Derrière l’expatriation, le chômage des jeunes Français

voyageur credits jd hancock (licence creative commons)

Ce que la France nomme depuis trop longtemps «expatriation» est en fait une émigration économique.

Par Julien Gonzalez
Un article de Trop Libre

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Ce lundi 5 octobre a eu lieu au Palais du Luxembourg un colloque organisé par la sénatrice Hélène Conway-Mouret au titre éloquent : « Les Français à l’étranger, un atout pour la France ». Une occasion de s’intéresser à la novlangue socialiste, savant dosage d’optimisme niais et d’imperméabilité aux enseignements du réel.

Habituée aux propos lénifiants sur l’exil de nos compatriotes lorsqu’elle était ministre déléguée en charge des Français de l’étranger (« les expatriés sont des ambassadeurs de notre pays »), Hélène Conway-Mouret récidive aujourd’hui en grande pompe dans les ors de la chambre haute du Parlement. Au menu : introduction par François Hollande et tables rondes aux intitulés aussi rassurants qu’un discours de Michel Sapin sur la courbe du chômage : « Les Français de l’étranger : des départs… et des retours » ou « L’intérêt économique des Français de l’étranger pour la France », avec la participation de nombreuses huiles gouvernementales (Thierry Mandon, Christian Eckert, Matthias Fekl).

« L’expatriation est une chance pour la France » ou comment tenter de ringardiser les apôtres du déclin

Conformément à la mécanique d’opposition gauche-droite, il est d’usage que les premiers s’attèlent à ringardiser les seconds. Rien de plus simple : tenez des propos caricaturalement généreux et simplistes sur un sujet de société – égalité hommes-femmes (pardon femmes-hommes), mariage gay, migrants – et la droite, excédée par tant de mièvrerie, sur-réagira dans l’autre sens, se condamnant de fait au camp conservateur, allergique à toute idée de modernité et de progrès.

Les jeunes diplômés ne trouvant pas d’emplois à la hauteur de leur niveau de qualification envisagent l’émigration pour satisfaire leur besoin d’accomplissement, soit près de 53% des personnes interrogées dans le dernier baromètre Deloitte-Ifop.

Le Parti socialiste et le gouvernement pensent que l’expatriation est une chance ? Ils ont raison ! Les jeunes Français auraient tort de ne pas se saisir de toutes les possibilités offertes par la construction européenne et la mondialisation. L’international est à notre porte, les distances n’ont jamais été aussi courtes, le champ des possibles s’étend : ouvrons-nous, voyageons, imprégnons-nous de cultures nouvelles et rentrons en faire profiter la mère patrie. Tout le monde y gagne, CQFD.

De l’expatriation heureuse à l’émigration douloureuse : la France, ils l’aiment et ils la quittent

exil fiscal des françaisC’est alors le moment de relever le tapis et d’en extraire la poussière lâchement dissimulée.

Celle des 12 000 contribuables assujettis à l’ISF ayant quitté la France depuis une vingtaine d’années, emportant avec eux près de 250 milliards de valeur patrimoniale.

Celle des 75 000 entrepreneurs français qui sont à la tête, hors de nos frontières, d’une entreprise comptant au moins 10 salariés, et ayant créé près d’un million d’emplois chez nos voisins.

Celle des 42 000 millionnaires qui ont fui le pays ces quinze dernières années, la France occupant en la matière la peu envieuse première place mondiale (en proportion de sa population).

La poussière des 11 200 déposants de brevets de nationalité française qui se sont installés dans un pays étranger, conduisant à un solde migratoire déficitaire sur les inventeurs avec chacun de nos pays concurrents (Canada, Royaume-Uni, Japon, Belgique, Allemagne, Suisse, États-Unis), si l’on en croit l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).

La poussière, enfin, des jeunes diplômés ne trouvant pas d’emplois à la hauteur de leur niveau de qualification et qui envisagent l’émigration pour satisfaire leur besoin d’accomplissement, soit près de 53% des personnes interrogées dans le dernier baromètre Deloitte-Ifop.

Tous ces Français partent et partiront pour des raisons économiques, réglementaires, culturelles, emportant avec eux une partie des réponses aux problèmes de notre pays, l’affaiblissant d’autant par les emplois et richesses créés ailleurs, le privant de ressources fiscales. Ce que la France nomme pudiquement depuis trop longtemps l’expatriation, qui est en fait une émigration : l’acte résolu de s’installer dans un autre pays pour améliorer sa situation matérielle.

Se priver de s’en inquiéter serait un luxe que la situation actuelle ne permet pas. Il s’agirait au mieux d’une étourderie, au pire une lâcheté. Dans les deux cas, c’est la France qui trinque.

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