Agriculture française : notre modèle n’a plus d’avenir

Les Français restent très attachés à leur modèle, celui d’une « agriculture à visage humain ». La logique de cette philosophie imposerait que la France ferme ses frontières, ce qui est impossible.

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Vaches-Guy Buchmann(CC BY-NC-ND 2.0)

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Agriculture française : notre modèle n’a plus d’avenir

Publié le 24 mars 2018
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Par Claude Sicard.

On est resté, très longtemps, sur l’idée que la France était un grand pays agricole, sans avoir conscience que l’abaissement des coûts de transport et la mondialisation allaient tout changer. Les responsables de notre agriculture, et tout spécialement la FNSEA, n’ont pas vu que les activités agricoles dans le monde évoluaient selon une bipolarisation.

D’un côté, des productions qui se réalisent en jouant sur les effets de volume : on a alors affaire à des acteurs de grosse dimension, puissants et dynamiques.

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De l’autre, des systèmes de production à caractère très intensif, sur de petites surfaces, généralement sous serres : il s’agit de producteurs, de petite dimension, intégrés dans des structures de commercialisation très efficaces.

Un modèle désormais obsolète

Face à cette bipolarisation, la France est demeurée dans la voie médiane, avec des producteurs de taille intermédiaire qui agissent isolément. Ce modèle est obsolète.

Les constats sont affligeants. En 2016, 20% de nos agriculteurs n’ont pas pu se verser un salaire et 30% avaient un revenu mensuel de moins de 350 euros. Et un agriculteur se suicide tous les deux jours. Nos voisins ont été de bien meilleurs stratèges. Les Pays-Bas sont devenus le second exportateur agricole et agro-alimentaire du monde, derrière les États Unis, alors que ce petit pays ne dispose que de 1,9 million d’hectares agricoles, contre 27,5 dans le cas de la France, et ils sont la plaque tournante, au plan mondial, du marché des fleurs.

L’Allemagne est aujourd’hui le premier pays producteur de lait en Europe, et, en production porcine, numéro trois au plan mondial, derrière la Chine et les États-Unis. Autre exemple : le Danemark, un pays grand comme 1,6 fois la Bretagne, produit autant de porcs que la France, et il exporte 90% de sa production. Dans le secteur des fruits et légumes, les productions venant de l’étranger, et notamment d’Espagne et du Maroc, ont pris une importance considérable, au détriment de nos producteurs nationaux.

Des problèmes de structure et d’organisation

Notre agriculture a, à la fois, des problèmes de structure et des problèmes d’organisation. Dans le domaine, tout d’abord, des productions extensives, tant agricoles qu’animales, il faut de très grandes surfaces.

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En céréaliculture, par exemple, la taille minimum à viser est de 200 hectares : en France, 6% seulement des exploitations sont de cette dimension. Dans le domaine des bovins viande, des pays comme les États-Unis ou l’Argentine disposent d’étendues immenses pour faire paître leurs troupeaux, et l’engraissement se fait dans des feed lots gigantesques de 16.000 à 20.000 bêtes.

Dans d’autres secteurs, comme le lait ou la viande porcine, on s’est organisé pour tirer parti des effets de volume. On en est ainsi arrivé à des « usines à lait » de 1.000 vaches, voire plus encore. Il y en a aux États-Unis un très grand nombre, et certaines atteignent même 5.000 têtes. En Allemagne, on compte à présent un peu plus de 200 fermes laitières de 1.000 vaches. En France, rien n’a vraiment bougé, et la moyenne de nos fermes laitières est à 60 vaches.

Sur le second pôle de polarisation, celui des très petites exploitations à capital intensif, le modèle est celui des Pays-Bas, qui ont 10.000 hectares de serres. Les agriculteurs néerlandais maîtrisent parfaitement les techniques de culture sous serres, et ils ont mis au point des systèmes intégrés où les coopératives assurent la commercialisation des productions, fleurs ou légumes.

Elles sont très efficaces, aussi leurs adhérents suivent-ils scrupuleusement les instructions qui leur sont données. Dans la région de Westkand, la capitale des serres aux Pays-Bas, 80% des terres sont placées sous serres, et, par ordinateur, l’agriculteur maîtrise jour et nuit les conditions de lumière, de température et d’hygrométrie de l’air. La plupart fonctionnent avec des lampes LED qui donnent des cycles de croissance plus courts, et elles sont chauffées au gaz naturel ou par géothermie.

L’agriculture à visage humain

En France, on n’a pas vu cette bipolarisation qui s’opérait dans l’agriculture. Les Français restent très attachés à leur modèle, celui d’une « agriculture à visage humain ». La logique de cette philosophie imposerait que la France ferme ses frontières pour mettre à l’abri ses agriculteurs : cela n’est évidemment pas compatible avec notre appartenance à l’Europe, ni avec le besoin d’exporter nos céréales, nos fromages, ou encore nos vins.

Alors, vers quoi va-t-on s’orienter ? On va, semble-t-il, miser sur l’agriculture biologique. Nicolas Hulot a annoncé au JDD du 25 février dernier qu’un plan pour le développement de l’agriculture bio était en préparation. « Chacun comprend que l’avenir de l’agriculture passe par l’écologie » a-t-il déclaré, précisant que l’objectif est de consacrer au bio, en 2022, 15% de la surface agricole utile.

On va lutter contre les stratégies de « domination par les coûts » de nos concurrents par des stratégies de « différenciation », l’avantage compétitif choisi consistant à proposer aux consommateurs des produits sains, bons pour leur santé. On compte que les consommateurs accepteront, comme dans toute stratégie de différenciation, de payer plus chers tous ces produits nouveaux.

Pour l’instant, nous en sommes à 1,5 million d’hectares sur les 27,5 existant. Et il faudra compter avec la concurrence des pays voisins. L’Espagne, en agriculture bio, en est déjà à un peu plus de 2 millions d’hectares, et l’Italie à 1,8 million.

Pour l’heure, nul ne saurait prendre le risque d’affirmer que cette stratégie va permettre d’extraire vraiment l’ensemble de notre secteur agricole de l’impasse dans laquelle il se trouve engagé.

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  • Le bio représente seulement 3% des dépenses alimentaires et ce n’est pas limité à cause des rayons bio vident mais parce que « plus vert c’est plus cher ». Vu la difficulté des français pour payer le loyer ou la CSG j’ai du mal à croire qu’il en restera assez pour le bio. Alors on peut toujours croire les promesses de la grande distribution qui nous dit que le bio n’est pas plus cher afin de le démocratiser. Aujourd’hui le bio est rentable car c’est un marché de niche mais quand il sera devenu la norme avec une concurrence déloyale internationale la ferme France s’écroulera de nouveau.

  • Le bio, mais aussi autres labels labels qualité ont l’avantage d’avoir un chiffre d’affaire et un nombre de consommateur avec des hausses à 2 chiffres depuis pas mal d’années.
    Les gens sont de moins en moins fan des tomates hydro hollandaises trop vite poussées donc sans goût.
    Remarque on peut tout à fait faire du bio n’empêche en modernisant la production et en concentrant les exploitations.

    • « un nombre de consommateur avec des hausses à 2 chiffres depuis pas mal d’années. »Et même à 3 chiffres….
      Ben oui c’est facile….Vous avez 1…vous passez à 2…Çà fait 100%….Tout le monde est fier et se gargarise de ces résultats merveilleux…
      On appelle ça de la statistique à la soviétique…
      Cette année j’ai repris des parcelles d’un « bio » qui a fait faillite…On ne peut pas exister même en bio avec des rendements au 1/4 de la moyenne nationale quand votre blé bio vous est payé 20% plus cher et coute 50% plus cher à produire de l’ha.
      Ces terres exploitées en bio depuis 12ans sont littéralement épuisées, infestées d’adventices, et structurellement détruites (tassement, semelle de travail, blocage de l’eau, grave déficit humique),ainsi que notoirement déséquilibrées au niveau N-P-K.
      J’estime entre 4 et 6ans le temps nécessaire à leur remise en état

      • Parce que les sols ne sont pas épuisées en agri standart peut être ? Plus rien n’y pousse sans chimie, les nappes en sont infestées.
        L’alimentaire bio est à 5%, le maraîchage à 16%, mais il y a aussi tous les modes de production raisonnés et les autres labels qualité. Le label AB n’est pas une fin en soi.
        Etre bio ne veut pas dire être forcement petit et archaïque dans ses modes de production comme l’était votre gugus.

        • le bio ce sont les non agriculteurs qui en parlent… et vous mélangez des problèmes, le seul qui vous concerne un peu est la pollution des eaux, ça se discute..pour le reste laissez les agriculteurs faire leur boulot..c’est LEUR sol, leur outil de travail.

          • quand vous avez un type qui vous parle d’agriculture raisonnée ça fait tilt…c’est comme le commerce équitable ou éthique… c’est d’abord et avant tout de la diffamation. Comme si un agriculteur ne raisonnait pas… Le seul angle d’attaque contre l’agriculture conventionnelle est la dégradation de l’environnement hors zone agricole…comme la pollution de l’eau. Sauf que ce n’est pas absolu mais relatif…l’agriculture dégrade l’environnement…
            Il y aura toujours pollution.
            Vous pourrez convaincre ou contraindre un agriculteur d’arrêter d’utiliser tel produit quand vous présenterez des arguments qui change la perspective par rapport à une pollution. En général c’est qu’elle devient « trop « importante.

            si vous voulez discuter arrêter d’utiliser des termes qui accusent.

            l’agriculture bio pollue….

  • C’est l’auteur de l’article qui me semble dépassé. L’avenir est à une production alimentaire de très grande proximité, saine, bonne et très économique. Il faudrait que monsieur l’ingénieur agronome se recycle en agriculture au lieu de faire de l’économie de bazar sans avenir.

    • sauf que saine, bonne, de proximité signifie :
      1 peu diversifiée
      2 plus chère

    • Vous prenez vos désirs de bobo pour des réalités. Vous ne savez pas lire ou vous n’avez rien compris à l’article?
      Encore un citadin ignorant qui veut apprendre aux professionnels comment cultiver la terre.

    • une agriculture de très grande proximité…ça ne veut simplement rien dire…c’est combien de mètres la très grande proximité..quant à saine…bonne et économique… Le plus curieux est que vous êtes convaincu d’etre raisonnable…
      que penser que vous ne consommez pas des produits sains? bons???? peu chers????? est ce que vous vous rendez simplement compte que , hors la proximité, vous citez des points qui sont déjà pris en compte par les gens pour acheter les produits????? depuis toujours…et avec arbitrage…j’achèterai bien meilleurs mais c’est c’est trop cher…

      c’est tellement idiot que la conclusion que j’en tire n’est pas de lire vos propos de façon littérale..je dois juste lire des accusations…en gros salauds des paysans qui nous vendez des produits trop chers..pas bons et pas sains…CONTRE notre gré…
      Or vous n’avez pas besoin d’insulter…allez simplement les acheter ailleurs ou produisez les.
      Et à vrai dire je lis m^me plus…je vois une aspiration à ce que votre petite personne gouverne aux choix de tous…

  • Après avoir détruit l’industrie la gauche est en train de bousiller l’agriculture française! Le pays se paupérise.
    Ce pays est foutu.

    • ce n’est pas tant la gauche que toute l’administration agricole et le code rural qui ont tué l’agriculture française avec des syndicats monopolistiques complices.

  • Le BIO sain et bon pour la santé ? D’-où tenez-vous cela ?

  • Un article bien inquiétant, Mais l’analyse est correcte,.
    Hulot n’y fera rien, il est incompétent et démagogue.
    Je ne suis pas sur que l’Europe soit la solution, mais plutôt le problème.
    Une Europe fondée sur le bien être des peuples qui la composent, serait plus efficace que celle du fric des normes stupides et de la corruption.

    • La hollande, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Danemark sont bien en Europe… Le problème c’est bien la France et son socialisme proverbiale

  • bonne analyse en effet..

  • Les types différents d’agriculture sont complémentaires. Ils existent bel et bien en Hollande et au DK.
    D’autres pays ont réussi leur transformation d’un modèle post soviétique à une agri moderne et respectueuse de la nature et de l’avenir comme la NZ.
    La différence entre la France et ces pays est essentiellement dans l’obscurantisme de certains de nos syndicats, le doctrinaire de nombreux médias, ignorants des réalités internationales, et la boboite affligeante et « bienpensante » qui mène l’agriculture française ( et la balance commerciale) dans la paupérisation.
    Les agriculteurs devraient se choisir lucidement des leaders constructifs et NON des contestataires à courte vue, politisés à outrance. Mais c’est sans doute trop tard.

  • Mettre plus cher pour des produits dits « Bio » sans que l’on ait prouvé qu’ils soient meilleurs pour la santé ! Aucune étude ne le prouve. Alors faisons de bons produits agricoles avec des intrants utilisés raisonnablement, ce sera déjà un progrès.

    • à l’origine le but du bio est la défense de l’environnement, pas la sécurité alimentaire ..la question de la pollution est une vraie question, le bio ,qui est une réponse idéologique, n’est pas raisonnable.
      Le bio n’adresse d’ailleurs pas la question de la pollution mais diabolise certaines pollutions.

      l’agriculture n’a pas à se forcer à ne pas polluer hors de chez lui …c’est la prérogative des gens « pollués » de forcer les agriculteurs à ne pas polluer ou à dédommager..
      mais comme tout le monde pollue.. que c’est inévitable, diaboliser est odieux.

  • la vie est chère. ..si vous viver au SMIG vous acheter au prix de vôtre budget…moins de pouvoir d’achat ,c’est le serpent qui se mange là queue…nous vivons dans une société de demerde et de troc…et de black…quand les impôts,taxes ,redevance…ect. ..les hausses ..continuelles …..c’est la faillite d’un système en bout de course…

  • Le Bio n’est pas la solution. D’autant moins qu’il est bien plus cher. Ce qui augmentera la part de l’alimentation dans les dépenses des français. Et cette part ne saura pas utilisée pour autre chose : loisirs, vêtements, téléphonie etc etc etc… ce qui conduira a une constriction de l’économie et donc l’augmentation du chômage !!! Le « bio » est une mesure idiote, étatisto-collectiviste (on supprime la liberté de choix des citoyens et des agriculteurs). Les meusres de l’état me font penser à un retour des Kolkhozes !!!

    • le chômage n’est pas l’alpha et l’oméga si tout le monde bosse et crève la dalle se gèle les miches c’est mieux?
      en outre le bio solution à quoi?

    • D’autant plus que le BIO ne peut pas se développer sans d’importantes subventions publiques, au détriment d’investissements dans des domaines innovants générateurs de bien plus de croissance et d’emplois.

  • Les commentaires sont fermés.

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