Affaire Benalla : une saga et que des perdants

Le casting probable d’un second tour Mélenchon – Macron s’installe tranquillement dans le paysage politique français si nous n’y prenons pas garde… Une tribune libre pour comprendre cet aspect essentiel de l’affaire Benalla.

Par Bruno Pineau-Valencienne.

Enfin les vacances, et l’occasion de tirer un premier bilan de ce mauvais polar qui aura défrayé la chronique pendant plus d’un mois et durant lequel la classe politique se sera écharpée sur les péripéties de ce Monsieur Benalla dont nous n’entendrons plus parler dans 6 mois. Celui-ci, inconnu du grand public, du haut de ses 26 ans, a sans conteste outrepassé ses droits mais n’a tué personne… Certes une faute grave a été commise, essentiellement due à une certaine inexpérience de la part de ce subordonné dynamique et actif, pas porté à une très grande compassion, il faut bien le dire, pour ces activistes de la gauche radicale qui n’ont pas hésité eux-mêmes à enfreindre la loi en jetant furieusement des bouteilles de verre sur les forces de l’ordre.

Dans tout le brouhaha de ces dernières semaines rappelons, avec le recul nécessaire, certains faits qu’il conviendrait de replacer dans leur contexte.

Si une affaire Benalla similaire avait été révélée sous la présidence d’un Hollande ou d’un Sarkozy elle n’aurait probablement pas eu le même retentissement. En effet, durant sa campagne Emmanuel Macron a commis l’erreur d’avoir mis la barre beaucoup trop haut en nous promettant une République exemplaire, suscitant de facto des attentes immenses. Cette bourrasque allait donc en toute logique provoquer l’ire des électeurs et des observateurs politiques qui lui ont reproché de ne pas avoir mis fin à plus de 40 ans de pratiques politiques officieuses et de clientélisme.

Des vieux briscards de la politique

Comment pouvait-il en être autrement puisque fondamentalement, le chef de l’État a dû s’entourer de vieux briscards de la politique avec leurs travers, us et coutumes, pour pouvoir s’imposer. Sans les Collomb, Ferrand ou même Bayrou, Emmanuel Macron n’aurait pas franchi les grilles de l’Élysée. Le nouveau monde tant espéré par les Marcheurs apparaît donc en plein jour comme une illusion…

Nul besoin de rappeler qu’en matière d’officines, les prédécesseurs d’Emmanuel Macron en connaissent un rayon : La Mission C sous de Gaulle, pilotée par le sulfureux Foccart contre l’OAS, l’affaire Boulin, les disparitions mystérieuses de Grossouvre ou Bérégovoy, sans oublier les coups tordus des anciens du SAC sous la bienveillance d’un Charles Pasqua ou d’un Pierre Debizet ont été autrement plus meurtriers que ce vulgaire Benallagate.

Emmanuel Macron perpétue en quelque sorte la tradition, toute proportion gardée, mais à la différence que cette saga estivale relève d’avantage du fait divers que d’une affaire d’État.

Par ailleurs, soulignons que par son statut, le président de la République demeure responsable ès qualités, c’est-à-dire non pas pour ce qu’il a fait, ou non, en tant que personne physique, mais pour ce qui lui incombe en tant que dirigeant au même titre qu’un administrateur d’entreprise. En conséquence, sa stratégie de communication qui a consisté à garder le silence le plus longtemps possible nous a semblé parfaitement cohérente, et en adéquation avec les prérogatives de sa fonction, quoiqu’en disent les médias. Attendons-nous vraiment d’un président de la République qu’il intervienne personnellement pour endosser les habits d’un DRH ?

Quant à l’opposition, elle n’a pas su nous démontrer, une fois de plus, qu’elle était capable d’incarner une alternative crédible. L’avons-nous entendu avancer des propositions constructives en matière de gouvernance ? La droite jacobine, anti- libérale n’a nullement profité des déboires d’Emmanuel Macron, soulevant ainsi de sérieuses interrogations sur sa capacité à créer les conditions gagnantes pour entraîner ses troupes vers la victoire le moment venu.

Débattre des vrais défis

Au lieu de participer à cette curée médiatique, nous aurions aimé l’entendre interpeller le gouvernement et débattre des vrais défis qui se posent aux Français comme la situation préoccupante de nos finances publiques, la nécessaire réingénierie de l’État, l’inquiétante dette abyssale qui continue de se creuser, hypothéquant lourdement l’avenir des générations futures. Cette même opposition continue également à se montrer timorée voire aphone sur des enjeux cruciaux liés, entre autres, à la pression phénoménale des flux migratoires, à l’explosion démographique de l’Afrique qui comptera dans un avenir proche près du quart de l’Humanité, à la concurrence mondiale, celle de la Chine et des pays émergents lesquels risquent de précipiter le déclin économique de la France si nous n’améliorons pas rapidement la compétitivité de nos entreprises.

Le cas de Monsieur Benalla nous parait vraiment secondaire ou dérisoire et les responsables politiques de l’opposition ont manqué cruellement de hauteur en éludant les débats de fond ! Le silence coupable sur les vrais sujets semble pour certains confortable mais le péril l’interdit…

En conséquence se profile un scénario cauchemardesque dont personne n’a vraiment pris conscience aujourd’hui. Le casting probable d’un second tour Mélenchon– Macron s’installe tranquillement dans le paysage politique français si nous n’y prenons pas garde puisque cette opposition de bric et de broc qui vocifère d’une même voix fait en réalité le lit des Insoumis, la droite française restant quant à elle confrontée à deux écueils majeurs : un manque patent d’imagination et un sérieux problème de leadership.

Le sursaut de la France lucide se fait attendre, avec au premier rang des personnalités de la société civile, des acteurs du privé, des associatifs, et des élus locaux, à l’instar de Ciudadanos, porteurs d’un vrai discours disruptif et libéral.