Gilets jaunes : le pays des droits de l’homme en pleine dérive autoritaire

Corps à corps By: Hermann.Click - CC BY 2.0

Même si les Gilets jaunes sont très divisés, parfois incohérents et surtout souvent moqués, il ne faut pas oublier qu’ils sont un véritable bug dans la matrice étatique.

Par Sabine Lula.

Vous n’avez pas pu passer à côté. La France connaît depuis le 17 novembre 2018 un mouvement contestataire mené par la population, les Gilets jaunes. Dénigrés par les media et surtout le microcosme syndicaliste traditionnel, cela ne les empêche pas de se réunir et de revendiquer depuis maintenant douze semaines.

Mais passer du blocage de ronds-points pour protester contre une nouvelle taxe sur le carburant à une marche sur les principales métropoles françaises (et en particulier la capitale) a entraîné de nouvelles formes de répression réponses politiques. Les images parlent d’elles-mêmes : des mains arrachées par des grenades de dispersion, des manifestants éborgnés par des tirs de flash-ball, des discours politiques à côté de la plaque et sans écho et, pire que tout, Marlène Schiappa sur le plateau de « Balance ton Poste. »

Les dérives autoritaires d’Emmanuel 1er

Jupiter n’aime pas qu’on l’importune, surtout pendant les travaux visant à massacrer redécorer l’intérieur du palais présidentiel menés par sa femme. Alors que des Français de la France profonde osent ramener leurs pieds boueux et toquer gentiment à la porte d’un ministère, il n’en faut pas plus pour réveiller sa fougue de président jeune et dynamique, pour rappeler à « la base » quelle est sa juste place.

En plus de demander à ses forces de l’ordre d’utiliser massivement le gaz lacrymogène en réponse à l’embrasement de la capitale, ou encore l’arrestation et l’emprisonnement arbitraires et immédiats, le pouvoir redouble d’ingéniosité pour créer d’urgence de nouvelles législations ayant pour but de « ramener la paix, le calme et l’harmonie ».

Ainsi il est désormais encore plus difficile de manifester sans autorisation. Le jeune Hedi, manifestant dans l’Aude, l’a appris à ses dépens : il fut condamné à six mois de prison ferme, pour avoir relayé sur Facebook un message appelant à manifester près d’une raffinerie pétrolière (ce que le tribunal ne manqua pas de considérer comme « participation à une association de malfaiteurs »). Notons bien ça dans le guide du Petit Manifestant pour les nuls, les enfants : avant de manifester contre le pouvoir en place, veillez à bien demander l’autorisation dudit pouvoir en place.

Autre crime de lèse-majesté : cacher son visage lors d’émeutes. Certes cela correspond à une application plus ferme de la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010, interdisant de dissimuler son visage dans les lieux publics. Mais ce qui auparavant conduisait à une simple amende peut aujourd’hui conduire à une garde-à-vue. Des mesures draconiennes qui témoignent de la fermeté dont peut faire preuve l’État.

Des violences qui inquiètent à l’international : le non-respect des droits de l’Homme dans le pays les ayant inventés

Le problème dans un monde moderne et surtout interconnecté, c’est qu’il est impensable que la situation interne d’un pays reste secrète. Les Gilets jaunes, ou Yellow Vest Protesters à l’international, inspirent un espoir à la population et une crainte à l’élite politique.

Mais le déploiement démesuré de la force par le gouvernement français commence à inquiéter les pays voisins, qui redoutent une dérive ultrasécuritaire du pays des Lumières : le Commissaire européen des Droits de l’Homme critique la France pour la violence de ses répressions, et l’organisation Euro Watchdog a officiellement lancé une enquête pour non-respect des droits de l’Homme.

Les media étrangers comme Breitbart ou le New York Times semblent très intéressés par l’affaire des Gilets jaunes. Si pour beaucoup de pays étrangers le mouvement est perçu comme une énième plainte de ces insatisfaits perpétuels que sont les Français, la tournure que prennent les événements fait craindre à beaucoup des dérives ultrasécuritaires du pays des Droits de l’Homme, qui risquent à leur tour de déboucher sur des dérives ultra-autoritaires.

L’orwellianisation toujours plus forte de la population

La question est de savoir si au-delà des manifestations la population française serait à même de mettre en place de nouvelles actions pour réduire l’influence toujours plus écrasante de l’État.

La situation du pays est sombre : dette qui crève le plafond, recul des investissements, effondrement du capital social (au sens anthropologique du terme), « ensauvagement » de la nation avec une criminalité croissante, ce qui fut le terreau des Droits de l’Homme semble aujourd’hui au bord du naufrage.

La population française est depuis trop longtemps sous la coupe d’un État en obésité morbide, boulimique. État qui tient depuis longtemps le rôle de Big Brother de 1984. La majorité des gens s’en accommodent, malgré les politiques toujours plus liberticides qu’il mène.

En conséquence, ceux qui ne supportent pas de vivre dans une seconde URSS (preuve en est la volonté de Macron de nationaliser une partie de la presse) prennent le large. Ainsi, la France connaît un véritable Brain Drain, avec près de sept jeunes actifs français sur dix qui désirent s’établir à l’étranger. Ce qui nous reste ? Des Juliette la Bloqueuse, des marxistes en herbe et une idiocratie galopante. À n’en pas douter, l’avenir s’annonce radieux.

Alors même si les Gilets jaunes sont très divisés, parfois incohérents et surtout souvent moqués, il ne faut pas oublier qu’ils sont un véritable bug dans la matrice étatique. Malgré la violence des répressions, ils sont le reflet d’une situation gangrenée depuis quarante ans. Nous sommes à n’en pas douter dans une période de bascule. À nous de décider si nous voulons qu’elle penche vers la liberté, ou si nous la laisserons nous faire sombrer dans un autoritarisme indéniablement En Marche.

 

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