Gilets jaunes : et si on lançait Le Bon Coin de la revendication syndicale ?

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Gilets jaunes : et si on lançait Le Bon Coin de la revendication syndicale ?

Publié le 27 novembre 2018
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L’ampleur du mouvement des Gilets Jaunes dépasse de loin le simple prix du carburant, ou le cadre d’une jacquerie fiscale, pour toucher directement les fondements de notre démocratie. Le pouvoir a face à lui la somme de toutes les colères et se trouve dans une impasse : faut-il toujours plus d’État ou, au contraire, ce dernier doit-il se retirer pour laisser davantage de place aux Français ? Mais comment faire pour que ceux-ci s’organisent ?

Dernièrement dans un tweet, Emmanuel Macron a dit qu’il voulait réconcilier la base et le sommet. Cette formule est révélatrice de la situation absurde dans laquelle se trouve l’un des présidents les plus ultra-jacobins que la France ait jamais eu. En effet, depuis son élection, la tendance est à la concentration du pouvoir, notamment par l’affaiblissement des élus locaux. Jacobin, centralisateur, voici donc Jupiter transformé en Atlas portant toute la misère du monde sur les épaules. Ce jeune quadragénaire aurait-il la prétention de régler seul l’ensemble de ces problèmes ?

Le voici bien isolé face à la rue et à sa somme de colères atomisées, dont il a lui-même remarqué que cela ne faisait pas un programme politique. Mais à qui la faute ? Il ne s’est pas mis tout seul dans cette situation inconfortable. Il n’y serait jamais arrivé seul, si cette Constitution conçue pour remettre entre les mains d’un seul homme le destin de nos vies, ne le lui avait pas permis. Le problème étant que nous voici prisonniers — lui et nous, le sommet et la base — de cette structure verticale qui laisse si peu de place aux volontés individuelles et les contraint dans un carcan où toute initiative est corsetée dans un filet administratif, législatif et fiscal centralisé… Si le mouvement des Gilets Jaunes a toutes les apparences d’une jacquerie, ce serait une faute d’analyse grave que de le réduire à cela, car il présente surtout toutes les prémisses d’une révolte d’un peuple qui se rebelle contre la confiscation du pouvoir par un seul homme.

Or ce dernier a bien compris que dans ce combat qui l’oppose lui et ses soutiens contre le reste de la France — cette fameuse base — il n’y a qu’une seule issue : pour gagner, il faut jouer des divisions entre ces colères hétérogènes. Il est vrai que loin de s’additionner, celles-ci se divisent en autant de chapelles, même si le matraquage fiscal hors du commun est la raison qui les unit pour manifester. Aussi, les éditorialistes s’interrogent pour savoir s’il s’agit d’un mouvement de gauche ou de droite. Les politiques, quant à eux, de gauche et de droite, des extrêmes et du centre, font des pieds et des mains pour récupérer la fronde. Des initiateurs de la vague se sont prononcés pour un retour de l’ISF, pendant que d’autres ont bloqué les approches d’une perception afin de signifier le ras-le-bol fiscal. Certains veulent encore plus d’État, pendant que d’autres réclament qu’on leur lâche les baskets. On se demande alors comment un seul homme, bien qu’il ait fait sien le « en même temps », sera en mesure de répondre à toutes ces demandes.

La situation est donc inextricable, et on attend le lapidaire « On a tout essayé». À moins que… le pouvoir renonce à ses prérogatives et laisse les Français se débrouiller. Qu’il cesse de les contraindre par des lois absurdes et de les forcer à payer des charges iniques. Qu’il les laisse prendre davantage d’initiatives et de responsabilités. Pour cela, nous ne voyons qu’une solution et elle ne dépend pas du programme d’un homme ou d’un parti politique, mais elle passe par une réorganisation totale du modèle social à la française. Puisque les Français ne veulent pas renoncer à celui-ci, mais qu’ils ne peuvent plus payer pour le financer, pourquoi ne pas laisser les citoyens s’organiser ? Concrètement, plus aucun programme politique ne pourra répondre à la somme des demandes — et d’ailleurs les Français ne croient plus dans aucun parti — et diriger la société française en mode vertical. Par contre, si on encourageait la création de syndicats libres et indépendants – de vrais syndicats de service financés par leurs adhérents — ils pourraient plus facilement apporter la réponse attendue par les Françaises et les Français que n’importe quel homme politique. Ils pourraient représenter plus directement les intérêts de leurs membres. Le syndicalisme français retrouverait ainsi une tradition mutualiste plus respectueuse des aspirations collectives.

Comment atteindre cet objectif ? Une fois de plus, la technologie pourrait apporter une solution. Il suffirait de lancer plusieurs plateformes qui soient en quelque sorte des « Bons Coins de la revendication syndicale ». Ne doutons pas un instant que les Gilets Jaunes sauront s’emparer de ces outils pour s’organiser en fonction de leurs intérêts socio-professionnels. Chaque individu pourra construire sa demande et rencontrer une offre sur mesure. Voici une piste à creuser et qui ne demanderait aucun effort aux politiques, ne coûterait rien du tout à l’État, voire permettrait de diminuer certains budgets… Et en finir avec le fardeau fiscal.

Comme par magie, on passera ainsi du « one size fits all » dans lequel l’État, le paritarisme et leur modèle monopolistique veulent nous enfermer à une offre citoyenne respectueuse des libertés. Une vraie solution aux idéaux respectables des Gilets Jaunes qui réclament vouloir vivre décemment de leur travail.

L’État, quant à lui, n’aura plus qu’à se concentrer sur ses prérogatives régaliennes, en délégant ces tâches… Et Jupiter, délesté de sa base, pourra repartir à ses rêves de sauver la Terre.

Par le collectif « Laissez faire les Français ».

Ferghane Azihari,

Philippe Fabry,

Serge Federbusch,

Édouard Fillias,

Jean-Louis Guénégo,

Sabine Herold,

Sébastien Laye,

Jean-Paul Oury,

Guy André Pelouze,

Marc Rameaux,

Éric Verhaeghe

Cette tribune a été publiée une première fois dans L’opinion

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  • J’ai rien compris à l’histoire du bon coin mais sinon le diagnostic est bon sur les syndicats. Le seul moyen est « simplement » de leur couper les vivres. Cela n’arrivera qu’avec la faillite de l’état car je vois pas comment cela peut arriver dans le cadre d’une mutation volontaire du système. Faut il que cela arrive le plus vite possible ? Je ne sais pas.

  • Parfait.
    Où en est le projet ?

  • Initiative intéressante. Il y a en effet un problème de confiscation du pouvoir que M. Macron va essayer de contourner en annonçant des « mesures » qui aggravent ce problème.

  • Pas très clair le concept du BonCoin. On depose ses revendications et puis quoi ? Le principe du BonCoin c’est l’échange de particulier à particulier. Et l’article parle de syndicalisme.

    Sinon la proposition de choisir son gouvernement privé parmi plusieurs est très intéressante.
    Mais comment mettre cela en place sachant qu’il y aura toujours la pression fiscale et politique du gouvernement public ?

    PS: impossible de trouver le collectif sur Facebook

  • Bonjour,

    Je vous conseille ce livre absolument jouissif, éclairant avec un peu d’histoire « vrai », l’histoire d’une entreprise française (oui oui française) qui fonctionne sans syndicats.

    https://nicolascordier.blog/2012/02/04/lentreprise-qui-croit-que-lhomme-est-bon/

    http://www.favi.com/management-favi/comment-un-petit-patron-naif-et-paresseux-innove-2/

  • Couper les vivres aux syndicats officiels car ils manquent d’adhérents et encourager « la création de syndicats libres et indépendants – de vrais syndicats de service financés par leurs adhérents » est une bonne idée.

    Une plateforme Internet permettrait d’envoyer sa liste au Père Noël avec tous ses desiderata. Les profils des différents syndicats nécessaires pour répondre à l’ensemble des demandes seraient construits sur la base des listes qui présentent des demandes compatibles.

    Ensuite chacun consulterait les profils de chaque syndicat pour décider d’une adhésion éventuelle ou envoyer une nouvelle liste pour mieux préciser ses desiderata dans l’espoir que le profil d’un syndicat supplémentaire émerge auquel il puisse adhérer.

    Ce serait bien d’essayer à titre accessoire. Cela suppose que pour l’essentiel l’État soit capable de se recentrer sur ses missions régaliennes et qu’il s’y tienne au lieu de s’en affranchir.

    C’est bien d’avoir ce genre de rêve avec l’idée que tout ce qui existe a d’abord été rêvé.

    • L’obsolescence de l’Etat français qui devient trop coûteuse tient au fait que l’évolution se fait par différentiation et non par uniformisation. Par conséquent, il n’y a plus de majorité possible et chaque groupe minoritaire qui prend le pouvoir est destiné à exercer une tyrannie illégitime sur les autres groupes minoritaires qui ne peuvent que rejeter cet abus de pouvoir.

      D’où la nécessité d’un État recentré sur des missions régaliennes essentielles qui permettra aux groupes minoritaires de bénéficier d’un État de droit légitime et puissant qui favorise leurs contributions respectives à la prospérité du pays assez évolué pour inventer ce type de démocratie.

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