La pédagogie, seul moyen de sauver notre démocratie en danger

Groupe de jeunes adultes en formation commerciale

Face à la complexité du monde, seule la pédagogie pourra sauver le grand débat national.

Par Philippe Charlez1.

Depuis deux mois, le mouvement des Gilets jaunes défie la République Française dans une nouvelle version de la lutte des classes. Elle se traduit par une démarche insurrectionnelle et une surenchère de la violence appuyée sans aucun complexe par Jean-Luc Mélenchon et sa bande d’insoumis qui appellent à la mutinerie citoyenne. Plus discrète, Marine Le Pen n’est pourtant pas en reste. Requinquée après son débat calamiteux, elle attend son heure en lançant dans l’arène médiatique ses jeunes lieutenants populistes. Quant aux républicains et aux socialistes, leur silence et leur complaisance n’ont d’égal que leur faiblesse.

Arrêt des réformes, glissement de la politique de l’offre vers une politique suicidaire de la demande, rétablissement de l’ISF, maintien de la taxe d’habitation pour les 20 % les plus riches, réduction des salaires des hauts fonctionnaires, taxation des GAFA et des entreprises du CAC40, Référendum d’Initiative Citoyenne, suppression du mariage pour tous et même rétablissement de la peine de mort ? La France serait-elle en train de glisser vers une révolution néo-bolivarienne qui fascine depuis toujours le leader de l’extrême gauche française s’imaginant déjà dans le costume d’un Hugo Chavez qu’il a tant admiré par le passé ?

Les conséquences catastrophiques d’une mésentente

Si certaines des revendications initiales des Gilets jaunes sont légitimes, la forme prise par leur mouvement est insoutenable dans un état de droit. Quant aux conséquences elles seront à coup sûr économiquement catastrophiques. Fuite des capitaux,  volte-face des investisseurs préférant en post-Brexit Francfort à Paris, montée du chômage et explosions des déficits et de la dette seront de toute évidence les principaux dégâts collatéraux de ce mouvement devenu absurde. Et le pire reste à venir. À terme, la facture sera payée par les Gilets jaunes et non par les riches qu’ils maudissent. Sans que personne ne le remarque, ces derniers, beaucoup plus mobiles, se seront rapidement évaporés dans la nature avec leur pactole.

Aussi faut-il impérativement « sauver le soldat Macron ». L’idée du Grand Débat National lancée par le Président de la République ne peut être qu’encouragée pour couper court aux extrémistes de tous bords. Mais la fracture sociale est tellement béante que les échanges ne s’annoncent pas sereins. Faites d’incompréhension et de malentendus, les discussions peuvent très rapidement dériver, tourner au dialogue de sourds et aux règlements de compte. Comme souvent, les extrémistes les plus aguerris monopoliseront la parole pour ensuite crier au complot et s’indigner de ne pas avoir été entendus. Le débat ne débouchera alors sur rien de concret. Au contraire, il ouvrira encore plus la faille séparant le peuple de ses élites. D’une opportunité le débat peut alors devenir incontrôlable et déboucher sur le chaos. C’est ce point d’arrivée sans retour qui est le plus préoccupant.

Pourtant, il y a un moyen de couper court à ce résultat désastreux : il s’appelle pédagogie.

Ouvrons le débat, mais ouvrons-le bien

Le Grand Débat National est sensé discuter de quatre thématiques-clé : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté et l’organisation de l’État et des services publics. Comment le citoyen lambda pourra-t-il discuter avec pertinence et pragmatisme de ces sujets souvent hautement techniques sans d’abord avoir été un minimum informé voire… formé ? Sans introduire dans le débat un minimum de formation transparente et dépassionnée, les échanges resteront purement émotionnels. Pire : ceux qui connaissent le sujet orienteront le débat à leur avantage. Loin de dépassionner la contestation, les recommandations de ce grand débat national ne seront pas comprises. Elles décupleront la frustration et la colère. Au contraire, des conclusions bien comprises même si elles ne vous sont pas totalement favorables seront bien plus aisément acceptées. La psychologie élémentaire ne nous apprend-t-elle pas que le positif est heureux, le négatif malheureux mais le non-dit… insupportable ?

Ainsi par exemple, comment débattre de transition écologique sans comprendre la différence entre énergie et puissance, sans connaître les grands chiffres relatifs aux sources d’énergie (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, renouvelables), sans comprendre pourquoi l’électricité ne se stocke pas, pourquoi les renouvelables sont moins efficaces que le nucléaire ? Comment discuter de la pertinence de la loi sur la transition écologique et solidaire sans la moindre information sur la formation des prix, sans comprendre nos réussites et nos échecs mais aussi ceux des autres ? Comment émettre un avis objectif sans décortiquer comment l’énergie est utilisée dans les transports, l’habitat ou l’industrie, comment énergie et aménagement du territoire sont intimement liés ?

La pédagogie, outil d’une démocratie sereine

Et ce qui est valable pour la transition écologique l’est aussi bien entendu pour la fiscalité et les institutions. Ainsi faut-il expliquer pourquoi l’ISF est un impôt absurde et contre-productif, pourquoi une politique de la demande conduit inévitablement à un accroissement du chômage et pourquoi, sans une culture forte du compromis, la proportionnelle intégrale conduit à une instabilité politique permanente.

Fort de ses experts reconnus, l’Institut Sapiens possède toutes les compétences pour délivrer aux citoyens la formation dont ils ont besoin pour aborder le Grand Débat de façon pragmatique, constructive et dépassionnée. À ce titre, il est prêt à prendre toutes ses responsabilités et à organiser dans ce cadre des sessions informatives. La pédagogie est la condition sine qua non pour ne pas se retrouver dans le chaos en mai prochain et aborder avec calme la grande échéance européenne.

  1. Expert Énergie à l’Institut Sapiens.
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