il a perdu; il a démissionné; punto basta.
    2/ Cela n’empêchera pas la droite conservatrice et la droite forte de gagner ENSEMBLE les prochaines législatives autrichiennes (car désormais les électeurs des 28, bientôt 27, ne votent plus pour les meilleurs candidats … mais pour les moins mauvais.
    3/ Tous les Européens (dirigeants et citoyens lambda) sont « POUR » l’Europe sauf ceux ayant un QI de dinde !); simplement, selon leur position sur les sujets économiques et sociaux d’une part, sur les sujets régaliens (défense, immigration, diplomatie, culture, justice, enseignement) d’autre part, certains (RN, DLF, LR tendance Troca/Sens Commun) souhaitent l’Europe des Nations et des Citoyens; d’autres (les gauchos – bobos ou non -, les écolos, les macronistes, les LR tendance Mercato mou du genou, les centristes au ventre mou) préfèrent l’Europe de la Finance, des Lèche-Babouches, du Glyphosate et des Lobbies …
    Chacun peut choisir SA PROPRE VISION DE L’EUROPE mais de grâce, arrêtons d’essayer d’enfumer nos concitoyens-électeurs en tentant de leur faire croire que certains sont « CONTRE l’Europe »: plus personne n’est CONTRE l’Europe mais le 26 mai au soir, beaucoup se rendront à l’évidence = de moins en moins de citoyens européens sont pour l’Europe de Juncker, Merkel, Macron, Lamassoure, Charles Michel, Matteo Renzi et de leur bureaucratie bruxelloise ultra-libérale.

    • Bonjour JMP
      Moi je suis contre l’Europe. Je n’ai jamais vu l’intérêt de ce machin, un niveau de plus pour les fonctionnaires, un râtelier en plus pour les politiques.
      Laissons les populations s’organiser toutes seules, droit de sécession inclus, avec des micro états ou des confédérations et non pas une Europe imposée par les US.
      Le IQ de dinde c’est plutôt les pro européens.

      • @gillib: Dites que vous êtes contre l’Union Européenne plutôt que contre l’Europe. Sinon, cela va tourner au sketch de Devos…

  • Les commentaires sont fermés.

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