Veut-on la mort de la grande distribution ?

« D’ici à 2020 des milliers de petits et grands commerces vont fermer. »

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
mort credits leiris202 (licence creative commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Veut-on la mort de la grande distribution ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 janvier 2015
- A +

Par Marcel Verfaillie, président de l’Association des commerçants distributeurs de l’Oise.

mort credits leiris202 (licence creative commons)

Répondant à la volonté d’une partie de sa majorité de revenir sur les avantages accordés au secteur de la grande distribution dans le cadre du CICE, le gouvernement ne s’est pas opposé au vote par le parlement d’une augmentation de 50 % de la TASCOM pour les surfaces commerciales de plus de 2500 m². Un nouveau coup de massue fiscal qui met à mal le fragile équilibre d’un secteur éminemment porteur de croissance et d’emplois.

Bien que le gel des augmentations fiscales en 2015 ait été annoncé avec force, les députés n’ont pas hésité à fouler aux pieds les engagements présidentiels, en décidant, lors d’une séance de nuit, d’accentuer la pression fiscale exercée sur la grande distribution. La manœuvre était claire : reprendre d’une main ce qui lui avait été selon eux injustement accordé de l’autre, par le biais du CICE. Motif avancé pour justifier cette surtaxe : la grande distribution bénéficierait par le biais de l’autorisation administrative d’une situation de quasi-monopole local et ne serait pas exposée à la concurrence internationale. Une argumentation qui témoigne d’une totale méconnaissance des réalités économiques, mais plus grave encore, qui aura des conséquences désastreuses.

Des règles du jeu faussées

On est en effet arrivé à un point de rupture qui risque de mettre en difficultés ce secteur de plus en plus concurrencé par les géants du e-commerce, Amazon et Google en tête, qui bénéficient des subtilités de l’optimisation fiscale leur permettant d’échapper très largement aux fourches caudines du fisc français. Si le taux des cotisations patronales des charges sociales est de 50 % en France, il n’est que de 14 % au Luxembourg et de 11 % en Irlande où sont respectivement domiciliés ces opérateurs. Une stratégie qui leur permet de bénéficier d’un véritable jackpot. Alors que selon le Conseil national du numérique, les revenus générés en France par Google, iTunes, Amazon et Facebook oscilleraient entre 2,5 et 3 milliards d’euros, ces groupes s’acquitteraient en moyenne de 4 millions d’euros par an au titre de l’impôt sur les sociétés, au lieu des 500 millions d’euros qu’ils devraient régler dans le cadre d’une application stricte du régime fiscal français.

Une inégalité de traitement qui a pour conséquence que tous les acteurs du secteur ne se battent pas à armes égales. Pourtant, après leur avoir octroyé des subventions pour qu’ils implantent leurs entrepôts en France, nos parlementaires viennent de leur offrir un nouvel avantage concurrentiel. Une aberration qui accentue une discrimination inacceptable.

Un acharnement fiscal

Plus de 80 taxes accablent le commerce qui a connu une hausse de la fiscalité de 66% depuis 2000 et ce sont près de 800 millions d’euros qui seront encore pris dans les caisses des entreprises, dans les prochains mois. « 200 M€ de majoration de la TASCOM, 180 M€ pour l’intégration des temps de pause dans le calcul des cotisations patronales, 210 M€ de taxe « Chirac » sur les billets d’avion (que les distributeurs paieront à la place d’Air-France) et 200 M€ de réforme sur les sacs plastiques » soulignait récemment Michel Édouard Leclerc. La seule TASCOM a augmenté de plus de 800 M€ depuis 2003, passant de 220 M€ à près d’1 Md€ en 2015.

Au final, les distributeurs constatent que depuis 2007, ces taxes dépassent l’impôt sur les sociétés, certains d’entre eux versant davantage d’impôts et de taxes qu’ils ne réalisent de résultat net. On marche véritablement sur la tête ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, pour renflouer ses caisses, le gouvernement en a profité pour s’accaparer la totalité du produit de cette surtaxe, détournant la TASCOM de son but initial : venir en aide au petit commerce.

Un secteur fragilisé

Dans ces conditions, les 400 millions d’euros du CICE versés au secteur de la distribution, qui ne constituaient pas un « cadeau », mais le moyen de continuer à investir et à créer des emplois en France, notamment pour les travailleurs peu qualifiés auquel le secteur est un des derniers à offrir une chance, n’auront été qu’une éclaircie passagère. Le dispositif a pourtant permis la création de 14 000 emplois en 2013. La lutte contre le chômage ne serait-elle plus la priorité de notre gouvernement ?

Hélas, les récentes mesures conjuguées à la concurrence du e-commerce, risquent au contraire de fragiliser l’ensemble du secteur, y compris en centre-ville, en raison d’une perte de chiffres d’affaires au m², et de provoquer une vague de friches commerciales et la suppression de 35 000 emplois1 dans les cinq prochaines années. Aurait-on oublié que sans la grande distribution, c’est tout un pan de l’économie qui s’écroulera et entraînera dans sa chute de nombreux sous-traitants ? A-t-on bien mesuré les conséquences d’une telle décision notamment sur les prix ?

Avec des marges au plus bas, (la moyenne des taux de bénéfice net enregistrée actuellement par la grande distribution n’est que de 1 %), les enseignes, majoritairement dirigées par des indépendants, n’auront d’autre choix que de répercuter sur les prix cette surtaxe de 200 millions pour garantir leur viabilité. Au final, c’est donc bien le consommateur qui paiera le mouvement d’humeur de nos députés au risque de plomber une croissance déjà atone !

  1. Chiffres FCD.
Voir les commentaires (4)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (4)
  • Il a fallut 50 ans avec les parcomètres pour tuer le petit commerce de centre ville. Il faudra peut être une 25 ans pour tuer la distribution avec la TASCOM.
    Pour s’enrichir il y a 30 ans il fallait investir dans un supermarché avec siège social en France. Aujourd’hui il faut investir dans un e-commerce avec siège social à l’étranger.
    Mais qu’importe les taxes. Les politiciens tous fonctionnaires ont trouvé mieux pour s’enrichir. Le parachutage sans le risque qui donne de multiples rentes « spéciales » à la retraite sans jamais avoir sorti un fifrelin d’investissement financier personnel.

  • « Aurait-on oublié que sans la grande distribution, c’est tout un pan de l’économie qui s’écroulera et entraînera dans sa chute de nombreux sous-traitants ? A-t-on bien mesuré les conséquences d’une telle décision notamment sur les prix ? »

    La réponse à cette question est :
    Avez vous déjà vu ce gouvernement (et surtout son chef à la braguette toujours ouverte, l’idole des médias )et ses sbires députés voleurs (thevenoud le fraudeur l’est toujours) penser aux conséquences de leurs actes ou avoir un autre objectif qu’eux mêmes et leur réélection !

  • C’est sans doute vrai… mais de mon côté je suis content d’utiliser Google, Amazon… et CDiscount aussi qui est français (mais peut-être qu’ils optimisent aussi, je ne sais pas). Même à la FNAC ils se sont un peu recentrés et sont redevenus compétitifs. Les « drive » fonctionnent pas mal, et je suis certain qu’il est possible de mettre en place des systèmes intéressants de consigne 24/24.

  • Le jour où cette « baleine obèse » qu’est le monde politico-administratif français décidera enfin de se mettre au régime sec, vous risquerez peut-être d’entrevoir une éclaircie.

    En attendant, sous le règne d’un marxisme qui bien que n’osant plus dire son nom, reste l’inspiration idéologique de cette « gauche » obsolète qui n’a fait, localement (ce n’est pas le cas, ailleurs!), strictement aucun progrès depuis bientôt 200 ans!

    Mais tant que « l’état » reste cette entité symbolique idéale, objective, désintéressée, égalitaire et pour tout dire (comme on dit en France) « Républicaine » (fourre-tout habituel de ce qu’il est difficile de définir mais qui fait « incontestablement » la supériorité française, fruit des Lumières ou du Cartésianisme, justifiant ainsi le chauvinisme national, apte à mépriser les républiques sans le « R » majuscule!).

    À force de vivre avec des mots et des discours, on a forcément du mal à lutter!

    Ne pensez surtout pas que vos pays-partenaires ne sont pas au courant de vos problèmes et des solutions!

    France: 57 % de PIB, Allemagne: 45 %: tout est dit!

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Avec le pouvoir d’achat, l’écologie et l’immigration, un autre clivage entre les candidats aura été la mondialisation. Marine Le Pen a plaidé le souverainisme français, Emmanuel Macron le souverainisme européen. Mais les réalités de la mondialisation ne se limitent pas au choix du souverainisme. Elles sont en apparence très complexes, et je crois nécessaire de mettre de l’ordre dans les concepts et dans les faits.

Deux types de mondialisation

Je soutiens qu’il existe deux types de mondialisation : une mondialisation politique et une mo... Poursuivre la lecture

À l’instar d’Éric Zemmour, Marine Le Pen s’est rapprochée du Premier ministre hongrois ces dernières années. Et tout particulièrement depuis le départ d’Orban du Parti populaire européen, dominé par la droite allemande.

Au-delà des questions européennes, Le Pen semble s’inspirer des positions du gouvernement hongrois en matière fiscale. Comme un certain nombre de pays d’Europe centrale, la Hongrie a cherché à attirer des entreprises avec une fiscalité particulière. Mais jusqu’à quel point Marine Le Pen s’en inspire ?

 

... Poursuivre la lecture

Peut-on encore faire dérailler le train qui nous conduit sur la route de la servitude ? À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, même les plus optimistes des intellectuels libéraux doutent. Tout paraît joué d’avance, et le candidat qui remportera la mise prévoit d’appliquer un programme qui de toute façon sera aux antipodes de l’esprit du libéralisme.

Cette année, l’offre politique est globalement assez pauvre et aucun programme ne propose de réforme suffisamment courageuse et originale pour créer l’adhésion plein... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles