Presse & ONG : quand l’art du titre flirte avec intox et idéologie

Le glyphosate est partout ! Surtout dans les médias. Analyse.

Par Nathalie MP.

Décidément, l’abominable glyphosate de la firme chimique Monsanto est partout ! Non seulement on en a retrouvé des quantités phénoménales dans le pipi de 30 célébrités, mais ce sont maintenant les couches jetables de nos gentils chérubins qui sont infestées de cette dangereuse substance – et de quelques autres. Du moins est-ce ainsi que le journal Le Monde a décidé de titrer un article consacré à une étude de l’ANSES (l’agence sanitaire française) sur la sécurité des couches pour bébé publiée hier.

Mettez glyphosate, danger et victimes innocentes dans un même titre, encadrez le tout par une expertise officielle et vous vous assurez non seulement des clics à profusion, mais vous confirmez votre statut de sauveur de la planète et vous relancez opportunément la méfiance à l’encontre de l’herbicide honni des écolos ! Moins d’une semaine après l’émission Envoyé spécial de France 2 consacrée à la descente en règle et sans nuance du glyphosate, il peut s’avérer payant de bien enfoncer le clou.

Mais si l’ambition d’Élise Lucet consistait incontestablement à nous convaincre que Monsanto nous tue à petit feu, ses méthodes si ouvertement approximatives et fort éloignées de tout esprit scientifique pourraient bien avoir finalement l’effet inverse à force d’exagération lourdingue. Dans ce cas, il fallait impérativement reprendre la main sous le couvert d’un institut scientifique sérieux, ce qu’a fait Le Monde à la faveur d’une étude sur les couches jetables.

Pures spéculations de ma part, me direz-vous, mais quoi qu’il en soit, comme l’herbicide est finalement fort peu concerné par les conclusions de l’étude en question (ainsi que je vais le développer plus bas), on se demande ce qui lui vaut la place d’horreur dans le titre de l’article.

Je ne suis pas la dernière à rechercher le titre frappeur qui sera susceptible d’attirer le plus de lecteurs possibles dans mes filets. Et en tant que libérale, orientation dont je ne fais pas mystère, je n’hésite pas à mettre en avant des exemples ou des analyses qui confortent ma conviction que moins d’État et davantage de liberté ne feraient pas de mal à la « prospérité française ».

Mais vais-je délibérément tordre les faits que je commente, et ceci dès le titre, lequel est souvent la seule ligne lue d’un article, pour mieux appuyer ma thèse ? Si jamais j’ai succombé à cette faiblesse, honte à moi.

Il n’empêche qu’en l’espace de 3 jours, nous avons eu droit à un joli festival d’affirmations politiquement correctes doublées d’un vaste nuage d’approximations médiatiques dont on ne peut affirmer qu’elles soient uniquement le fruit de l’ignorance. Et dont les thèmes agitent profondément nos sociétés et sont au cœur de l’agenda anti-libéral des écologistes et des anti-mondialistes.

Lundi 21 janvier 2019 : Inégalités

Comme chaque année avant le Forum économique mondial de Davos, l’ONG britannique Oxfam sort son rapport annuel sur les inégalités. Objectif : alerter les dirigeants politiques, les chefs d’entreprise et les opinions publiques sur l’état des inégalités dans le monde.

Et comme chaque année, la conclusion est la même : les inégalités entre les riches et les pauvres se creusent de plus en plus, la faute à cet ultra-libéralisme débridé qui fait qu’en 2019 « les 26 plus riches ont autant d’argent que la moitié de l’humanité ». En 2016, c’était 62 et en 2017, c’était 8.

Notez qu’Oxfam a une solution : taxer davantage les riches pour financer davantage de redistribution via davantage de services publics. La simple observation de l’expérience française – pays qui dépense et taxe le plus dans le monde développé – devrait suffire à convaincre que cela ne marchera peut-être pas aussi bien qu’Oxfam et Piketty le croient. Mais disons, uniquement pour être aimable, qu’on peut encore admettre qu’on soit là dans le domaine de l’opinion.

En revanche, il est inadmissible de voir une ONG se vautrer d’année en année dans un sensationnalisme qui suinte la démagogie et excite les jalousies sur la base d’une méthodologie des plus discutables et des plus discutées, ainsi que je le rapportais il y a un an dans l’article « Les inégalités selon Oxfam » :

Données disparates, traitement arbitraire, différences de pouvoir d’achat non prises en compte, ignorance voulue de la notion de création de richesse afin de faire passer le patrimoine des uns (ou le revenu, ça dépend des années) pour un vol au détriment des autres – dans ces conditions peu rigoureuses, il est facile pour Oxfam de trouver le chiffre scandaleux qui portera haut son idéologie.

Mardi 22 janvier 2019 : Réchauffement climatique

Comme il se met à faire froid et qu’il neige, événement complètement inattendu pour un mois de janvier, Le Figaro a cru bon de nous ressortir un article de décembre 2017 nous annonçant en titre : « Les vagues de froid polaire sont bien liées au réchauffement de la planète. »

Vous serez d’accord avec moi pour y voir une affirmation très forte. Non seulement les vagues de froid polaire SONT liées au réchauffement de la planète, mais elles y sont BIEN liées, ce qui semble indiquer une confirmation de quelque chose d’établi auparavant.

Il faut arriver au dernier paragraphe de l’article, lequel ne brille guère par sa clarté, pour lire :

Pour l’heure, les études ne sont pas toutes convergentes. Cela confirme la nécessité de poursuivre les recherches en la matière.

Peut-être aurait-il fallu commencer par là et présenter ces études connues sous le nom de « Warm Arctic, cold continent » comme de simples théories qui n’épuisent pas la recherche en la matière.

En tout cas, on se demande comment Émile Zola a pu écrire en janvier 1867 dans Le Figaro (qui le reproduit encore cette année) un article sur l’arrivée de la neige à Paris décrivant notamment des « petits enfants grelottants et ravis ». C’était déjà le réchauffement climatique qui provoquait ce froid rigoureux ?

Mercredi 23 janvier 2019 : Glyphosate

J’en arrive à l’affaire du glyphosate dans les couches. La revue 60 millions de consommateurs a mis en garde à plusieurs reprises contre la présence de produits jugés toxiques dans les produits pour bébés, notamment les couches jetables utilisées à 95 % en France, même si, aux dires de l’association elle-même, les teneurs trouvées sont très faibles.

En 2017, le gouvernement à donc demandé un avis l’ANSES qui a publié son rapport  hier après étude de 23 références de couches jetables couramment commercialisées en France, couches « écologiques » comprises.

· Alors oui, on trouve bien des produits chimiques dans ces couches : du glyphosate, certes, mais aussi des dioxines et d’anciens pesticides interdits, et surtout de nombreuses substances parfumantes.

· Mais présence signifie-t-elle risque ? Une évaluation quantitative des risques a permis d’identifier des dépassements de seuils sanitaires pour certaines substances qui, selon les recommandations de l’ANSES, sont donc à réduire ou éliminer.  Le glyphosate n’en fait pas partie :

Un risque ne peut être exclu pour les substances indésirables suivantes dans les couches pour bébé : 2 substances parfumantes (butylphényl méthyle propional ou lilial®, hydroxyisohexyl 3- cyclohexène carboxaldéhyde ou lyral® ), certains HAP, le PCB-126 et la somme des dioxines, furanes et PCB-DL.

Aucun dépassement de seuils sanitaires n’a été mis en évidence pour les autres substances parfumantes, les pesticides interdits, le glyphosate et son métabolite, les COV ni le formaldéhyde.

Ainsi, le glyphosate ne tombe pas sous le coup des recommandations de l’ANSES, mais l’article du Monde se garde bien de le réhabiliter pour autant.

· De plus, le rapport de l’ANSES nous informe que :

Il n’existe aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association entre des effets sanitaires et le port de couches.

Encore un point important que le journaliste du Monde n’a pas jugé bon de faire connaître à ses lecteurs.

Résumons : 3 milliards de couches jetables sont vendues en France chaque année sans aucun signalement sanitaire à ce jour ; le glyphosate fait partie des substances qui ne montrent pas de dépassement de seuil sanitaire et qui ne sont donc pas concernées par les recommandations de l’ANSES ; et pourtant il a la place du grand méchant dans le titre du Monde.

Pour quelle raison, si ce n’est pour intensifier de façon purement politique la peur et le rejet de ce produit très utile à l’agriculture dans l’esprit du public ?

Pour quelle raison, si ce n’est pour pousser cet agenda anti-capitaliste et décroissant qu’on nous sert depuis la chute du communisme et son rebond à travers les thèses malthusiennes du Club de Rome ?

En trois jours, tous les poncifs sur « l’horreur économique » de l’ultra-libéralisme triomphant qui serait à l’œuvre dans le monde se sont concaténés un peu par hasard dans les grands titres de notre actualité, mais ils donnent une bonne idée de ce que devient l’information lorsqu’elle se soumet à une idéologie : elle ne s’embarrasse ni de faits, ni de rigueur, ni de science.

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