Déclin des partis : la valse ridicule des nouveaux noms de formations

Jeune socialiste By: Rémi Noyon - CC BY 2.0

Comme pour les marques des produits ou services, il faut désormais choisir un terme accrocheur ou fédérateur pour nommer un parti. Le mot parti disparaît totalement puisqu’il représente la politique à l’ancienne, particulièrement honnie.

Par Patrick Aulnas.

Les nouvelles dénominations des partis politiques frôlent le ridicule. Fort heureusement, le ridicule ne tue pas et, dans ce domaine, il pourrait même attirer quelques innocents. Les partis savent que les militants d’aujourd’hui sont rares et inconstants. Comme pour certains placements, leur volatilité est forte. Il faut donc faire feu de tout bois pour recruter.

Fini les sigles abscons ou les appellations à caractère idéologique. Le nom de la formation politique doit désormais être signifiant.

Avant d’apprécier la portée de cette considérable évolution du XXIe siècle, il n’est pas inutile de donner quelques exemples historiques.

La droite modérée et la neutralité républicaine

Les partis de droite étaient abonnés aux sigles attrape-tout. Ainsi, le nom du parti gaulliste a évolué comme suit :

  • UNR (Union pour la nouvelle République) de 1958 à 1962
  • UNR-UDT (Union pour la nouvelle République – Union démocratique du travail) de 1962 à 1967
  • UD-Ve (Union des démocrates pour la Cinquième République) de 1967 à 1968
  • UDR (Union pour la défense de la République) de 1968 à 1976
  • RPR (Rassemblement pour la République) de 1976 à 2002
  • UMP (Union pour un mouvement populaire) de 2002 à 2015

Le caractère totalement neutre idéologiquement de tous ces sigles correspond à l’électorat visé : des conservateurs modérés qui se méfient comme de la peste des idéologies. L’insipidité des expressions utilisées n’est que la contrepartie de l’objectif poursuivi : ne choquer politiquement personne.

Grande rupture en 2015, le parti adopte une appellation furieusement originale : Les Républicains.

Socialistes et communistes : l’idéologie en devanture

Chez les communistes et les socialistes, c’est au contraire l’idéologie qui est mise en évidence de façon constante. Ainsi, le principal parti français à orientation socialiste s’est appelé SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) de 1905 à 1969, puis tout simplement Parti socialiste ensuite. Un autre petit parti socialiste, le PSU (Parti socialiste unifié) a existé de 1960 à 1990, principalement autour de Michel Rocard.

Les communistes furent d’abord la SFIC (Section française de l’Internationale communiste) de 1920 à 1921, puis le PC (Parti communiste) de 1921 à 1943 et enfin le PCF (Parti communiste français) à partir de 1943. Jusqu’en 1943, le caractère internationaliste était mis en évidence car le parti était membre de la Troisième Internationale ou Komintern, dominée par la dictature soviétique. La dissolution du Komintern en 1943 permet de retrouver le caractère national du parti.

La crispation idéologique totale à gauche se caractérise aussi par la constance, voire l’obstination : socialistes et communistes ont conservé leur appellation jusqu’à ce jour.

Les extrêmes : nationalisme et lutte des classes

Extrême-droite et extrême-gauche font toujours apparaître leur mantra idéologique : nationalisme ou lutte des classes.

Deux exemples à droite : Action française (fondé en 1898, sous l’influence de Charles Maurras, royaliste, nationaliste et contre-révolutionnaire), Front national (fondé en 1972, sous l’influence de Jean-Marie Le Pen, nationaliste, anti-Union européenne) devenu Rassemblement national en 2018.

À gauche, du côté du communisme trotskyste et antistalinien, l’actuelle NPA (Nouveau parti anticapitaliste) est issue du PCI (Parti communiste internationaliste de 1944 à 1969), devenu Ligue communiste en 1969 puis Ligue communiste révolutionnaire en 1974 et enfin NPA en 2009.

Les grandes innovations du XXIe siècle

Tous les moyens sont bons pour tenter d’enrayer le déclin des partis. Le marketing politique constitue une opportunité. Comme pour les marques des produits ou services, il faut désormais choisir un terme accrocheur ou fédérateur pour nommer un parti. Le mot parti disparaît totalement puisqu’il représente la politique à l’ancienne, particulièrement honnie.

Mais les nouvelles dénominations amènent parfois sur les visages des sourires gênés ou des mimiques de déploration. Je me souviens d’avoir vu à la télévision Nathalie Kosciusko-Morizet annoncer avec un sourire légèrement incrédule le nouveau nom de l’UMP : Les Républicains. La brillante polytechnicienne avait beaucoup de mal à prendre au sérieux cette captation naïve de la République. On la comprend aisément. Quoi de plus ridicule que de s’affirmer Républicain ! L’impression de singer médiocrement les Américains et leur Parti républicain est omniprésente. L’ambiguïté est permanente : favorable à la République (républicain) ou membre du parti (Républicain) ?

La République En Marche s’approprie également notre République. La République marcherait mieux avec moins de politique et de dépenses publiques. Mais on doute fort qu’une quelconque formation politique puisse lui intimer l’ordre d’avancer. En Marche (initiales d’Emmanuel Macron) puis La République En Marche, cela fait irrésistiblement penser aux marches militaires. Chez ceux qui ont servi dans l’armée ou fait leur service militaire remontent à la surface les souvenirs des marches au pas dans la cour de la caserne, avec comme signal de départ : En avant, marche ! Un, deux !

Mais la palme d’or revient à la gauche. La gauche doit être incisive, innovante. Elle doit bousculer les immobilismes, résister aux oppressions réelles ou fantasmées et construire notre avenir par sa puissante capacité de réflexion. La France insoumise et Génération.s cochent vraiment toutes les cases.

Nos Insoumis demandent que l’État les prenne mieux en charge. Les riches profitent de leur argent, quelle honte ! Il faut le leur prendre car les Insoumis y ont droit. Il existe des pays plus compétitifs que la France qui osent nous vendre leurs produits. Cela s’appelle la mondialisation. Si vous pensez que les Insoumis cherchent à lutter, vous n’avez rien compris à l’insoumission. Ils demandent à l’État de les protéger par des droits de douane. Nos révolutionnaires ont un goût prononcé pour l’inféodation étatique. Leur insoumission est purement théâtrale, à l’image de leur leader Jean-Luc Mélenchon.

Avec Génération.s, vous êtes informé par la calligraphie. L’écriture inclusive signale d’emblée le goût du parti pour les innovations les plus hardies. On s’adresse visiblement à une certaine jeunesse branchée et aux féministes les plus radicales qui adorent cette comédie scripturale. Mais le petit nombre des adeptes augure mal de l’avenir de Génération.s.

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