Déclin des partis : la valse ridicule des nouveaux noms de formations

Les partis, en quête de fraîcheur et d'électeurs, changent d'appellation pour se moderniser. À gauche et à droite, les stratégies sont différentes.
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Jeune socialiste By: Rémi Noyon - CC BY 2.0

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Déclin des partis : la valse ridicule des nouveaux noms de formations

Publié le 15 février 2019
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Par Patrick Aulnas.

Les nouvelles dénominations des partis politiques frôlent le ridicule. Fort heureusement, le ridicule ne tue pas et, dans ce domaine, il pourrait même attirer quelques innocents. Les partis savent que les militants d’aujourd’hui sont rares et inconstants. Comme pour certains placements, leur volatilité est forte. Il faut donc faire feu de tout bois pour recruter.

Fini les sigles abscons ou les appellations à caractère idéologique. Le nom de la formation politique doit désormais être signifiant.

Avant d’apprécier la portée de cette considérable évolution du XXIe siècle, il n’est pas inutile de donner quelques exemples historiques.

La droite modérée et la neutralité républicaine

Les partis de droite étaient abonnés aux sigles attrape-tout. Ainsi, le nom du parti gaulliste a évolué comme suit :

  • UNR (Union pour la nouvelle République) de 1958 à 1962
  • UNR-UDT (Union pour la nouvelle République – Union démocratique du travail) de 1962 à 1967
  • UD-Ve (Union des démocrates pour la Cinquième République) de 1967 à 1968
  • UDR (Union pour la défense de la République) de 1968 à 1976
  • RPR (Rassemblement pour la République) de 1976 à 2002
  • UMP (Union pour un mouvement populaire) de 2002 à 2015

Le caractère totalement neutre idéologiquement de tous ces sigles correspond à l’électorat visé : des conservateurs modérés qui se méfient comme de la peste des idéologies. L’insipidité des expressions utilisées n’est que la contrepartie de l’objectif poursuivi : ne choquer politiquement personne.

Grande rupture en 2015, le parti adopte une appellation furieusement originale : Les Républicains.

Socialistes et communistes : l’idéologie en devanture

Chez les communistes et les socialistes, c’est au contraire l’idéologie qui est mise en évidence de façon constante. Ainsi, le principal parti français à orientation socialiste s’est appelé SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) de 1905 à 1969, puis tout simplement Parti socialiste ensuite. Un autre petit parti socialiste, le PSU (Parti socialiste unifié) a existé de 1960 à 1990, principalement autour de Michel Rocard.

Les communistes furent d’abord la SFIC (Section française de l’Internationale communiste) de 1920 à 1921, puis le PC (Parti communiste) de 1921 à 1943 et enfin le PCF (Parti communiste français) à partir de 1943. Jusqu’en 1943, le caractère internationaliste était mis en évidence car le parti était membre de la Troisième Internationale ou Komintern, dominée par la dictature soviétique. La dissolution du Komintern en 1943 permet de retrouver le caractère national du parti.

La crispation idéologique totale à gauche se caractérise aussi par la constance, voire l’obstination : socialistes et communistes ont conservé leur appellation jusqu’à ce jour.

Les extrêmes : nationalisme et lutte des classes

Extrême-droite et extrême-gauche font toujours apparaître leur mantra idéologique : nationalisme ou lutte des classes.

Deux exemples à droite : Action française (fondé en 1898, sous l’influence de Charles Maurras, royaliste, nationaliste et contre-révolutionnaire), Front national (fondé en 1972, sous l’influence de Jean-Marie Le Pen, nationaliste, anti-Union européenne) devenu Rassemblement national en 2018.

À gauche, du côté du communisme trotskyste et antistalinien, l’actuelle NPA (Nouveau parti anticapitaliste) est issue du PCI (Parti communiste internationaliste de 1944 à 1969), devenu Ligue communiste en 1969 puis Ligue communiste révolutionnaire en 1974 et enfin NPA en 2009.

Les grandes innovations du XXIe siècle

Tous les moyens sont bons pour tenter d’enrayer le déclin des partis. Le marketing politique constitue une opportunité. Comme pour les marques des produits ou services, il faut désormais choisir un terme accrocheur ou fédérateur pour nommer un parti. Le mot parti disparaît totalement puisqu’il représente la politique à l’ancienne, particulièrement honnie.

Mais les nouvelles dénominations amènent parfois sur les visages des sourires gênés ou des mimiques de déploration. Je me souviens d’avoir vu à la télévision Nathalie Kosciusko-Morizet annoncer avec un sourire légèrement incrédule le nouveau nom de l’UMP : Les Républicains. La brillante polytechnicienne avait beaucoup de mal à prendre au sérieux cette captation naïve de la République. On la comprend aisément. Quoi de plus ridicule que de s’affirmer Républicain ! L’impression de singer médiocrement les Américains et leur Parti républicain est omniprésente. L’ambiguïté est permanente : favorable à la République (républicain) ou membre du parti (Républicain) ?

La République En Marche s’approprie également notre République. La République marcherait mieux avec moins de politique et de dépenses publiques. Mais on doute fort qu’une quelconque formation politique puisse lui intimer l’ordre d’avancer. En Marche (initiales d’Emmanuel Macron) puis La République En Marche, cela fait irrésistiblement penser aux marches militaires. Chez ceux qui ont servi dans l’armée ou fait leur service militaire remontent à la surface les souvenirs des marches au pas dans la cour de la caserne, avec comme signal de départ : En avant, marche ! Un, deux !

Mais la palme d’or revient à la gauche. La gauche doit être incisive, innovante. Elle doit bousculer les immobilismes, résister aux oppressions réelles ou fantasmées et construire notre avenir par sa puissante capacité de réflexion. La France insoumise et Génération.s cochent vraiment toutes les cases.

Nos Insoumis demandent que l’État les prenne mieux en charge. Les riches profitent de leur argent, quelle honte ! Il faut le leur prendre car les Insoumis y ont droit. Il existe des pays plus compétitifs que la France qui osent nous vendre leurs produits. Cela s’appelle la mondialisation. Si vous pensez que les Insoumis cherchent à lutter, vous n’avez rien compris à l’insoumission. Ils demandent à l’État de les protéger par des droits de douane. Nos révolutionnaires ont un goût prononcé pour l’inféodation étatique. Leur insoumission est purement théâtrale, à l’image de leur leader Jean-Luc Mélenchon.

Avec Génération.s, vous êtes informé par la calligraphie. L’écriture inclusive signale d’emblée le goût du parti pour les innovations les plus hardies. On s’adresse visiblement à une certaine jeunesse branchée et aux féministes les plus radicales qui adorent cette comédie scripturale. Mais le petit nombre des adeptes augure mal de l’avenir de Génération.s.

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  • quand un  » produit  » est mauvais , on peut bien changer son nom , sa couleur ou son emballage , cela reste un mauvais produit …idem pour les partis politiques ….

    • J’ai toujours pensé que la mauvaise qualité d’un produit était en effet la première motivation du changement de nom, et j’ai fait de la longévité du nom un de mes critères de choix dans les commerces.

  • Sinon, vous avez Objectif France…
    C’est clair, c’est net et ça veut dire ce que ça veut dire.

  • Ah les acronymes,
    dans mon coin nous avons la L.M.A.A. (Ligue des Motos Anciennes d’Alsace).

    Même si dans le parler local le sens est un poil (si j’ose dire) différent…

    • Il n’existe pas L.M.A.A. (Ligue Mosellane des Autos Anciennes). Pourtant, ils comprennent aussi le parler local…

    • Mes réminiscences du temps où j’avais un camarade alsacien comme coloc me laissent penser que vous vous compliquez bien la vie à passer par l’acronyme quand La Raie Publique Péripatéticienne est suffisamment explicite…

  • Staline recommandait bien aux communistes de traiter tous leurs adversaires de fascises…

  • En marche… vers quoi?
    https://www.voltairenet.org/article196289.html
    Extrait:
    Quelles sont en effet les caractéristiques du fascisme ? La fin de la lutte des classes grâce au corporatisme qui réunit patrons et ouvriers dans les mêmes organisations, la fin de la dialectique droite-gauche grâce à un parti unique, et par voie de conséquence, la fin de toute opposition par l’usage de la force.

    Alors que la première de ces trois caractéristiques aurait pu être appliquée à la vision de Jean-Marie Le Pen, aucune ne peut l’être à celle de sa fille, tandis que les deux premières peuvent l’être à celle d’Emmanuel Macron. Il est soutenu par tous les grands patrons du CAC40 aussi bien que par la CGT. Il ne remet pas en question la capacité des partis de droite et de gauche à défendre les valeurs dont ils se réclament, mais appelle les leaders de ces partis à le rejoindre dans le sien pour défendre leurs intérêts communs. À n’en pas douter, si les élections législatives se passent comme Macron l’espère, la destruction de l’opposition débutera. Au demeurant, l’unanimisme de la presse écrite aux côtés du candidat Macron et la campagne contre les sites internet contestataires donnent un avant goût de ce qui se prépare.

    L’Histoire se répète : en 1940, les Français soutinrent Philippe Pétain pour se préserver du nazisme, mais c’est Pétain qui installa le fascisme. En 2017, ils ont voté Macron pour se protéger du fascisme et c’est lui qui l’instaurera.

  • En marche était également le slogan de Jean Lecanuet aux élections présidentielles de 1965. Cet homme aux convictions très atlantistes et proaméricaines était opposé à de Gaulle.
    Enfin, après la victoire de Trump, Hillary Clinton a créé Onward Together, une association visant à renverser son adversaire.

  • Quelques idées plausibles de futurs partis polytocards :
    – Les Enfumeurs
    – La Vérité si je mens
    – La Multiplication les petits Pains
    – Demain nous rasons gratis
    … de quoi avoir de nombreux éclats de rire 😉

  • Tout nouveau parti sera un transfuge de traite , collabos pour vivre sur le dos des Francais pour garder leurs privilèges !!! En Marche en est un parfait exemple … un project , débauché sur d’ancien parti et qui a l’approche des futures élections vont commencer a se tirer dans les pattes !!! les frondeurs du renouveau En Marche !! ça vient !!!..

  • Les Enfants de la République En Marche derrière le joueur de flûte de Hameln …

    http://4.bp.blogspot.com/-9I-RBIiB5SA/T-2wrLsIBRI/AAAAAAAAOP0/_XuUUv3KZoM/s640/hamelin.jpg

  • Rions un peu en ressuscitant le C.U.L. : Centre Union Libérale, le seul parti (partie ?) qui autorise à s’asseoir sur ses convictions. Pour ratisser large, le C.U.L. est composé de plusieurs courants (d’air) : les culs terreux, qui sont de province, les culs bénis, de tendance catholique, les culs de sac, qui ne croient plus en rien, les culs de poule, à qui il ne faut pas raconter de salades et autres culs de basse fosse et culs de plomb, branche française de la NRA. Le C.U.L. c’est un fondement solide pour une action efficace ! Alors, tous la main au C.U.L. !

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