De LFI au RN : passer d’un extrême à l’autre, une vieille tradition française

Andréa Kotarac, ancien élu LFI, votera pour le Rassemblement national. C’est beaucoup moins étonnant que ce qu’en disent les médias. Explications.

Par Patrick Aulnas.

Andréa Kotarac a trouvé sa voie. Ce conseiller régional LFI d’Auvergne-Rhône-Alpes votera RN aux élections européennes du 26 mai prochain. Selon lui, la liste menée par Jordan Bardella est « la seule souverainiste qui met en avant l’indépendance de la France et qui est la mieux à même de faire barrage à Emmanuel Macron ». Une révélation soudaine pour un élu de gauche ! Une prise de conscience de la vérité en politique ! En réalité, le phénomène n’est pas du tout exceptionnel. Les transfuges de l’extrême-gauche vers l’extrême-droite sont nombreux et cela ne date pas d’hier.

Quelques exemples

Jacques Doriot (1898-1945), d’abord membre du Parti communiste, est exclu en 1936 et crée le Parti populaire français, parti de type fasciste. Il deviendra un ardent collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale et combattra sur le front russe avec le grade de lieutenant de la Waffen-SS.

Le philosophe Roger Garaudy (1913-2012) a lui aussi été pendant longtemps membre du Parti communiste, avant de se rallier au gauchisme autogestionnaire en 1968. Il est exclu du Parti communiste en 1970. Il devient ensuite un adepte très actif des thèses écologistes avant de dériver complètement : conversion à l’islam, antisémitisme et négationnisme.

Mais les célébrités ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. En 2017, le Front national avait consulté ses militants pour déterminer ceux qui venaient d’un autre horizon politique. Les transfuges se recrutaient parfois à droite (UMP), parfois au PS ou au Front de gauche, parfois à l’extrême gauche trotskyste (NPA). L’attractivité du FN, désormais RN, est bien réelle chez les militants politiques. Certains d’entre eux voient leur avenir de ce côté-là de l’échiquier politique. 36 % des sympathisants LFI ayant désormais une bonne opinion du RN, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, il ne faut pas s’étonner des conséquences au niveau des militants.

Deux points communs idéologiques : anticapitalisme et antilibéralisme

Les extrêmes se touchent. L’expression n’est pas aussi simpliste qu’elle en a l’air. Extrême droite et extrême gauche ont en commun l’anticapitalisme et l’antilibéralisme. L’anticapitalisme de droite résulte du nationalisme. L’État-nation doit protéger les valeurs traditionnelles et refuser les immixtions de l’étranger, y compris celles résultant de la liberté des échanges. L’extrême droite a un tropisme protectionniste compatible avec le capitalisme d’antan, mais pas du tout avec la globalisation planétaire des échanges.

L’anticapitalisme d’extrême gauche est inhérent à une vision conflictuelle du social. La lutte des classes oppose la bourgeoisie détentrice de moyens de production et les salariés (auparavant le prolétariat) soumis à la domination capitaliste. La fin de l’Histoire est la société sans classes, donc sans bourgeoisie.

La liberté n’est ni une valeur d’extrême droite, ni une valeur d’extrême gauche. L’extrême droite cultive le culte du chef, de l’homme providentiel et souhaite une société strictement hiérarchisée dans laquelle l’autorité est une valeur primordiale. Quant à l’extrême gauche, son ambition égalitariste la conduit à reléguer la liberté au mieux au second rang et à accepter les dérives autoritaires, comme on l’a vu récemment au Venezuela. Si l’expression marxiste-léniniste « dictature du prolétariat » apparaît aujourd’hui archaïque, le concept est, lui, toujours présent à l’extrême-gauche : on ne vaincra la bourgeoisie capitaliste que par la force.

L’ultragauche s’est éloignée des peuples d’Occident

Il apparaît ainsi que même si les idéologies d’extrême droite et d’extrême gauche se fondent sur des concepts différents la haine du capitalisme et de la liberté les rapproche. Le militant qui fait prévaloir la politique politicienne, c’est-à-dire le court terme, peut donc facilement devenir un transfuge. La faiblesse de l’extrême gauche actuelle et la montée en puissance du populisme de droite favorisent le phénomène.

Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, la faiblesse de l’extrême gauche résulte principalement de son approche des mouvements de population. Portée au laxisme en matière d’immigration (« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »), acceptant volontiers le communautarisme, intégrant dans ses rangs des tendances indigénistes diabolisant la domination des Blancs (nouvelle forme de racisme), s’acoquinant avec les fanatiques de la lutte contre l’islamophobie, l’extrême gauche s’est éloignée des préoccupations des peuples occidentaux. Si l’on ajoute son adhésion à l’idéologie écologiste, cela fait vraiment beaucoup, puisque le peuple ne s’intéresse pas vraiment aux fantasmes catastrophistes des militants écologistes.

A contrario, la situation est porteuse pour le populisme de droite. Mondialisation et incertitudes sur l’avenir conduisent les individus à se replier sur un État-nation que la propagande populiste présente comme un havre de sécurité à construire. Lutte contre l’immigration et le communautarisme, localisme productif et protectionnisme, défense de l’identité culturelle occidentale : voilà des thèmes qui séduisent d’emblée de nombreux électeurs.

Il en résulte que le populisme de droite a un avenir historique et commence déjà à conquérir le pouvoir. Le populisme de gauche n’en a aucun. Un élu régional comme Andréa Kotarac, s’il souhaite réussir en politique, a tout intérêt à choisir l’extrême-droite. Dont acte.