Loi alimentation : la collecte des impôts continue !

Pepsi or Coke by Special(CC BY-NC 2.0) — Special, CC-BY

Un jour on augmente le prix du carburant pour sauver la planète, le lendemain on augmente le prix du panier de la ménagère pour sauver les agriculteurs… Ineptie ou malhonnêteté ?

Par Dominique Philos.

Vous en avez forcément entendu parler : la loi alimentation est entrée en application cette semaine et elle a pour but de permettre l’amélioration des revenus de nos agriculteurs en contraignant les professionnels de la grande distribution à appliquer une marge obligatoire de 10 % sur les produits revendus ; ce qui interdit de facto à ces derniers la vente à prix coûtant.

Des milliers d’articles vont donc augmenter jusqu’à 10 % hors taxes et ce sera pour le plus grand bien du consommateur qui gagne 1  200 euros par mois ; lequel va voir, encore une fois, son pouvoir d’achat entamé !

J’ai entendu sur France Info, hier soir, dans l’émission bien mal nommée « Les informés », des ignorants affirmer en vrac que Michel-Édouard Leclerc est un bandit, un menteur et un profiteur et que cette loi allait effectivement apporter des bienfaits appréciables à nos agriculteurs en si grande difficulté.

Ils ont même poussé le raisonnement jusqu’à rappeler que trois agriculteurs se suicidaient par jour (en fait c’est un tous les trois jours) mais sans indiquer toutefois les causes de ces suicides (isolement social, dettes sociales et fiscales, au Crédit Agricole, au fournisseur dans le cadre de marchés intégrés où l’agriculteur n’est qu’un prestataire de service auquel on fournit les animaux en bas âge, à charge pour lui de les engraisser avec des aliments fournis par l’industriel qui les reprend à l’age adulte en vue de leur abattage).

J’avais l’impression d’entendre une émission de propagande en faveur du gouvernement…

Or, on peut douter sérieusement que les agriculteurs voient jamais le bénéfice de l’augmentation des prix de détail des produits concernés notamment parce que, comme le rappelait Michel-Édouard Leclerc, beaucoup des produits visés sont des produits d’appel qui ne sont nullement fabriqués par les agriculteurs français (pastis, Nutella, Coca-cola, chocolats…) et que les bénéfices de cette marge obligatoire vont se perdre dans les méandres des circuits de distribution.

Par ailleurs, il faut rappeler que la situation des agriculteurs n’est pas uniforme car certains s’en tirent très bien (céréaliers de la Beauce et de la Brie) même s’ils vivent essentiellement de subventions de la PAC (politique agricole commune dont la France est le premier bénéficiaire) et d’autres (producteurs de lait et éleveurs) beaucoup moins bien.

On sait que les agriculteurs ont souvent des revenus très faibles mais on oublie aussi de prendre en compte le fait qu’ils ont, bien souvent, une économie opaque faite de vente aux particuliers, en dehors des circuits de distribution, d’animaux (poulets, lapins, moutons) et de légumes.

En outre, la situation des agriculteurs a beaucoup évolué ces dernières années ; notamment en raison des modifications survenues au niveau du marché mondial alors que la France est un gros exportateur de produits agricoles :

  • le marché du cochon s’est effondré en raison de l’embargo décidé à l’encontre de la Russie, suite à l’invasion de la Crimée ; laquelle a décidé, en retour, des mesures de rétorsion sur les importations européennes ;
  • le marché du poulet s’est effondré parce que le débouché des pays du Moyen-Orient a été perdu au profit des producteurs sud américains moins chers.

Enfin, il faut quand même rappeler que l’agriculture française fait l’objet d’un dirigisme administratif et économique, digne de l’URSS, évidemment complètement néfaste mais totalement passé sous silence par le gouvernement et ces journalistes qui parlent sans savoir !

On peut ainsi s’étonner qu’il y ait 16 000 fonctionnaires au ministère de l’Agriculture, regroupés dans une trentaine d’administrations différentes, contre 900 en Allemagne ; c’est-à-dire un fonctionnaire pour 20 exploitations.

Et ces fonctionnaires contrôlent, réglementent et subventionnent toutes les activités associées à l’agriculture ; que ce soit la vente de terres, le droit de cultiver, la manière de produire, la quantité et la qualité des productions. Le foncier agricole est aussi entièrement sous la domination des SAFER ; ce qui fait que toute personne qui s’installe, agrandit, amenuise une exploitation ou réunit des exploitations est soumise à autorisation d’exploiter.

En fait, le marché agricole est complètement faussé par une hyper réglementation et par des subventions qui font du paysan un chasseur de primes avant d’être un agriculteur !

Le résultat de cette dérive est que la France, premier exportateur mondial il y a 15 ans, est aujourd’hui devenu le sixième derrière les USA, les Pays Bas, le Brésil, la Chine et l’Allemagne et il est douteux que cela soit à cause des centres Leclerc !

Par ailleurs, d’une manière générale, on n’a jamais vu des dispositions législatives ou réglementaires contraignantes améliorer un marché car il y a toujours des effets non prévus, indésirables ou pervers, avec des contournements et des abus. On peut d’ailleurs légitimement se poser la question de savoir s’il y a un seul secteur où l’intervention étatique dans les mécanismes de régulation économique a eu, une seule fois, un effet bénéfique pour le consommateur.

Par contre, il est évident que l’État français, virtuellement en faillite et à la recherche de ressources fiscales nouvelles, va récupérer des taxes sur les marges augmentées de force par le biais de la TVA aux taux de 5,5, 10 voire même 20 % (ce dernier taux s’appliquant sur bon nombre de produits : ce sera le cas pour les alcools, produits de confiserie et tous les produits à base de sucre, margarines et graisses végétales).

Un jour on augmente le prix du carburant pour sauver la planète, le lendemain on augmente le prix du panier de la ménagère pour sauver les agriculteurs…

Ce type de raisonnement relève au minimum de l’ineptie et au maximum de la manipulation la plus malhonnête.

Conclusion qui s’impose : des incompétents, pour lesquels le budget alimentation ne représente presque rien dans le budget familial, selon que l’on gagne 1 200 euros et ou 6 000 € et plus, par mois (ce qui explique d’ailleurs le succès des magasins  discount de type Lidl) ont décidé, de manière purement idéologique et sans aucune preuve de l’efficacité d’une telle mesure, d’augmenter les prix de produits au détriment de la population la plus pauvre.

En l’espèce, il faut être conscient que la grande distribution sert ici d’exutoire à l’incapacité des politiciens et de l’administration à résoudre le problème de l’agriculture et des agriculteurs ; et nul doute que, comme il en a l’habitude, le ministre de l’Économie, devant la grogne qui va immanquablement monter, convoquera prochainement les représentants de la grande distribution pour les sermonner afin qu’ils réduisent leurs marges en vue de restaurer le pouvoir d’achat des Français entamé par une fiscalité excessive !

Cette vision technocratique, typiquement française, de l’économie, à travers le prisme d’un monde hyper régulé, présenté comme idéal bien qu’il soit complètement utopique, est bien la cause de tous nos maux !

Évidemment, le gouvernement, qui apparemment ne tire aucune conclusion des derniers événements, pourra ensuite difficilement s’étonner de se trouver face à la révolte d’une partie de la population ; que ce soit sur les ronds-points en gilets jaunes ou autrement !

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