L’Autriche gâche la fête des populistes

Heinz-Christian Strache (capture Youtube)

La démission du vice-chancelier d’Autriche intervient le jour où les partis populistes européens se donnaient rendez-vous à Milan.

Par Ludovic Delory.

La scène, digne d’un James Bond, a foudroyé l’extrême droite autrichienne. Le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, leader du parti FPÖ, a démissionné de ses fonctions hier lors d’une allocution à Vienne.

« J’ai fait une erreur », a-t-il reconnu, après la divulgation d’une vidéo où on le trouve en mauvaise posture. Une caméra cachée tournée en 2017 à Ibiza et divulguée vendredi soir par Der Spiegel et le Süddeutsche Zeitung. On y voit M. Strache expliquer à son interlocutrice, soi-disant nièce d’un oligarque russe, qu’il était prêt à obtenir des financements pour transformer le journal Kronen Zeitung en média pro-FPÖ en échange de marchés publics dans le secteur de la construction.

« Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète. »

C’était un piège. La scène a été filmée à son insu et la nièce de l’oligarque n’en était visiblement pas une. La soirée « arrosée », à Ibiza, a coûté son poste au vice-chancelier, qui a aussi décrit un mécanisme de financement occulte de son parti, grâce aux dons de plusieurs patrons autrichiens.

Plus inquiétante est la volonté de mainmise sur les médias affichée par le FPÖ. Son leader explique vouloir instaurer un paysage médiatique comme le fait Viktor Orban en Hongrie, comme si l’information devait être monnayée par les gens de l’État pour répondre à leurs désirs. « Les journalistes sont les plus grandes prostituées de la planète« , a expliqué Heinz-Christian Strache dans la vidéo. On ne peut mieux résumer la vision autocratique de ces dirigeants.

À huit jours des élections européennes, ces déclarations font tache pour le camp populiste. Surtout lorsqu’elles surviennent en plein meeting des forces d’extrême droite. Hier à Milan, le FPÖ s’est fait porter pâle. Marine Le Pen a paradé en compagnie des représentants des formations qui, demain, constitueront sans doute un groupe important au Parlement européen. Place du Duomo, en plein cœur de la ville, douze formations populistes ont uni leurs forces, à l’invitation de Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur et leader de la Ligue.

« Stop aux bureaucrates, banquiers, bien-pensants, embarcations ». Voilà le genre de slogan affiché hier devant la cathédrale de Milan, devant des milliers de supporters venus applaudir Salvini. Quant à Marine Le Pen, elle a fustigé, comme à son habitude, « l’oligarchie sans repères » et l’immigration « qui submerge nos pays ».

Nous écrivions, il y a cinq jours :

Pour l’instant, le Rassemblement national populiste des Le Pen et Salvini se fait d’ailleurs sur les bases identitaires minimales, tant les formations, rassemblements et groupuscules qui communient dans l’hostilité à l’Europe et à la crise migratoire varient parfois très largement sur d’autres questions de fond, en particulier le rôle de l’État, l’Islam ou encore le rapport au voisin russe.

L’analyse n’a pas changé. Le service minimum est assuré, dans le camp des populistes. Vu le désintérêt des électeurs pour le scrutin européen, vu l’absence de « marque de fabrique » dans le camp du parti présidentiel, il faut craindre que la démission d’un vice-chancelier pris la main dans le sac ne soit pas suffisante pour freiner l’avancée de la vague nationaliste et populiste.

L’Union européenne libérale devra encore passer son tour.

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