Le non-débat sur le climat durera-t-il longtemps ?

Loupe by Peter Hellberg(CC BY-SA 2.0) — Peter Hellberg, CC-BY

En matière d’environnement, faut-il des politiques collectives, coercitives et excessivement coûteuses ou une politique de laissez-faire créatif, qui permet de développer des solutions sans a priori ?

Par Michel de Rougemont.

Les politiques énergétiques, fiscales, agricoles, urbaines, etc., sont actuellement de plus en plus justifiées par un soi-disant consensus climatique alors qu’il ne peut y avoir consensus sur les projections faites par les modélisateurs. Ces politiques prennent un sens et une portée foncièrement différents selon que l’on accepte ou non les dogmes de l’urgence climatique et du collectivisme. Éviter de débattre de leur fondement n’est pas une simple erreur, mais une faute.

Scientifiques engagés et politiciens y ayant des intérêts n’aiment pas que l’on mette en cause la doctrine climatique dominante. Ils prétendent alors que la science est dite, settled, une fois pour toute. Pourquoi donc cette envie de clôturer tout débat avant même de l’entamer ?

Bien sûr que revenir sans cesse à des attributions catégorielles – crédules anthroporéchauffistes d’un côté, climato-sceptiques voire négationnistes de l’autre – ne mène à rien, c’est une forme de simplisme qui ne permet que de s’échanger des coups, voire des insultes, sans essayer de comprendre de quoi il retourne.

Au-delà des questions scientifiques fondamentales, observations effectuées et phénomènes impliqués, la climatologie est actuellement utilisée pour établir des projections pour le futur selon des scénarios variés. C’est sur la base de ces extrapolations (extra- et non inter-, point très important) que se décident des politiques climatiques. La gamme des possibilités est vaste car elle s’étend entre le rien faire et l’interventionnisme mobilisateur de toutes les ressources humaines et matérielles de la Terre pour mettre sous contrôle un climat qui était bon en soi et que l’on aurait déréglé.

Dans les mains des experts

Un expert est une personne disposant de connaissances et d’une vaste expérience lui permettant d’évaluer une situation et de présenter son évaluation de manière intelligible à des non-experts, prenant soin de bien montrer le domaine de validité de ses conclusions et de son expertise.

Il est douteux qu’existe une expertise climatique qui permette d’appréhender de manière maîtrisable l’évolution à terme du climat, car l’expérience manque et la multiplication de simulations par ordinateur ne développe pas le champ des connaissances. Les « expériences in silico » cherchant à reproduire le passé (hindcast) sont même loin d’être convaincantes car elles chauffent de 2 à 4 fois plus vite que la réalité.

Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste pointu pour constater que l’expertise bien fragile repose sur des exagérations systémiques. Non seulement trop de ces experts trahissent leur raison d’être, mais encore, en se mettant sans discernement au service d’une cause, ils ne lui rendent même pas de bons services. En Suisse romande les médias consultent régulièrement une géographe spécialiste des forêts ou une urbaniste qui se laissent dénommer complaisamment climatologues alors qu’elles n’ont aucune expertise à propos de la question cruciale, celle de la sensitivité du climat aux gaz à effet de serre et autres activités humaines ; pourquoi cette désinformation ?

Il est difficile d’accepter qu’il n’y aurait qu’une voie nécessaire, donc possible, celle préconisée par le GIEC dans son récent rapport spécial, fondé sur une science peu convaincante du point de vue de la qualité des modèles qui en dérivent et d’une anticipation du futur tenant, comme toujours, de la lecture de la boule de cristal. La cause est présentée comme certaine, avec un étroite marge de manœuvre à la clé, justifiant l’alarmisme. Ces certitudes n’ont pas grand-chose ni de scientifique ni de la nécessaire indépendance des experts.

C’est pourtant une posture irresponsable de leur part que de préconiser une totale décarbonation (85 % de l’énergie consommée dans le monde) dans un délai intenable, accompagnée de dépenses folles (2400 milliards de dollars par an, plus de 3 % du PIB mondial) et sans tenir compte d’autres nécessités et contraintes socio-économiques.

Il n’est pas étonnant que la confiance dans les experts soit généralement en baisse, lorsqu’il y en a tant qui sortent systématiquement de leurs compétences pour militer au service d’une cause. Cela n’est pas l’apanage du climat, on rencontre cela aussi chez des opposants effrénés de programmes de santé (vaccins), d’agriculture productive (OGM, pesticides) ou du nucléaire, mais pour le climat c’est parmi le mainstream que ça yoyote.

Question cruciale

Que chaque ppm supplémentaire de CO2 ou autres gaz à effet de serre contribue à un réchauffement est une chose, cela ne veut pas dire que l’on soit au bord du précipice ni même que celui-ci soit de grande profondeur. La question fondamentale est celle de la sensibilité du climat, de l’impact réel sur nos vies et de la marge de manœuvre à disposition pour que nous puissions nous sevrer des carburants fossiles sans pour autant tomber dans l’excès, ni celui de l’attentisme, ni celui de l’activisme à tout crin. Faut-il sonner l’alarme pour la prochaine décennie ou disposons-nous de siècles ?

Politiques climatiques

Face à de telles incertitudes le besoin se fait sentir de prendre des décisions, mir müen öppis mache disent nos Confédérés. Ce n’est pas une raison pour balayer ces incertitudes au prétexte qu’il y aurait un ordre supérieur exigeant de passer à l’action urgente quoi qu’il en coûte. C’est pourtant la position politique du GIEC, qui est désormais totalement sorti du cadre scientifique qu’on aurait pu croire être le sien. La COP24 de Katowice n’a heureusement pas entériné cette position, on se demande même à quoi ce grand pow wow aura servi.

À ces questions fondamentalement environnementales, des réponses politiques sont données. Il y a d’une part ceux qui se parent d’une vision d’un futur qui ne sera bien maîtrisé que par la mise en place de politiques collectives, coercitives et excessivement coûteuses, de préférence dirigées par une gouvernance globale pour régler un problème prétendument global. C’est l’habituel truc de la vision obligatoirement merveilleuse atteignable par le courage et les sacrifices de chacun et soumise au leadership des sachants.

D’autre part il y a ceux qui acceptent les incertitudes et qui, restant alertes aux éventuelles mauvaises surprises (black swans), préfèrent se donner un cadre permettant de s’adapter aux conditions changeantes et de développer des solutions par apprentissage progressif, et ce sans a priori. C’est une politique ayant confiance dans un laissez-faire plus créatif et plus efficace que toute planification, ce qui ne veut surtout pas dire que n’importe quoi soit possible ni souhaitable.

Les uns sont socialistes et étatistes, les autres libéraux. Il semble que les premiers sont en train de l’emporter, ce qui est grave.

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