Pourquoi la France est-elle championne des dépenses publiques ?

La question du poids de l’État est souvent évoquée, particulièrement en France où nous sommes devenus numéro 1 mondial de dépenses publiques dans le classement OCDE, avant la Finlande. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Par Yves Buchsenschutz.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

La France est championne européenne des dépenses publiques. Il ne s’agit pas dans cet article de proposer des solutions mais d’explorer cette problématique dans la mesure où il semble bien qu’il y ait des influences entre le poids de l’État, la croissance et la richesse des pays. La corrélation est certes très imparfaite, mais malgré tout les pays les plus riches, États-Unis, Luxembourg, Suisse, voire Corée du Sud, sont aux alentours de 40% du PIB ou moins de dépenses publiques.

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En richesse par habitant, la France est désormais 25ème de l’OCDE derrière l’Australie, l’Autriche, le Canada, le Danemark, la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, et même Singapour ! Quelle dégringolade ! Pourquoi ?

Dépenses des administrations publiques en 2016 (en % du PIB)
Source : OCDE

Ce que nous disent les statistiques

Les statistiques donnent des résultats assez erratiques. Tout au plus, peut-on remarquer que le poids de la dépense publique dans le PIB semble avoir atteint un pic dans les années 1995. De nombreux pays baissèrent ensuite, dont la Suède par exemple, pour remonter brutalement au moment de la crise de 2008. Autour de cette date, tous les pays laissèrent le poids de l’État augmenter en le finançant par la dette.

Depuis 2008, de nombreux États ont fait des efforts importants pour revenir vers des taux plus raisonnables. C’est également le cas de la Suède, des États-Unis et de l’Allemagne, mais pas celui de France qui a tout au plus à peu près stabilisé son taux aux alentours de 56%. La Suisse est restée sagement un peu au-dessus de 30% sur toute la période.

Dépenses des administrations publiques entre 1995 et 2015 (en % du PIB)
Source : OCDE

Pourquoi la dépense publique est-elle si forte en France ?

Le poids de l’État repose sur quatre composantes ; il est d’abord fonction des domaines investis, puis de la profondeur de cette couverture, ensuite du gaspillage éventuel pour remplir les missions qu’il a choisi d’assumer, enfin du ou des modes de financement qu’il a mis en place.


En matière de domaines investis par l’État, la France est probablement parmi les champions du monde. Non seulement l’État y assure les fonctions traditionnelles régaliennes (armée, justice, police, monnaie, politique étrangère…), mais il s’occupe aussi de l’éducation, des transports, de la santé, du travail et du chômage, des retraites, du logement, du culturel, etc. Nous sommes de ce point de vue, les dignes descendants de Louis XIV : le roi doit décider de tout et si l’on veut quelque chose, il n’y a qu’à s’adresser à lui. En France, rien ne peut se conclure sans intervention de l’État.


En matière de degré d’intervention, l’État français, quand il n’est pas en situation monopolistique, ce qui est très souvent le cas, est toujours un intervenant majeur : 80% du système hospitalier, 80% de l’éducation, 25% du logement, encore presque 100% du transport ferroviaire, aérien, une large part des médias – tout ceci en légiférant et contrôlant – sans compter une présence écrasante dans le système financier par le biais du pantouflage des inspecteurs des finances… Il utilise par ailleurs allègrement un autre moyen, indirect celui-ci, à savoir l’établissement de normes ou l’édiction de décrets pour s’immiscer dans les autres domaines.


Ceci introduit d’ailleurs une première question : l’État s’organise en général pour éliminer par tous les moyens la concurrence de ses propres activités. La conséquence immédiate, mais encore plus sensible sur le long terme est l’absence de recherche de productivité. Tous ceux qui ont eu l’occasion de travailler dans le privé l’ont appris assez vite : sans concurrence, toute société tend naturellement à s’installer dans le confort, évitant de surcroît les innovations, autre dérangement qui permet de progresser mais rend la vie moins confortable.

Le paradoxe suprême est que l’État s’est instauré juge de la concurrence par le biais de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), mais uniquement celle des autres ! On n’a jamais vu par exemple la DGCCRF s’attaquer aux écarts de tarifs de remboursement entre les cliniques privées et les hôpitaux publics, ou mieux, entre deux hôpitaux ? La recherche, la formation, et surtout l’intérêt général ont bon dos. Notre État, en particulier quand il joue à l’industriel, est peu efficace (il suffit de comparer la SNCF et la Deutsche Bundesbahn).


Le dernier point, peut-être le plus important, est celui du mode de gestion et de financement. Dans un article paru le 12 octobre 2016, nous avions eu l’occasion de comparer la contribution des salariés privés au financement de l’État et des dépenses collectives, à celle d’un salarié public en France. Pour simplifier, on peut dire que de manière directe ou indirecte, ce sont les travailleurs du secteur privé qui financent les emplois publics.

On est donc en présence d’un cercle vicieux dans lequel toute augmentation des charges publiques se répercute quasi immédiatement sur le secteur privé, entravant sa compétitivité et asphyxiant le système. Si l’on ajoute le problème du statut, c’est-à-dire une garantie d’immobilité éternelle, le système est bloqué. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Suisses, qui ont déjà un faible taux d’intervention de l’État (32% !) ont également supprimé le statut de fonctionnaire.

Quelles sont les causes de notre dépense publique considérable ?

On s’aperçoit que la montée du poids de l’État est quasi automatique et permanente et ceci dans tous les pays. Pourquoi ? Car les pays concernés se sont enrichis et les populations ont acquis une aisance certaine, veulent en profiter et la protéger dans notre principe de précaution.

On transfère donc à la collectivité la prise en charge de tous les risques, de tous les problèmes réels ou supposés, voire de la charité individuelle et les populations finissent par demander à être garanties et indemnisées de tout par l’État. Il est symptomatique de constater que la crise de 2008 s’est traduite dans tous les pays par une poussée du poids de l’État considéré comme un réassureur général.


On constate également la croissance exponentielle des normes et des réglementations. Or, qui dit normes ou règles dit aussi nouvelles exigences, nouveaux contrôles, nouvelles administrations, nouvelles charges administratives ou financières pour les entreprises ou les particuliers donc accroissement potentiel du poids de l’État. L’innovation, de même, crée de nouvelles questions, problèmes, ou besoins demandant de nouvelles règles. (Exemple, le contrôle technique des véhicules : inexistant, puis instauré tous les 3 ans sur 40 points de contrôle, il est passé à tous les 2 ans et bientôt à plus de 140 points de contrôle).


Un troisième facteur est la volonté des États de gérer les inégalités : tout le monde semble oublier que le revers de l’inégalité est la diversité, inhérente à la condition humaine. Or, l’inégalité des résultats ne sera jamais solutionnée par une quelconque politique. D’aucun sont nés blonds, d’autres bruns, d’aucuns travailleurs, d’autres moins courageux, d’aucuns de sexe masculin, d’autres féminins, certains aiment la musique, d’autres voyager ou les habits, etc.

Nous confondons en permanence l’égalité des résultats, que d’aucuns voudraient identité totale des situations, utopie mortifère, avec l’égalité des chances qui est celle effectivement visée, et elle-seule, par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. À ce jeu, amplifié en permanence par des subventions d’État à des Associations telles Oxfam, les pays s’épuisent en permanence en budgets sociaux lesquels ne pourront pas atteindre leur objectif et ratent de plus la construction de l’égalité des chances, qui demanderait une gestion et une implication de longue haleine de la société, fondée sur la responsabilité des individus.


Parmi ceux qui ont maîtrisé le problème du poids de l’État, on peut citer essentiellement la Suisse qui a toujours surveillé ses dépenses et a supprimé le statut de fonctionnaire, gérant l’État comme une entreprise.


Chez ceux qui s’en sont sortis – Suède, Royaume-Uni, Allemagne – ils ont bloqué au minimum la croissance des dépenses, voire comme le Royaume-Uni ont taillé dedans, et ont profité de la croissance du PIB pour améliorer leur ratio. Ils ont également largement défonctionnarisé le système, introduisant la concurrence. Les États-Unis fonctionnent plutôt par vagues entre Démocrates et Républicains mais restent vigilants sur la dépense, intégrant bien la compétition, et à un taux de dépenses publiques assez bas.

La France quant à elle a quasiment cumulé tous les défauts :

– Pas de blocage, a fortiori de baisse, des dépenses, tout au plus un léger freinage de la croissance « tendancielle » ;
– Pas ou peu de croissance du PIB ;
– Une multitude de statuts et de règles bloquantes, débordant largement les domaines régaliens ;
– Une utilisation quasi systématique du monopole et la phobie de la concurrence et de la remise en cause ;
– Une politique de la gestion des inégalités rétrograde, favorisant l’aubaine au détriment de l’effort ;
– La construction progressive d’une caste à part, les fonctionnaires, indéboulonnables, y compris par le suffrage universel, gérant au jour le jour leur rente, sous la protection bienveillante de l’énarchie.

De là son classement désastreux et ses déconvenues successives. Qu’on se rappelle ne serait-ce que le classement PISA. La France pointe au 26ème rang.

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