De LFI au RN : passer d’un extrême à l’autre, une vieille tradition française

Andréa Kotarac, ancien élu LFI, votera pour le Rassemblement national. C’est beaucoup moins étonnant que ce qu’en disent les médias. Explications.

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De LFI au RN : passer d’un extrême à l’autre, une vieille tradition française

Publié le 18 mai 2019
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Par Patrick Aulnas.

Andréa Kotarac a trouvé sa voie. Ce conseiller régional LFI d’Auvergne-Rhône-Alpes votera RN aux élections européennes du 26 mai prochain. Selon lui, la liste menée par Jordan Bardella est « la seule souverainiste qui met en avant l’indépendance de la France et qui est la mieux à même de faire barrage à Emmanuel Macron ». Une révélation soudaine pour un élu de gauche ! Une prise de conscience de la vérité en politique ! En réalité, le phénomène n’est pas du tout exceptionnel. Les transfuges de l’extrême-gauche vers l’extrême-droite sont nombreux et cela ne date pas d’hier.

Quelques exemples

Jacques Doriot (1898-1945), d’abord membre du Parti communiste, est exclu en 1936 et crée le Parti populaire français, parti de type fasciste. Il deviendra un ardent collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale et combattra sur le front russe avec le grade de lieutenant de la Waffen-SS.

Le philosophe Roger Garaudy (1913-2012) a lui aussi été pendant longtemps membre du Parti communiste, avant de se rallier au gauchisme autogestionnaire en 1968. Il est exclu du Parti communiste en 1970. Il devient ensuite un adepte très actif des thèses écologistes avant de dériver complètement : conversion à l’islam, antisémitisme et négationnisme.

Mais les célébrités ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. En 2017, le Front national avait consulté ses militants pour déterminer ceux qui venaient d’un autre horizon politique. Les transfuges se recrutaient parfois à droite (UMP), parfois au PS ou au Front de gauche, parfois à l’extrême gauche trotskyste (NPA). L’attractivité du FN, désormais RN, est bien réelle chez les militants politiques. Certains d’entre eux voient leur avenir de ce côté-là de l’échiquier politique. 36 % des sympathisants LFI ayant désormais une bonne opinion du RN, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, il ne faut pas s’étonner des conséquences au niveau des militants.

Deux points communs idéologiques : anticapitalisme et antilibéralisme

Les extrêmes se touchent. L’expression n’est pas aussi simpliste qu’elle en a l’air. Extrême droite et extrême gauche ont en commun l’anticapitalisme et l’antilibéralisme. L’anticapitalisme de droite résulte du nationalisme. L’État-nation doit protéger les valeurs traditionnelles et refuser les immixtions de l’étranger, y compris celles résultant de la liberté des échanges. L’extrême droite a un tropisme protectionniste compatible avec le capitalisme d’antan, mais pas du tout avec la globalisation planétaire des échanges.

L’anticapitalisme d’extrême gauche est inhérent à une vision conflictuelle du social. La lutte des classes oppose la bourgeoisie détentrice de moyens de production et les salariés (auparavant le prolétariat) soumis à la domination capitaliste. La fin de l’Histoire est la société sans classes, donc sans bourgeoisie.

La liberté n’est ni une valeur d’extrême droite, ni une valeur d’extrême gauche. L’extrême droite cultive le culte du chef, de l’homme providentiel et souhaite une société strictement hiérarchisée dans laquelle l’autorité est une valeur primordiale. Quant à l’extrême gauche, son ambition égalitariste la conduit à reléguer la liberté au mieux au second rang et à accepter les dérives autoritaires, comme on l’a vu récemment au Venezuela. Si l’expression marxiste-léniniste « dictature du prolétariat » apparaît aujourd’hui archaïque, le concept est, lui, toujours présent à l’extrême-gauche : on ne vaincra la bourgeoisie capitaliste que par la force.

L’ultragauche s’est éloignée des peuples d’Occident

Il apparaît ainsi que même si les idéologies d’extrême droite et d’extrême gauche se fondent sur des concepts différents la haine du capitalisme et de la liberté les rapproche. Le militant qui fait prévaloir la politique politicienne, c’est-à-dire le court terme, peut donc facilement devenir un transfuge. La faiblesse de l’extrême gauche actuelle et la montée en puissance du populisme de droite favorisent le phénomène.

Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, la faiblesse de l’extrême gauche résulte principalement de son approche des mouvements de population. Portée au laxisme en matière d’immigration (« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »), acceptant volontiers le communautarisme, intégrant dans ses rangs des tendances indigénistes diabolisant la domination des Blancs (nouvelle forme de racisme), s’acoquinant avec les fanatiques de la lutte contre l’islamophobie, l’extrême gauche s’est éloignée des préoccupations des peuples occidentaux. Si l’on ajoute son adhésion à l’idéologie écologiste, cela fait vraiment beaucoup, puisque le peuple ne s’intéresse pas vraiment aux fantasmes catastrophistes des militants écologistes.

A contrario, la situation est porteuse pour le populisme de droite. Mondialisation et incertitudes sur l’avenir conduisent les individus à se replier sur un État-nation que la propagande populiste présente comme un havre de sécurité à construire. Lutte contre l’immigration et le communautarisme, localisme productif et protectionnisme, défense de l’identité culturelle occidentale : voilà des thèmes qui séduisent d’emblée de nombreux électeurs.

Il en résulte que le populisme de droite a un avenir historique et commence déjà à conquérir le pouvoir. Le populisme de gauche n’en a aucun. Un élu régional comme Andréa Kotarac, s’il souhaite réussir en politique, a tout intérêt à choisir l’extrême-droite. Dont acte.

A lire aussi : Être libéral et voter Rassemblement National, un choix impossible ?

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  • Il y a aussi adhesion de l’extrême droite à l’écologisme.

    Haine du capitalisme. Haine de la liberté. Ecologisme. Taxes pour le riches. Si c’est pas du sociallisme ca en a quand même vachement le gout !

    • Macron, d’extrême droite ? Je n’arrête pas de le dire ? ?
      [Rappel : la taxe à l’origine des GJ, c’était pour « sauver la planète »]

  • laquelle vieille tradition concernait surtout les ceusses de droite qui allait bouffer au râtelier de gauche et vice versa ; généralement , les électeurs des extrêmes étaient plutôt fidèles à leur parti ; la donne à changé ;

  • un mot ont retenu mon attention : populisme. Je trouve étonnant de rattacher ce mot, de façon récurrente à la droite. Si on se reporte à sa définition toutes le spectre politique est frappé de populisme. Ce qui me gène c’est que son utilisation est péjorative et en cela elle ne peut, puisque ce mot est souvent utilisé au détriment de la droite, que « bonifier » l’image des gauches et franchement ça me dérange. Je n’ai p

    • Si le populisme c’est « racoler les benêts avec des promesses non finançables et des carabistouilles et des menaces pour etre élus »

      Alors tous les partis sont populistes y compris LR et LREM et surtout la gauche qui l’avoue en voulant  » réenchanter le rêve ».
      Le rêve ce n’est pas moi qui l'(ai inventé..

      Le RN a inclut dans son discours une inflexion sociale pour etre
      élu;; » comme tout le monde  »
      c’est un parti qui chasse sur toutes les frustrations et sur toute les peurs.. si l’écologie c’est repris par tous c’est que c’est un bon filon de peurs a agiter
      il a été créé par la gauche(Mitterrand) pour garder le pouvoir en divisant la droite..et çà a marché..
      Le RN ne sers qu’a çà.. la bonne blague a lui faire c’est de le mettre au pouvoir, une fois les mains dans le cambouis on verra qu’il ne peut pas faire mieux que les autres .. et perdra sa capacité a critiquer et a regrouper les mécontents..

      Le FN va arriver premier a ces élections, et de beaucoup.
      là il sera clair pour tous que la proportionnelle démontre que les français n’ont plus peur du RN…et que le scrutin a 2 tours c’est une escroquerie;
      Donc les pouvoirs se maintiennent sur les peurs , les promesses , et les manipulations électorales..
      Il est temps de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière

      • « Il en résulte que le populisme de droite a un avenir historique et commence déjà à conquérir le pouvoir » . . . cela semble évident quand on voit la médiocrité des « stagiaires » à la tête de LREM ! on ne sait plus pour qui voter aujourd’hui donc on ne vote pas ou on vote pour les moins mièvres, les moins « excités » (on se souvient de l’excité postillonnant de Mélenchon face aux policiers qui l’empêchaient de rentrer dans ses locaux : là ça l’a grillé !!).
        Je rejoins l’avis de Claude : la bonne blague sera l’accession du RN au pouvoir, dernière étape avant le « chaos » tant attendu pour une « renaissance » des valeurs.
        C’est enfin marrant de voir Mr Aulnas essayer de soutenir le pov’Macron, sur un forum de discussion très anti-Macron ! on dirait presque qu’il essaie de nous convaincre qu’il faut voter LREM !!!! drôle d’idée non ?

      • Un coup de pied dans la fourmilière…….ca ne fait pas disparaitre les fourmis ,elles vont dans tous les sens et la fourmilière renait.
        Y a que le poison pour s’en debarasser ..empoisonner leurs idees.

      • La patronne du RN a prouvé comme son père en un débat en 2017 qu’elle était incapable de gouverner et qu’il était moins dangereux d’être dans la soit-disant opposition.

    • je crois que le mot populisme convient mieux à la droite et surtout l’extrême car le peuple n’est qu’un outil. Dans les anciens programmes FN et autres, c’était quasi « un policier à chaque coin de rue, on enferme tous les méchants, il suffit de, ya ka, etc » ils disaient ce que la masse voulait. Alors que à gauche, le peuple est un outil mais aussi le but.
      Mais c’est vrai qu’au final, tout le monde dit ce que les électeurs souhaitent. Avec quelques différences parfois cosmétiques. Nous sommes ici en Belgique à la veille d’une triple élection, et je serais curieux de croiser l’occurence de certains mots/expression/idée dans les programmes des différents partis.

      • Vous voyez vraiment « le peuple » comme autre chose qu’un « outil » entre les mains de l’ancien PS, ou de Macron ?
        « But » ? Plus depuis la nouvelle stratégie estampillée Terra Nova, qui demande justement de la manière la plus officielle possible de s’en éloigner au bénéfice de toutes les minorités.
        Quant à Macron, il y a déjà eu le fameux « faites ce que vous voulez, mais votez Macron », bien avant son non moins fameux « qu’ils viennent me chercher ».

        Restez analyser la situation dans votre Belgique, vous ne comprenez décidément rien à ce qui se passe en France…

  • Un peu grossier ce procédé… on prend deux types qui sont passés de Méphisto à Satan dans un autre temps pour illustrer un fait divers actuel. Faut peut-être arrêter immédiatement Kotarac avant qu’il ne déporte un million de personne dans les mines de nickel de Calédonie…
    Utiliser les méthodes des rouges pour faire de la communication politique, c’est nul.

    • Je partage. En histoire comme en socio-politique, le comparatisme – en gros : Hitler = Staline et extrême droite = extrême gauche – est inopérant, voire un peu malhonnête. Les historiens sérieux l’excluent de leurs travaux. Les exemples choisis pour la démonstration sont assez grossiers, or l’histoire et la biographie ne sont pas des disciplines pratiquées à gros traits, au contraire. Quant au changement de cap idéologique, il est constitutif de l’être politique. Pour résumet : on a le droit de changer d’avis.

      • Le problème est que la plupart de nos homme politique n’ont pas véritablement d’avis. Ils ont juste une carrière à mener…

    • Sauf que Simon Epstein a montré que c’était des tombereaux de SFIO et de pacifistes qui étaient passé à Vichy. C’est a chambre du Front Populaire qui a donné les pleins pouvoirs à Pétain.

  • L’Italie et l’Allemagne fascistes n’étaient pas fondamentalement différentes de l’URSS. C’était juste une question de degré.

    C’est l’occasion de rappeler le livre de SImon Esptein sur tous les transfuges de la gauche antifasciste devenus de farouches hitlériens.

  • avec LFI je partage son anticapitalisme mais pas son mondialisme notamment en terme de migrationnisme qui va dans le sens des intérêts de l’ultra-capitalisme internationalisé…..avec RN je partage son souci de souveraineté nationale mais par contre il n’est pas anti-capitaliste surtout contre l’ultra-capitalisme internationalisé et il y a un doute sur le respect de la démocratie et des larges droits de l’homme….DONC JE N’ HESITERAIS PAS A VOTER POUR LA LISTE « UPR » ET SON CHEF DE FILE F.ASSELINEAU qui concilie ATTACHEMENT A LA SAUVEGARDE DE LA SOUVERAINETE GRAVEMENT MENACEE avec ATTACHEMENT A LA DEMOCRATIE , AUX LARGES DROITS DE L’HOMME et volonté de mettre au pas les MULTINATIONALES fraudeuses et prédatrices !!!!…..donc a mon bulletin UPR UPR UPR UPR UPR …….

    • asselineau est une burne , haut fonctionnaire de la finance chargé d’enlever 1% du total des voix ..tssss

    • Ben voyons, c’est le capitalisme la source de tous nos maux (ou presque)… Vous en êtes encore là !? 🙂 🙂

  • Je trouve tout de même que M. Macron représente de plus en plus une sorte d’extrême centre…

  • ben quand même, si vous remarquez les points communs il y a quand m^me des différences…pouvoir passer de l’un à l’autre en réalité d’ailleurs de la gauche à la droite semble signifier que pour beaucoup de gauchiste, le coté humanitaire est une posture.

  • Extrémiste, extrémiste, extrémiste…
    Mais pourtant, d’où viennent leurs électeurs ? De la France périphérique.

    Nous avons donc des gens qui passent d’une périphérie à l’autre. Je ne vois pas le rapprochement historique quand Kotarac est un modeste conseiller, contrairement à ces activistes ambitieux tristement célèbres profitant souvent d’un soutien intéressé et secret.

    Le passage de la périphérie (des banlieues ou villes de provinces) au cœur du pouvoir (de Paris ou grosses métropoles), a un nom : C’est la promotion sociale. Hors, elle me semble bien verrouillée aujourd’hui.

  • L’auteur raisonne comme si les idéologies étaient des fossiles. Mais les idéologies évoluent pour s’adapter à la réalité.

  • Les commentaires sont fermés.

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