En marche ou l’ère du vide politique français

En Marche devait renouveler la vie politique française. On n’est pas déçu du résultat ! Quelques semaines après plusieurs scrutins, la crise idéologique française atteint des profondeurs inattendues, incarnée par le vide idéologique du parti majoritaire lui-même.

Par Éric Verhaeghe.

Le séminaire de team building pour les députés d’En Marche a illustré avec force la vacuité dans laquelle le parti majoritaire a placé la vie politique française. On a eu droit, pour 250.000€ selon Marianne, à une série de gimmick et d’exercices stéréotypés injustement attribués aux start-up. Et non ! les start-up n’ont pas les moyens de consacrer des sommes aussi extravagantes à des choses aussi superficielles. Comme si quelques mises en situation caricaturales allaient tenir lieu de culture d’entreprise.

De même qu’une entreprise ne construit pas son destin sur deux ou trois opérations de communication, il est bien illusoire de croire qu’En Marche pourra se contenter de ce vernis pour cacher sa misère intellectuelle. Quel député En Marche a l’amplitude nécessaire pour donner du corps à une victoire électorale de circonstance ? L’avenir le dira, mais on sent chez certains poindre l’impatience face au quasi-néant du groupe à l’Assemblée. On citera ici Brigitte Bourguignon qui a exprimé auprès de l‘Opinion ses attentes vis-à-vis d’un sursaut politique.

Les semaines à venir seront celles de la vérité. Le débat budgétaire permettra de mesurer la potentiel corticatif des marcheurs. Dans l’hypothèse où la platitude de l’été se confirmerait, on ne donne pas cher de la légitimité du président.

Emmanuel Macron démontrerait en effet, dans ce cas de figure, qu’il a poussé l’hyper-présidence jusqu’à l’annihilation de toute pensée politique.

Les Insoumis eux aussi en crise

Face à ce désastre majoritaire en préparation à la manière des ouragans, on aurait pu croire que Les Insoumis étaient en capacité d’opposer un front idéologique consistant. La Fête de L’Humanité a prouvé que non. Manifestement, les vitupérations de Jean-Luc Mélenchon et de ses acolytes ne suscitent pas d’enthousiasme général à la gauche de la gauche.

Et l’on découvre que certains communistes pourraient préférer une alliance avec d’anciens socialistes à une mise en coupe réglée sous le bagout mélenchonien. Les Insoumis ne sont donc probablement pas au bout de leurs mauvaises surprises.

Ils le sont d’autant moins que la cohérence idéologique du projet a du mal à prendre corps. Au-delà des effets de manche à l’Assemblée, des clins d’oeil faciles au marxisme-léninisme et à la dictature du prolétariat, le projet insoumis peut-il faire illusion longtemps ?

Le Front National n’en finit pas d’imploser

Du côté du Front National, la situation est pire. Entre Marine Le Pen et les souverainistes philippotiens, la guerre ouverte ne présage rien de bon pour celle qui s’est tout de même élevée à la deuxième marche du podium aux présidentielles.

Supposons que Marine Le Pen assume la scission avec Philippot. Quel sera son projet idéologique de rechange ? On la sent mal équipée pour remplir utilement le vide ainsi créé, et on voit peu vers quels horizons crédibles elle pourrait se dégager.

De ce point de vue, sa position paraît encore plus chancelante que celle de Mélenchon chez Les Insoumis. Pour son électorat, les lendemains déchanteront à coup sûr.

La droite encore plus auto-centrée qu’auparavant

La décomposition n’épargne pas la droite traditionnelle. La course à la présidence des Républicains devrait sourire à Laurent Wauquiez. Mais le personnage risque de payer le prix de ses points de faiblesse. Il n’est en tout cas pas épargné par ses incohérences.

Ce pur produit de la méritocratie parisienne joue un jeu dangereux en tentant d’incarner artificiellement le personnage populeux qu’il n’est pas. On peut même penser que les Français sont devenus définitivement allergiques à ces contrefaçons où la surabondance de la forme cache la vacuité du fond.

Il suffit de lire les commentaires de la presse, y compris conservatrice, sur les changements de pieds wauquiéziens en matière de mariage gay, pour comprendre que l’absence de cortication ne sera pas pardonnée aux Républicains dans les mois à venir. C’est une vraie difficulté pour Laurent Wauquiez, qui risque de faire fuir quelques cerveaux, certes mous du genou, mais quand même plus utiles que des alliés totalement vides.

Le triomphe de l’insignifiance

Les Français ont pourtant aujourd’hui des inquiétudes qui méritent d’être adressées. Sur l’emploi, sur les impôts, sur le niveau de vie et le pouvoir d’achat, sur l’éducation, sur la santé, sur les retraites, on sent tous de façon plus ou moins claire que la société française est au bout d’un modèle. Mais elle peine à se réinventer, et jour après jour, une évidence s’impose : on nous a vendu du renouvellement, on a acheté de l’insignifiance.

Sous François Hollande, le débat public était déjà surréaliste car il tournait avec rigueur le dos aux réalités qui intéressaient les Français. On pouvait penser que Macron romprait avec cette pratique.

Mais notre Président, sur le sujet des ordonnances qui intéresse les actifs, préfère vilipender plutôt que convaincre (stratégie dont il assumera l’entière responsabilité, sans fusible possible). Et il recourt, comme Hollande, à la diversion en ouvrant le débat artificiel sur la PMA. La ficelle est vieille comme le monde. Pas sûr qu’elle soit encore efficace.

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