L’Amérique latine rêvée de Mélenchon

Les leaders et les mouvements populistes ayant pris le pouvoir en Amérique latine se sont rendus coupables d’avoir détourné les aspirations au progrès et à la prospérité des peuples de la région.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Les coups d’épée dans l’eau que donne la gérontocratie castriste dans le domaine de l’économie, sans parvenir à dynamiser celle-ci, puis l’ahurissant échec de la révolution dite « bolivarienne » promue par le défunt Hugo Chavez au Venezuela, sont les mésaventures les plus récentes d’un populisme autoproclamé « révolutionnaire » qui, dans ses multiples variantes, n’a cessé d’exercer une influence envoûtante, et désastreuse, en Amérique latine.

L’aventure commence en 1910 avec la Révolution Mexicaine, laquelle avait pour but originel d’éliminer, à très juste titre d’ailleurs, les archaïques structures sociales en place dans ce grand pays de l’Amérique latine.

Toutefois, au lieu d’introduire et de consolider les mécanismes essentiels à toute démocratie effective, en particulier l’indépendance des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), la Révolution Mexicaine choisit le chemin de la concentration du pouvoir en un seul parti : le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel).

L’État omniprésent en Amérique latine

Une telle concentration mena à la nationalisation du pétrole, à l’expropriation de grands domaines agricoles (latifundios) et, non moins important, à l’instauration d’un État protectionniste, corrupteur et omniprésent.

Le PRI parvint ainsi à se maintenir sans interruption au pouvoir pendant 71 années, installant ce que l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa qualifia de « dictature parfaite ».

Dans les années 40 du siècle dernier, un nouvel avatar du populisme surgit en Argentine avec le Général Juan Domingo Peron, leader charismatique dont l’enivrant discours en faveur des descamisados (les sans-chemises) lui permit de captiver les foules et, par ce biais, de conquérir le pouvoir.

Contrôles des prix et du taux de change, protectionnisme commercial, expropriations, diabolisation du patronat (menant à l’incendie en 1953 du Jockey Club de Buenos Aires par une masse télé dirigée), tout l’arsenal de l’interventionnisme d’État et de la démagogie fut utilisé dans l’Argentine de Peron.

La dégradation économique liée au populisme

Résultat : l’Argentine perdit sa place parmi les 10 pays les plus riches de la planète au début du 20e siècle (plus riche alors que la France, l’Allemagne et l’Italie), pour devenir l’économie fragile et médiocre que depuis lors elle a été.

Quelques années plus tard, le même processus de dégradation économique s’est mis à l’œuvre à Cuba. De troisième pays du continent en termes de PIB par tête avant la prise du pouvoir par Fidel Castro en 1959, Cuba se retrouve, grâce aux merveilles du socialisme castriste, en queue de peloton des économies de la région.

Le régime cubain n’a pu tenir économiquement que par l’astronomique perfusion financière fournie, d’abord par l’Union Soviétique et ensuite par le Venezuela d’Hugo Chavez.

Et il arrive que ce Venezuela « révolutionnaire » et pro castriste, le pays ayant les plus grandes réserves de pétrole du monde, se trouve aujourd’hui aux prises avec des pénuries d’articles de première nécessité époustouflantes, des épidémies que l’on croyait révolues et une hyperinflation approchant 2000% pour l’année en cours (la plus élevée du monde).

La révolution manquée

Ces déboires à répétition – depuis la Révolution Mexicaine jusqu’au Venezuela chaviste – trahissent l’inconsistance et les failles des programmes politiques que des leaders populistes « révolutionnaires » sont parvenus à vendre en Amérique latine.

Ils ont en effet réussi à faire croire que la séparation des pouvoirs pourrait s’avérer un obstacle à la révolution salvatrice dont, selon eux, la région avait besoin ; que sitôt le pouvoir pris, il fallait restreindre, voire démanteler, les mécanismes inhérents à toute démocratie dans le but de « blinder la révolution » face aux attaques de « l’oligarchie » et de « l’empire » américain.

Ce fut ainsi que des peuples désabusés, las de gouvernements et de dirigeants corrompus, donnèrent le pouvoir à un parti (PRI) ou à un caudillo (Peron, Castro, Chavez), et maintenant ne parviennent pas à sortir du bourbier dans lequel ces partis et ces caudillos les ont plongés.

Le mirage des nationalisations

Les populistes ont fait croire également que la nationalisation des ressources naturelles, ou l’expropriation de terres et de grandes plantations agricoles, étaient une condition sine qua non pour promouvoir le développement économique et assurer une distribution plus juste de la richesse.

Avec le temps, le Mexique a réalisé que la nationalisation du pétrole est loin d’avoir mené à une utilisation efficace de l’or noir. D’où les tentatives de privatisation de la compagnie pétrolière nationale (PEMEX), lesquelles, après les 71 années de « dictature parfaite », ont été mises sur la table de négociation sans aboutir.

À Cuba, pour sortir de la monoculture et de la dépendance, le castrisme n’eut pas meilleure idée que celle de détruire la principale source de devises d’avant la Révolution, c’est-à-dire la production sucrière. Et lorsque Fidel essaya de réparer cette bêtise, proclamant que l’année 1969-1970 serait celle de la récolte de « 10 millions » de tonnes de sucre, le pari échoua.

La gestion socialiste du pétrole vénézuélien

Quant au Venezuela, la production de pétrole s’y trouve à son niveau le plus bas des 30 dernières années, et ce, grâce à la désastreuse gestion socialiste que le régime chaviste, faisant fi des critères de rentabilité les plus élémentaires, a mis en place dans la compagnie nationale pétrolière (PDVSA).

Les populistes ont fait croire, aussi, que le soi-disant « extractivisme », c’est-à-dire l’exploitation intensive des ressources minières en tant que moteur de développement, était une manœuvre ourdie par les anciennes puissances coloniales et « l’empire américain » pour maintenir l’Amérique latine dans la dépendance et le sous-développement.

Ce fut toutefois avant que, en 2007, le très révolutionnaire et socialiste Hugo Chavez eût réhabilité l’extractivisme en défendant son « socialisme pétrolier » basé précisément sur l’exploitation à outrance de l’or noir.

La faute au « rentisme pétrolier »

Mais comme les « révolutionnaires » n’hésitent pas à changer de discours et de théorie au gré des circonstances, nous les voyons maintenant faire volte-face encore une fois : après avoir applaudi le « socialisme pétrolier » du Venezuela chaviste, ils reviennent à mettre la faute de la déglingue économique de ce pays sur le bon vieux extractivisme (appelé désormais « rentisme pétrolier », histoire de faire peau neuve).

Les populistes ont fait croire, enfin, que donner le pouvoir à un parti ou à un leader « révolutionnaire » permettrait d’en finir avec la corruption qui depuis toujours sévit dans les pays de la région.

Aujourd’hui, pourtant, nombreux sont les cas de corruption où se trouvent mêlés des dirigeants « révolutionnaires » de premier plan. Ajoutons à cela que dans la classification établie par l’ONG Transparency International, le Venezuela est le pays le plus corrompu de l’Amérique latine et fait partie des dix premiers au niveau mondial.

Par l’œuvre du castrochavisme, il y a aujourd’hui, à Cuba et au Venezuela, des millions d’hommes et de femmes qui pleurent d’impuissance et vivent dans l’indigence.

Misère à Cuba

Il y a des Cubaines et des Cubains avec des diplômes universitaires qui, pour boucler les fins de mois, doivent se prostituer dans les rues et les plages de l’île rouge (ce dont Fidel Castro eut le toupet de se vanter en affirmant que « nos prostituées sont les plus cultivées du monde ») ; de même que, pour des raisons semblables, des Vénézuéliennes et des Vénézuéliens exilés doivent exercer cette ingrate activité dans plus d’une capitale de l’Amérique latine.

Il y a plus de familles endeuillées par les exécutions et les assassinats du castrisme que par ceux d’Augusto Pinochet (ce qui est beaucoup dire). Il y a des centaines de médecins cubains envoyés par le castrisme travailler à l’étranger qui ont préféré démissionner et même abandonner leur profession plutôt que d’accepter que le régime cubain leur confisque une partie substantielle du salaire gagné à la sueur de leur front.

Violence du régime castriste

Il y a des Dames en Blanc que les troupes de choc du castrisme tabassent publiquement avec une sinistre assiduité. Il y a des candidats de l’opposition (au Venezuela) ou indépendants (à Cuba) qui sont arbitrairement déclarés inéligibles par le pouvoir dans le simple but de les empêcher de recueillir le soutien de la population. Il y a, enfin, des prisonniers politiques qui subissent la torture dans les geôles de Cuba et du Venezuela pour délit d’opinion.

Soyons clairs : le populisme dans ses différentes variantes n’est pas, loin s’en faut, la cause de tous les maux de l’Amérique latine. Les dictatures militaires de droite et les leaders prétendument défenseurs de la démocratie qui trempent dans la corruption ont une lourde part de responsabilité dans le retard économique et social de la région.

Atroce populisme révolutionnaire

Il n’en demeure pas moins, à la lumière de l’expérience historique, que les leaders et les mouvements populistes ayant pris le pouvoir en Amérique latine se sont rendus coupables d’avoir détourné les aspirations au progrès et à la prospérité des peuples de la région, leur faisant miroiter des panacées politiques qui se sont avérées être de grossiers attrape-nigauds.

Et c’est ce populisme « révolutionnaire » – appauvrissant, oppresseur et mortifère – qui, par la voix de Podemos et de la France insoumise (tous deux défenseurs déclarés de la « révolution bolivarienne » d’Hugo Chavez), frappe aujourd’hui aux portes de l’Europe.