Au secours, la gauche la plus bête du monde veut revenir !

Université d'été du PS en 2009 by Audrey AK (CC BY-NC-ND 2.0) — Audrey AK, CC-BY

Il n’y a plus qu’à espérer que de division cellulaire en division cellulaire, le PS finisse par disparaître…

Par Nathalie MP.

Mesdames, Messieurs, permettez-moi de vous faire savoir que contrairement à ce que vous pouviez légitimement penser, le Parti socialiste n’est pas encore tout à fait mort ! Bien malmené par les dernières échéances électorales, il se rappelait hier à notre attention tel un grand blessé qui ne veut pas perdre espoir mais qui voit malgré tout son souffle le quitter : la splendeur de Solférino, c’est bel et bien fini ; les départs, les démissions et les refondations, ça continue de plus belle. Mais jusqu’où ira la division cellulaire mortelle du PS ?

Capture d’écran

Quelques rappels préhistoriques s’imposent, surtout à l’intention de mes plus jeunes lecteurs qui n’ont jamais entendu parler de ce parti depuis qu’ils sont en âge de voter. Je ne les blâme pas, comment pourraient-ils savoir qu’à une époque, il y a très longtemps, le PS scandait le tempo politique de la France ?

Après tout, la consultation des sondages actuels permet de mettre en évidence quatre principaux partis : LREM, RN, FI et LR. Pas de PS à l’horizon, si ce n’est dans une vague marmite de petits prétendants plus ou moins frétillants. Plutôt moins, en ce qui concerne le PS.

Sachez donc que nous parlons du grand parti de Jaurès, Blum et Mitterrand (et Martine Aubry), du grand parti qui recueillait facilement 37 % des voix aux élections législatives dans les années 1980, du grand parti qui a fait passer la France de l’ombre à la lumière le 10 mai 1981, du grand parti qui, probablement un peu aveuglé par tant d’éclat auto-proclamé, a soutenu Ségolène Royal en 2007 et porté François Hollande et son scooter magnifique au pouvoir en 2012. Un François Hollande qui s’est montré si fier et si convaincu de son bon bilan qu’il a préféré ne pas se représenter en 2017 pour mieux le protéger !

Malgré quelques tentatives « plurielles » dangereuses par le passé, c’est là que le travail de sape de la division cellulaire a véritablement commencé. Emmanuel Macron n’était pas encarté au PS, mais il avait participé de si près à la campagne présidentielle de François Hollande qui avait fait de lui son conseiller puis son ministre de l’Économie, qu’on pouvait sans peine le croire idéologiquement affilié à jamais en dépit de quelques blagues de fort mauvais goût à propos des 35 heures.

Pas de bol, il décèle des « immobilismes » chez Hollande, il se prétend « empêché » d’agir pour le bien de la France, il veut faire de la politique « autrement », bref, il démissionne, se déclare candidat et entraîne moult socialistes dans son sillage juvénile et printanier.

Suite à quoi, l’inénarrable ex-secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis organise une primaire qui, sur le papier et de par son nom de primaire de la Belle Alliance Populaire, fleure bon l’entente et l’unité, mais qui, dans les faits, met en scène les deux gauches « irréconciliables » : ceux qui en sont restés au marxisme de base avec Benoît Hamon et ceux qui penchent du côté de la social-démocratie façon Rocard avec Manuel Valls. Sachant que ces deux tendances sont déjà représentées à peu de choses près à l’extérieur du PS par Mélenchon et Macron respectivement.

Hamon l’emporte sur Valls, provoquant immédiatement une seconde division cellulaire et son ample fuite de socio-démocrates vers Macron. Résultat : lors de l’élection présidentielle du 23 avril 2017, il réalise un score singulièrement ratatiné de 6,36 % voix écologistes comprises, tandis que les deux gauches irréconciliables mais véritablement offensives ont trouvé à s’exprimer avec éclat par 24 % chez Macron et presque 20 % chez Mélenchon (modulo l’abstention et les blancs et nuls qui ont atteint 33 % des inscrits, un record pour ce type d’élection).

À ce niveau d’insignifiance, on aurait pu croire que le PS avait atteint son minimum indépassable. Erreur, mes amis, erreur, le pire est toujours possible ! Dès son échec connu, Benoît Hamon prenait ses distances avec le PS canal historique en lançant le parti Génération.s dans le but de « reconstruire une gauche inventive qui dépassera les étiquettes politiques ». Aussi incroyable que cela paraisse, selon les derniers sondages sur les élections européennes de mai 2019, il réussit à obtenir un score de 4 % tandis que le PS atteint son « record absolu de gadin » avec 4,5 misérables petits points :

Et on aurait pu croire également qu’il avait été suffisamment réduit par les derniers événements électoraux pour ne plus réunir en son sein qu’un ensemble d’adhérents et de dirigeants parfaitement homogènes sur le plan idéologique.

Eh bien, il n’en est rien. Déjà en début d’année, à l’approche du congrès prétendument refondateur du PS qui s’est tenu en avril dernier, les prétentions du député européen Emmanuel Maurel de devenir Premier secrétaire faisait craindre un nouvel éclatement entre l’aile gauche qu’il représente et les « modérés » restés dans le parti – attention, ne rêvons pas : une modération toute relative, surtout fiscalement.

Depuis, les réalités de la vie politique ayant dissous le printemps macronien, l’attraction de LREM a fondu, comme en témoignent les difficultés du Premier ministre à former un nouveau gouvernement (toujours pas annoncé hier soir). Mais la division cellulaire du PS n’en poursuit pas moins sa course effrénée.

Le même Maurel, sans aucun égard pour le vague à l’âme du PS, a choisi le jour précis où ce dernier se séparait définitivement de son siège de la rue de Solférino, pour se livrer à une nouvelle opération de division cellulaire via un grand entretien au journal Le Monde.

C’est d’autant plus perfide de sa part que dans l’esprit d’Olivier Faure, actuel premier secrétaire du parti, la perte de Solfé s’accompagne d’un choix très politique de s’installer à Ivry-sur-Seine, bastion communiste permettant de renouer avec les milieux modestes perdus par François Hollande au cours de son quinquennat. Or si Maurel s’en va, c’est justement parce que :

« Le PS ne correspond plus à l’idée que je me fais du socialisme. Son but, c’est la défense des intérêts des gens modestes. La stratégie pour répondre à cet objectif, c’est le rassemblement des forces de gauche. Le PS a perdu de vue et l’objectif, et la stratégie. »

Subtil. Il fait sécession pour rassembler et il quitte un PS qui s’adresse de nouveau aux classes populaires pour enfin s’adresser aux classes populaires. Comprenne qui pourra. Surtout quand on le voit déclarer ensuite que :

« Je ne veux pas être au PS le jour où il réinvestira François Hollande comme candidat. »

Au secours, scoop cauchemardesque ! François Hollande à nouveau au PS  ! Il est fort dans le catastrophisme, ce Maurel !

Toujours est-il que la rhétorique de son annonce – « Ce n’est pas un départ du PS, c’est une scission » – fait irrésistiblement penser au dialogue entre Louis XVI et son grand maître de la garde-robe un certain 14 juillet 1789 : « C’est une révolte ? Non, Sire, c’est une révolution ! » Maurel entend bien faire comprendre qu’il ne faut pas minimiser sa décision. Selon lui, ce sont « des centaines de cadres et d’élus locaux, des maires » flanqués de Marie-Noël Lienemann qui le suivent. Est-ce pour autant une révolution ?

Si l’objectif énoncé assez clairement de rejoindre la France insoumise pour les Européennes parvient à se concrétiser dans un accord électoral, même éphémère, il est certain qu’on pourrait assister à un chamboulement non négligeable des rapports de force politiques à la gauche de la gauche.

Mais l’on se rappelle aussi que c’est la carte que Benoît Hamon a tenté de jouer pour la Présidentielle. Sans succès, tant Jean-Luc Mélenchon est jaloux de sa position de principal opposant à Macron. Sera-t-il prêt à l’unité alors que sa cote pâlit ? Rien n’est moins sûr. De plus, le scrutin  proportionnel pousse à l’éparpillement des listes, ne serait-ce que pour assurer le plus de sièges possible aux différents leaders.

Il n’empêche, se voulant l’héritier de la seule vraie gauche, celle qui a trouvé ses racines chez les jacobins et les marxistes, il revendique « un socialisme décomplexé ». S’il pense à Robespierre, toutes les angoisses sont permises.

Mais à l’appui de cette profession de foi politique, Le Monde nous informe aimablement – et ce n’est pas moins angoissant – qu’Emmanuel Maurel est un animal rare en politique : il lit ! Et que du meilleur :

« Lors du débat organisé en mars 2018 pour départager les candidats à la tête du PS, « il parvint à placer Spiderman, le poète latin Térence, Freud ou encore Orelsan. »

Toujours entre Strasbourg et Paris, ‘pendant les trajets en train, il lisait. Une fois rentré chez lui, dans le Val-d’Oise, il regardait des séries’. »

Pour du décomplexé, voilà qui fait sévèrement banal. Au secours, la gauche la plus bête du monde veut revenir ! Il n’y a plus qu’à espérer que de division cellulaire en division cellulaire, le PS finisse par disparaître, que ce soit dans sa petite version officielle ou dans ses multiples versions dissidentes. Pour cela, le mieux, c’est probablement de souhaiter que Jean-Luc Mélenchon reste bien le leader autocratique, colérique et stupidement sûr de lui d’un parti de plus en plus caricatural.

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