Comment l’État compte désarmer les propriétaires d’armes à feu

Water guns by Fujoshi Bijou (CC BY-NC-ND 2.0) — Fujoshi Bijou, CC-BY

Ce qui transpire de la législation, c’est la volonté de supprimer petit à petit l’accès aux armes en y allant « à la découpe ». L’État ne spolie pas brutalement, il va faire en sorte de tarir la source.

Par Rodolphe Sanguinetti.

Il y a bien longtemps que Descartes a été jeté aux oubliettes avec les Bastiat, Montesquieu, de Tocqueville. Seuls subsistent en France les Orwell, Huxley, Vaïner, Rand… Témoins visionnaires de l’État tentaculaire tout-puissant. Et au-delà de cette volonté d’omnipotence, l’État s’annonce aussi omniscient. Concrètement, il « sait » mieux que vous, et ce dans tous les domaines.

Les armes à feu n’échappent pas à la règle. Ainsi, chercher pourquoi un propriétaire d’AR-15 (terme général pour définir la famille des M16 / M4 américains) est la cible de l’administration française ne sera qu’une perte de temps.

Alors comment le propriétaire d’AR-15 est-il touché par le nouveau décret 2018-542, sorti en catimini le 30 juin dernier et qui vient enrichir le millefeuille de contraintes existantes ? Eh bien tout dépend du propriétaire.

Explication par l’exemple

Prenons par exemple deux cas distincts, que nous appellerons Marie-Antoinette et Jean-Baptiste, pour résumer les deux principaux types de propriétaires de cette arme. Marie-Antoinette est braqueuse et terroriste dans le civil1, l’AR-15 fait partie de ses outils de travail.

À l’interdiction étatique, Marie-Antoinette répond « Va donc manger de la brioche ! », parce qu’elle ne supporte pas qu’un État soit restrictif envers les femmes ; le machisme, c’est fini ! De plus, Marie-Antoinette a gardé un je-ne-sais-quoi d’ancien régime que paradoxalement, l’État comprend très bien et accepte, lui aussi étant resté très « ancien régime » malgré son emballage démocratique. Il est fort avec les faibles, faible avec les forts. Bref, elle n’est absolument pas touchée par ce décret et pourra donc continuer une carrière que l’État lui souhaite longue et prospère.

Pour Jean-Baptiste, l’AR-15 est un objet de détente, car l’arme n’entre pas dans son métier. Il détient l’arme légalement, ne l’utilise qu’en tant que tireur de loisir, ou de compétition quand il se sent performant. Et là, Jean-Ba va tout prendre en pleine poire. Car il faut bien qu’il y en ait un qui trinque, c’est ça, l’art de la politique. Alors à ta santé Jean-Ba !

D’aucuns, très certainement taquins, voire subversifs, me diront que Marie-Antoinette présente toutes les caractéristiques d’un individu hors-la-loi (si si, un peu quand même…). En effet, mais la loi ne s’appliquant qu’à ceux qui la respectent, l’État français a préféré taper là où c’est facile.

Le préambule de la circulaire de mise en œuvre du décret est à ce titre éloquent :

« Public concerné : les détenteurs légaux d’armes à feu (chasseurs, tireurs sportifs, collectionneurs). »

Vous voyez bien que les criminels n’entrent pas dans le champ d’application du décret.

Mais attendez, tout comme le soviétisme décrit par les frères Vaïner fabrique des pauvres à la chaîne, l’État a cette faculté fantastique de fabriquer des hors-la-loi à tour de bras.

Durcir la loi pour fabriquer du hors-la-loi

Déjà, il faut savoir où classer son arme, son AR-15 dans notre exemple. En étant taquin, je répondrai : ça dépend de l’AR-15.

L’Europe a en effet défini trois nouveaux paragraphes pouvant héberger le Black Rifle, en plus de ceux déjà existants. Et, magie de la drogue consommée à haute dose (la proximité de la Hollande certainement), Bruxelles a permis à des AR-15 de se retrouver dans plusieurs paragraphes en même temps.

Il y a donc maintenant 7 catégories qui, tels les 7 samouraïs, pourront découper le tireur en fines tranches au moindre écart de sa part.

Bref, nous, propriétaires légaux d’AR-15 sommes condamnés. Mais à quoi ? Je vous invite à jeter un œil aux illustrations connexes avant de reprendre le fil de l’article. Un tableau est plus explicite qu’un long discours :

Le but presque avoué : désarmer les civils

Le flou dans la rédaction de ce décret est-il sciemment entretenu, de manière à foutre la trouille aux propriétaires et ainsi ratisser large ? Si j’adopte ce ton caustique qui tend à faire passer nos législateurs pour de gentils incompétents primesautiers, n’oublions pas qu’ils ont un tout autre dessein en tête.

Le document publié par la Commission européenne quatre jours après le Bataclan trace les grandes lignes de ce qui attend les propriétaires légaux d’armes à feu pour les années à venir.

Dans le collimateur des hauts fonctionnaires, les armes à feu semi-automatiques, dont les AR font partie. Mais plus généralement, le fameux « délit de sale gueule », comme le démontre le document 2015/0269 de la Commission européenne.

Les armes semi-automatiques ressemblant à des armes automatiques doivent monter en catégorie A7 et se retrouver interdites aux civils. Le paragraphe 2 de l’article 6 précise bien qu’il sera impossible de conserver ces armes, même pour les civils. Seuls les musées le pourraient, et encore, après neutralisation. La « totale » n’a pas pu passer d’un coup (à la grande surprise de notre aréopage auto-satisfait), alors on va y aller en saucissonnant.

Car ce qui transpire de la transposition française, c’est bien la volonté de supprimer petit à petit l’accès aux armes en y allant à la découpe. Pas fou, l’État ne spolie pas brutalement, il va faire en sorte de tarir la source. C’est ce qui est maintenant en place pour les ex-full auto : on ne peut plus acquérir, on ne peut plus vendre. Belle façon de tuer le marché sans en avoir l’air.

Détenteurs d’armes, débrouillez-vous tout seuls !

Hélas, comme toujours, les détenteurs d’armes devront s’informer par eux-mêmes. Et si les préfectures tentaient une campagne d’information ciblée (on peut rêver…), le résultat n’en serait pas mieux, le logiciel qui recense les armes à feu sur le territoire (répondant au petit nom d’AGRIPPA) étant complètement vérolé.

Pourquoi pas un envoi de la circulaire d’application à tous les détenteurs enregistrés ? Non plus… J’ai eu beau scruter la boîte aux lettres, sans succès. Tout se passe comme si l’État omniscient lâchait soudain l’affaire et laissait le détenteur dans la panade qu’il a lui-même mise en œuvre (qui a dit « comme toujours » ?)

Ne reste donc plus que les détenteurs face à l’adversité. Ni la Fédération, ni le Service Central des Armes créé pour l’occasion (Comité Théodule s’il en est), ni les préfectures (qui ne comprennent rien à ce gloubi-boulga), ni les armuriers (qui ont bien d’autres chats à fouetter), ni les présidents de clubs (qui se retrouvent « auxiliaires vérificateurs FINIADA »2, ni moi, qui tente de décrypter ce foutoir, ne trinquera si le détenteur fait une simple erreur d’interprétation.

Il sera seul responsable. Ses seuls recours : plonger lui-même la tête dans le CSI3 ou demander à une association de défense de l’assister. Mais surtout, pas de démarches à la légère. L’État est devenu fou et entend bien lui faire payer les frais de psychiatrie.

Sur le web

  1. Les lois sur la parité homme/femme m’obligent à placer 50 % de femmes dans cet article.
  2. FIchier National des personnes Interdites d’Acquisition et de Détention d’Armes.
  3. Code de la Sécurité Intérieure, Partie réglementaire, livre III, à partir de l’article R311-1 et suivants, consultable sur légifrance.gouv.fr.