Glyphosate : « Macron tue les agriculteurs »

Le #RapportduGreffier en photos by GreffierGC(CC BY-NC 2.0)

En choisissant contre toute attente de voter contre le renouvellement du glyphosate, Nicolas Hulot et le gouvernement Philippe ont mis dos au mur une profession déjà sinistrée.

Par Jérôme Lassalle.

En choisissant contre toute attente de voter contre le renouvellement du glyphosate, Nicolas Hulot et le gouvernement Philippe ont mis dos au mur une profession déjà sinistrée. Les atermoiements et les hésitations qui ont suivi témoignent du danger, réel, qui menace les agriculteurs.

Vendredi 22 septembre. Au petit matin, les Champs-Elysées s’éveillent aux sons des klaxons et des cris de « Hulot démission ». De la paille déversée en signe de protestation jonche la chaussée de la plus belle avenue du monde. 300 agriculteurs, t-shirt noirs, étalés par terre, sont venus manifester pacifiquement contre la décision d’interdiction du glyphosate du gouvernement Philippe.

Des hommes et des femmes, pour la plupart jeunes, qui parlent vite et fort, et sur leurs traits la colère se dispute à l’angoisse. Comment en est-on arrivé là ? C’est certainement l’absence de dialogue, les solutions toutes faites, la vigueur des lobbies écologistes à la caution scientifique douteuse, qui ont conduit une profession déjà durement touchée par le chômage et le suicide à répondre à l’appel de la rue, pour sauver ce qu’il reste de leur agriculture.

« Macron tue les agriculteurs »

Les graines de la discorde ont été semées fin août quand Nicolas Hulot annonce, à la surprise de tous, que la France votera contre le renouvellement du pesticide le plus utilisé au monde, et ce depuis 40 ans.

À l’époque, Paris justifie ce refus par les « incertitudes qui demeurent sur sa dangerosité », selon une source au ministère de la Transition écologique. Pour des agriculteurs déjà éprouvés par une année 2016 catastrophique, cette interdiction totalement imprévue fait office d’ultime coup de massue.

Frédéric Arnoult, président des Jeunes Agriculteurs d’Île-de-France a déclaré :

Emmanuel Macron veut être le Monsieur Propre du monde, mais est le fossoyeur de l’agriculture.

Comment on peut vouloir vendre du rêve aux Français sur une alimentation saine, alors qu’on nous enlève nos moyens de production ?

Un avis partagé par la majorité des jeunes manifestants, serrés derrière des pancartes où l’on peut lire, en gros, « Macron tue les agriculteurs ».

Le glyphosate a fait ses preuves

C’est que la molécule, utilisée depuis plus de quarante ans par les agriculteurs, a fait ses preuves. Très efficace contre les mauvaises herbes, permettant la préservation des sols durement touchés par des années de labour mécanique, le glyphosate est un élément essentiel de l’agriculture française.

Une étude IPSOS avait ainsi estimé à 2 milliards le coût pour nos campagnes d’une interdiction surprise du glyphosate. Une étude rendue publique mercredi par la Fondation Concorde conforte cette position. Olivier Babeau, vice-président du think-tank note :

En l’état actuel de nos connaissances scientifiques et des techniques de travail du sol, l’interdiction du glyphosate provoquerait une impasse technologique majeure pour nos agriculteurs.

Pire, d’après cette étude :

Les conséquences économiques du retrait de cette molécule se chiffreraient à 976 millions d’euros par an pour le seul secteur agricole, en prenant en compte uniquement les coûts directs.

Démagogie et lobbies écologistes

La colère est d’autant plus vive que la décision de Nicolas Hulot est incompréhensible et semble avant tout relever de la démagogie.

Phil Hogan, le commissaire européen à l’agriculture, avait d’ailleurs fait part de sa surprise peu après le choix français :

Je suis très inquiet en ce moment, particulièrement après la dernière déclaration française, qui prévoit la suppression d’un produit aussi essentiel que le glyphosate.

Nous voulons que les États membres soutiennent les recommandations fondées sur la science du commissaire [à la santé et à la sécurité alimentaire] Vytenis Andriukaitis et autorisent la vente du glyphosate pour les dix années à venir. C’est trop important pour l’agriculture, ainsi que pour les habitants des villes, qui n’ont pas accès à des alternatives pour s’attaquer aux mauvaises herbes dans leurs jardins.

D’ailleurs, ce n’est pas une surprise si Paris se retrouve totalement isolée dans son choix. Seul autre pays européen à prôner le non-renouvellement ? Malte, une île peu connue pour ses verts pâturages…

Les récentes tergiversations du gouvernement (interdira ? interdira pas ?) ont démontré à quel point l’affaire était en réalité beaucoup plus compliquée que ce que l’on laissait entendre. Le gouvernement souhaite désormais attendre la fin des États généraux de l’alimentation, dont on sait les limites, pour avoir le fin mot de l’histoire.

En attendant, les politiques s’en donnent à cœur joie et Marine Le Pen a déjà annoncé qu’elle se prononçait pour une « autorisation temporaire » :

On ne peut pas interdire le glyphosate avant d’avoir trouvé un remplaçant, les agriculteurs ne peuvent pas s’en passer, c’est mener leurs exploitations à la mort.

Le pire, c’est qu’elle n’est pas loin de la vérité…

Des biais évidents

Mais voilà, ces incertitudes sont, pour la plupart, fondées sur l’étude d’une seule agence : le CIRC, une organe issu de l’OMS, qui en partant d’une monographie aurait rangé le glyphosate dans la catégorie 2B, soit probablement cancérogène. Rejoignant ainsi la charcuterie et le saumon d’élevage dans la classification du CIRC.

Depuis, cette étude fait loi, alors même que cette dernière a été élaborée dans des circonstances douteuses, des conflits d’intérêt et un processus biaisé ayant été décrits en long et en large dans une enquête de Reuters mais aussi de Politico. On y apprenait par exemple que les principaux artisans de la labellisation du glyphosate en produit cancérogène étaient conscients de l’existence d’études prouvant au contraire la non toxicité du produit : l’étude de l’Agricultural Health Study et celle du Bfr allemand, pour ne citer que celles-là.

Certains scientifiques du CIRC auraient cependant refusé de communiquer ces études au panel de scientifique, à l’image d’Aaron Blair, qui déclarera plus tard, publiquement « que l’étude menée [par l’AHS] était trop importante pour pouvoir être intégrée dans un article scientifique ».

Depuis quand l’exhaustivité est-elle un crime ?

Vers plus de dialogue ?

À la décharge du ministre de l’Environnement, celui-ci n’a pas eu peur de descendre débattre avec les agriculteurs présents aux Champs-Elysées. Quitte, peut-être, à réviser un peu sa copie. Il s’est défendu, franc du collier :

Le seul message que je voulais vous dire ce matin : je ne suis pas un dogmatique et je ne suis pas là pour emmerder l’agriculture.

La plus grande erreur de ma part serait de ne pas vous écouter, de ne pas vous recevoir, de ne pas avoir mis en place ce dialogue qui doit durer jusqu’à ce que l’on trouve une solution qui vous aille et qui nous aille.

Encore faudrait-il que les actes succèdent aux mots. À ce jour, la toxicité du glyphosate est largement surévaluée, incomprise, voire instrumentalisée par des ONG à l’agenda politique.

Les premières victimes de ces combats ont manifesté vendredi aux Champs Elysées. En 2017, le quotidien d’un agriculteur en France reste d’une rare dureté. Entre suicides et galères, un quart des agriculteurs vit sous le seuil de pauvreté.

Veut-on réellement tirer sur l’ambulance ?