ADP : la droite s’allie avec les communistes contre la privatisation

Laurent Wauquiez en 2013 by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

C’est sur le principe même de la privatisation que la droite s’oppose à Macron, et ce à l’aide d’arguments qui ne tiennent pas vraiment la route.

Par Arnaud Le Vaillant de Charny.

Alors que Macron tente bien timidement de continuer d’avancer sur la voie de la privatisation d’ADP, la droite a décidé de s’allier avec les communistes et d’en appeler aux masses pour le bloquer via un référendum d’initiative partagée. Si la méthode choisie par Macron est très largement critiquable, c’est sur le principe même de la privatisation que la droite s’y oppose, et ce à l’aide d’arguments qui ne tiennent pas vraiment la route.

Ils accusent principalement l’État de brader les bijoux de famille, invoquant là les juteux dividendes que verse ADP. Or, pour remettre les choses en perspective, il faut déjà rappeler que ceux-ci ne couvrent jamais que 0,01 % de la dépense publique en France. De plus, si l’État renonce aux dividendes d’ADP, il ne renonce pas pour autant aux impôts qu’il ne manquera pas de prélever sur ceux versés aux actionnaires qui le remplaceront, et auxquels il faut aussi ajouter les redevances de concession.

Enfin, la sortie en capital permettra soit de réinvestir, et donc de générer de nouveaux revenus, soit de réduire légèrement l’endettement faramineux de l’État et donc les dépenses afférentes au service de la dette. L’équation est donc plus complexe qu’une simple rentrée de dividendes que l’État perdrait. Si l’opération se révélait tout de même négative pour les finances publiques, l’État dispose de marge de manœuvres considérables pour compenser sur ses dépenses.

ADP privé, tout profit pour tout le monde

Même si ce n’est qu’un petit pas en direction d’une réelle et totale privatisation, celle-ci est à l’avantage des Français. Des études internationales montrent que la privatisation des aéroports améliore la gestion, l’expérience client et augmente le nombre de créneaux de vols. Il est même tout à fait possible que la politique de dividende actuelle d’ADP soit de la mauvaise gestion. En effet, la Cour des comptes a déjà pointé par le passé que l’État était trop gourmand avec ses entreprises aux dépens de leurs capacités d’investissements et donc, au final, des consommateurs. Si c’est le cas, avancer vers la privatisation permettra de rééquilibrer la politique d’ADP en la matière.

Le marché, seul juge de paix

L’exemple des autoroutes sert souvent de comparaison avec la privatisation d’ADP. Pourtant celui-ci est sans appel en faveur de la privatisation. En effet, le réseau privé est en excellent état comparé au réseau public et il est extrêmement rentable pour l’État qui économise l’entretien et collecte redevances et impôts. Si les Français aiment s’en plaindre, ils aiment tout autant les emprunter, les plébiscitant chaque jour avec leur porte-monnaie alors même qu’ils disposent d’un réseau gratuit et subventionné. À la différence des sociétés autoroutières, ADP étant déjà coté en bourse, nous pourrons savoir si l’État aura effectivement bradé ses parts, le marché étant le seul juge de paix en la matière.

Au lieu de s’allier avec les anciens stalinistes en faveur de la propriété publique et d’exiger un référendum dont le coût approcherait sûrement une année de dividendes d’ADP, la droite ferait mieux de remplir son rôle et d’offrir des propositions constructives afin d’aller plus loin dans les privatisations et de s’assurer qu’elles ne soient pas entachées de corruption afin que les Français en récoltent tous les fruits.

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