Un débat Macron-Le Pen médiocre, conclusion d’une campagne catastrophique

Bien que les pronostics soient aventureux, il est probable que le Front National ne tirera aucun avantage électoral de ce débat. Comme l’a affirmé à plusieurs reprises Macron, les Français ne sont pas aussi bêtes que le pense Marine Le Pen.

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Marine Le Pen au Parlement Européen en juillet 2014 (Crédits : Claude TRUONG-NGOC, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

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Un débat Macron-Le Pen médiocre, conclusion d’une campagne catastrophique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 mai 2017
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Par Patrick Aulnas.

Le débat télévisé du 3 mai 2017 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen fut à l’image de la campagne électorale : au-dessous du niveau requis pour l’élection d’un Président de la République.

La faute en incombe exclusivement à la candidate du Front National dont beaucoup de téléspectateurs ont sans doute découvert les insuffisances. Il y a en effet une grande différence entre écouter Marine Le Pen pendant trente secondes dans un journal télévisé et subir son inculture pendant deux heures trente. Ce fut très, très long et le brouhaha permettait aisément d’aller faire un petit tour en attendant le retour à un calme tout relatif.

Déstabiliser Macron

On n’attendait sans doute pas autre chose d’une nationaliste protectionniste portant un projet suicidaire pour son pays. Puisque le jeu politicien consiste pour elle et les siens à capter un électorat ne disposant pas des éléments de base pour apprécier la situation, tout miser sur l’émotion fabriquée médiatiquement devient indispensable.

Ses plus fervents admirateurs ne l’auront pas découverte à cette occasion et auront sans doute admiré ses tentatives de déstabilisation d’Emmanuel Macron. Mais ce fut en vain. Le leader du mouvement En Marche manifesta parfois un certain agacement face à tant de mauvaise foi, mais globalement il conserva toujours son sang-froid.

L’incompétence de Marine Le Pen

La tactique lepéniste fut donc, de ce point de vue, un échec. Macron avait tout intérêt à placer le débat sur le fond : confronter les programmes et pointer les failles abyssales de celui de son adversaire.

Il y parvint parfois, en particulier sur l’euro, lorsque Marine Le Pen afficha une méconnaissance totale des circonstances de la création de la monnaie européenne (attribution à l’ancien ECU d’une fonction de monnaie d’échange entre entreprises).

Le risque pour Macron de paraître trop technocratique a été en général évité et il a su présenter des problèmes complexes avec un talent pédagogique incontestable, en se limitant aux idées principales tout en les illustrant d’exemples concrets.

Médiocrité éthique

Les militants des deux camps ont évidemment applaudi leur poulain. Mais l’écrasante majorité du public est constituée de personnes ne s’intéressant qu’épisodiquement à la politique.

Comme les finales de la coupe du monde de football, ce genre de débat suscite la curiosité bien au-delà du cercle des aficionados. La supériorité intellectuelle de Macron fut certainement pour ce public l’élément majeur.

Marine Le Pen a constamment cherché à abaisser le niveau du débat pour le placer à l’étiage qui est le sien. Attaques ad hominem, ricanements permanents et sourires méprisants faisaient apparaître une femme politique déplaisante, à la limite de la vulgarité. Pour un grand nombre de téléspectateurs, la médiocrité éthique du personnage apparut ainsi au grand jour.

Une mauvaise image du Front National

Bien que les pronostics soient aventureux, il est probable que le Front National ne tirera aucun avantage électoral de ce débat. Comme l’a affirmé à plusieurs reprises Macron, les Français ne sont pas aussi bêtes que le pense Marine Le Pen.

Nombreux sont ceux qui ont perçu l’escroquerie politicienne portant la marque Front National à cette occasion. L’analyse n’est pas nécessaire. On peut être révulsé par la manière de se comporter de Marine Le Pen à ce niveau de responsabilité.

Imaginons un autre débat !

Ce débat fut le plus exécrable de tous les débats de second tour depuis 1974, date du premier d’entre eux (hélas ! l’âge me permet de les avoir tous vus), en tirant le niveau vers le bas pour des raisons électoralistes, la candidate du Front National n’a pas fait honneur à son pays.

Imaginons un tel débat entre Fillon et Macron : de la haute voltige, très certainement. Ou entre Mélenchon et Macron : on peut se situer politiquement loin de Mélenchon, mais on doit lui reconnaître une vaste culture, une compréhension fine des problèmes politiques, des analyses fortes. Bref, La France a été privée du débat qu’elle méritait certainement.

Voir les commentaires (9)

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  • Les supporters de marine vont certainement vous taxer de favoritisme et d’être totalement subjectif.
    Mais je n’en suis pas un.

    J’ai voulu regarder ce débat, et je n’ai pas pu tenir plus que quelques minutes d’affilée. Et à chaque fois que je rezappais, même problème. Une purge à suivre :/
    Que d’aggressivité ! de mépris de la part de cette candidate !

    Je souhaite un candidat qui propose, qui construit, qui veut batir un avenir. Elle s’est montré à l’exact opposé, et de la plus mauvaise des manières :/

  • Si vous voulez imaginer un débat qui aurait eu de la hauteur, il faut imaginer Fillon face à Mélenchon. Quoi qu’on pense des deux personnages, il n’y a aucun rapport avec les deux nullités d’hier soir. Au niveau de la structuration des programmes, de la qualité de leurs discours, de leur culture, tout, quoi.
    Car oui, Macron a été tout aussi nul que Marine, et il n’avait visiblement pas besoin d’aide pour ça. Il a multiplié lui même les injures, il n’arrêtait pas de couper la parole, il s’est plusieurs fois embrouillé dans des arguments fallacieux en essayant de démontrer que les accusations portées à son encontre étaient fausses (comme la maintenant fameuse vente de SFR, qui s’est conclue en avril 2014, c’est vrai, mais qui a été validée seulement en octobre, quand il était ministre).
    Si vous pouvez faire référence à une seule idée claire que Macron aura émise hier soir, je suis tout ouïe.
    Le seul message que j’ai retenu, moi, a été le « je veux rendre aux Français leur argent » de MLP, une sorte de « I want my money back »… C’est dire la profondeur du débat.

    • « Si vous pouvez faire référence à une seule idée claire que Macron aura émise hier soir, je suis tout ouïe. »
      J’en ai une, entendue au hasard de mes zappîngs intempestifs : Macron veut supprimer le RSI.

      (et simplifier les formalités administratives, aussi. Mais reste à voir les détails)

      • « Mais reste à voir les détails »
        Les diable se cache dans les détails. Comme ça, y’en a plein, mais strictement rien de concret, de tangible…

      • Et comme en France, pour simplifier il faut faire 10x + compliqué … 🙁

      • Il veut supprimer le rsi, bonne idée, pour l’intégrer au régime général, mauvaise idée.
        Il veut simplifier les formalités, bonne idée, mais comme on vient déjà d’avoir sous le gouvernement Hollande le fameux « choc de simplification », qui a vraiment décoiffé du chaton, reste t’il vraiment quelque chose à simplifier ? (on me dit à l’oreillette que finalement non, le choc de simplification était en fait le choc de ne voir finalement aucune simplification).

        • Vous soulevez une excellente question en fait : Est-ce qu’il peut à lui seul agir sur ces points, avec les pouvoirs de président ?
          … n’y a-t-il pas surtout une responsabilité des députés / sénateurs pour régler ces problèmes ?

          Car dans ce cas nous avons une opportunité énorme d’agir : devenons députés ou militons / faisons *hier notre député pour qu’il agisse dans le bon sens !

      • Le RSI sera remplacé. Par quoi ? Un RSI bis ?

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