L’endettement de la France devient-il dangereux ?

La dette publique risque de continuer à croître, entraînant des charges pour le budget de plus en plus lourdes, et laissant aux générations suivantes le soin de porter ce fardeau.

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L’endettement de la France devient-il dangereux ?

Publié le 25 juin 2018
- A +

Par Claude Sicard.

S’interdire de recourir à l’endettement pour alimenter notre économie ne peut que conduire à des taux de croissance du PIB très réduits.

La France est un pays qui alimente sa croissance en recourant à l’endettement. Aussi la dette publique augmente-t-elle régulièrement depuis 40 ans. Elle est passée de 12 % du PIB à la fin de la période des Trente Glorieuses à 60 % en 2000, puis à 80 % en 2010, pour atteindre, à présent, 97 % de la richesse produite annuellement. Fin 2017, elle se montait à 2.218,4 Md€ selon l’Insee .

La charge de cette dette, c’est-à-dire le montant des intérêts à servir aux créanciers, est devenue très lourde : 41,2 milliards dans le budget de 2018, un montant supérieur au budget de la Défense nationale qui s’élève à 32,4 milliards. Le Trésor, par ailleurs, doit faire face aux échéances des crédits venant à terme. En 2018, l’agence France Trésor indique qu’elle va devoir emprunter sur les marchés 195 Md€ pour couvrir le déficit du budget de l’État et procéder au remboursement des crédits arrivant à échéance. Cette somme est considérable.

On ne peut donc pas manquer de se demander pourquoi existe-t-il cette nécessité permanente de notre économie de s’endetter, chaque année. Et si le recours à l’endettement est indispensable à notre économie pour croître, comme cela semble être véritablement le cas, que va-t-il donc se produire, demain, lorsque notre pays ne pourra plus s’endetter ?

Les bailleurs de fonds risquent de se montrer, dans les années à venir, de plus en plus réticents, et, notre pays, s’il veut demeurer dans l’Union européenne, ne peut pas continuer à enfreindre les traités en matière de déficit budgétaire et d’endettement.

Endettement : seuil critique et seuil dangereux

Notre gouvernement, sous la pression de Bruxelles, vient de se plier à l’obligation de ramener le déficit du budget de l’État en dessous de la barre des 3 % du PIB, qui est une des deux règles imposées par les accords de Maastricht, et nous sortons ainsi de la procédure engagée par la Commission européenne pour des déficits excessifs.

Mais nous sommes très loin de respecter la seconde règle, celle qui limite à 60 % du PIB l’endettement à ne pas dépasser par chaque pays membre. Plusieurs pays dont l’économie fonctionne bien parviennent à respecter cette règle, même en n’étant pas dans l’UE.

Le Danemark en est à 36,4 %, la Suède à 40,6 %, la Suisse à 44,9 % et l’Allemagne à 64,1%. Certes, ce ratio à 60 % n’a guère beaucoup de sens, mais il est la règle pour les pays appartenant au club de la zone euro. Pour les années à venir, les perspectives de réduction de notre dette ne sont guère encourageantes. Mathilde Lemoine, chef économiste du groupe Edmond de Rothschild, interrogée par Le Figaro, estime que « réduire vraiment la dette à moyen terme est improbable  ».

La dette du pays se monte maintenant à pratiquement 100 % du PIB, un niveau que les économistes estiment dangereux de franchir. Deux chercheurs américains de l’université de Harvard, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff se sont rendus célèbres par leurs travaux sur la relation existant entre la dette extérieure des pays et leur croissance.

Ils sont parvenus à la conclusion, après des recherches approfondies portant sur de longues séries historiques, qu’il ne faut absolument pas dépasser le taux de 90 % du PIB. Au-delà, l’endettement affecte négativement la croissance. Certes, ces travaux ont été critiqués, mais le FMI a, néanmoins, confirmé qu’il avait fait de ce ratio sa doctrine, disant : «  La barre de 90 % est un bon point de référence ».

Aux origines du déséquilibre

Notre pays se trouve donc avoir largement dépassé le seuil critique des 60 % du PIB fixé par les accords européens, et il se trouve à présent au-delà du ratio de 90 % du PIB retenu par le FMI. La question se pose donc de savoir si notre économie va être capable, non pas tant de rembourser ses dettes, ce qui ne pourra intervenir éventuellement que dans un futur très lointain, mais, pour le moins, de continuer à croître, dans les années à venir, sans plus recourir à l’endettement ?

Il faut bien voir que malgré ce recours important à l’endettement, les performances de notre économie sont régulièrement plutôt médiocres. Le taux de croissance annuel du PIB est, depuis des années, sensiblement inférieur à la moyenne des pays de l’UE, le chômage malgré tous les efforts des pouvoirs publics pour le réduire se maintient obstinément à un niveau anormalement élevé, la balance du commerce extérieur est chaque année déficitaire, et tous les comptes sociaux sont maintenant passés au rouge. Que va-t-il donc en être, demain, si l’on entreprenait, comme cela devrait être désormais le cas, de cesser de recourir à l’endettement ?

Pour y répondre, il faut comprendre d’où vient le déséquilibre de l’économie française : à propos de la dette. Ce qui se passe, c’est que la puissance publique s’échine à donner à la population un niveau de vie supérieur à ce que l’économie du pays est, en fait, capable de lui procurer.

Certes, des économies sont à faire, et le gouvernement vient d’annoncer qu’elles vont se monter, pendant le présent quinquennat, à 3 points de PIB. Mais cela ne sera pas suffisant, car la cause fondamentale du recours à l’endettement pour croître se trouve dans l’affaiblissement dramatique de notre secteur industriel : son importance dans le PIB a été divisée par deux depuis la date d’entrée de la France dans la mondialisation.

Ce secteur que les économistes nomment, depuis les travaux de Jean Fourastié, le « secteur secondaire » de l’économie, ne représente plus aujourd’hui que 10,5% du PIB, alors que la norme européenne est à 20 %. Plusieurs pays européens sont d’ailleurs au-dessus de ce ratio : l’Allemagne en est à 24 %, la Finlande et la Suède à 23 % et la Suisse à 21 %. La France est devenue le pays le plus désindustrialisé à présent de tous les pays de l’UE, la Grèce mise à part.

Nous avons montré dans une récente contribution qu’il existe une très forte corrélation entre la production industrielle per capita des pays et le PIB par tête de leurs habitants. La France a une production industrielle per capita de 4 500 dollars, alors que l’Allemagne en est à 7 700, la Suède à 8 100, la Finlande à 8 900, et la Suisse a 12 400. Cette corrélation nous indique que si notre pays avait le même ratio de production industrielle par habitant que, par exemple, notre voisin d’outre-Rhin, le niveau de PIB par tête des Français s’élèverait à 44 000 dollars, soit un PIB de 2 950 milliards, chiffre à comparer aux 2 520 Md$ actuels.

Cette réduction de moitié de la taille de notre secteur industriel par rapport à ce qu’il devrait être nous coûte 430 Md$ de PIB chaque année. En 2018, l’État a prévu d’emprunter 195 Md€ sur les marchés, soit l’équivalent de 234 Md$. C’est, sensiblement, les recettes que ces 430 Md$ qui manquent au PIB lui procureraient, en impôts et taxes, selon le système fiscal actuel. Les réductions de dépenses programmées par notre ministre du Budget sont infimes par rapport aux quelque 234 Md$ qui font défaut du fait de l’affaiblissement dramatique de notre secteur industriel.

Vu l’immense déséquilibre que crée à notre économie l’amputation qu’a subie progressivement notre secteur secondaire depuis notre entrée dans la mondialisation, s’interdire de recourir à l’endettement pour alimenter notre économie ne pourra que conduire à des taux de croissance extrêmement réduits.

Il est hautement probable que ce gouvernement, tout comme un quelconque autre qui lui succédera, ne pourra guère se résoudre à accepter de gérer une situation de stagnation, car chacun attend notre président sur ses performances économiques. La dette publique risque donc de continuer à croître, entraînant des charges pour le budget de plus en plus lourdes, et laissant aux générations suivantes le soin de porter ce fardeau.

Article initialement publié sur Les Échos.

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  • Merci à Claude Sicard pour cette réflexion sur les causes de l’endettement de la France et sur le risque qui en découle.
    Les français, trompés par leurs gouvernants, aspirent à vivre et à dépenser au delà de leurs moyens.
    Le devenir de ce pays est pour le moins incertain…

    • Je ne dois pas être français car je n’aspire pas à vivre au dessus de mes moyens ?
      C’est l’Etat et les politiques au pouvoir qui en sont responsables !
      Avec tous les prélèvements que je subi, je vis plutôt à 50% de mes moyens.
      Je vivrais aussi bien avec 2 millions de fonctionnaires en moins et des budgets ministériels divisés par deux !

      • Oui, mais « pour vivre avec 2 millions de fonctionnaires en moins » et donc, pour vivre avec de meilleurs rémunérations, il faudrait évoluer en direction du libéralisme politique et économique.
        En Suisse, pays libéral de référence, le salaire moyen net versé est en moyenne 2 fois et demi plus élevé que celui versé en France.

  • à accepter de gérer une situation de stagnation

    On préfère remettre la m.rd. au chat sous le tapis.
    Ce sont les français de demain qui s’exposent aux aléas de la dette.
    Que se passe-t-ils quand les taux montent à 5% ❓
    Faillite ❓
    Est-il honnête de jouer avec l’avenir ❓ Avec l’avenir de vos enfants ❓
    La liberté n’est-elle pas préférable, quitte à arrêter de vivre au-dessus de nos moyens ❓
    Su le pays veut vivre comme cela, au moins qu’il augmente encore les impôts : cela fera augmenter le PIB :mrgreen:

    Il a les sans-dents. Il y aussi les sans-couilles 🙁

  • rien ne dit que les générations suivantes pourront rembourser notre dette ; il est fort probable qu’elle quitte la France qui est devenu un pays à l’avenir très incertain .

  • Rien de nouveau , tout le monde est au courant depuis des années . Mais les politiques mentent pour être élus ( ou réélus ) et la seule politique que pratiquent les électeurs est celle de l’autruche .

  • La dette publique de la France est de plus 2 200 milliards d’euros, soit quasiment ce que le pays produit de richesses en un an : 98 % du produit intérieur brut (PIB). Un record inégalé depuis la seconde guerre mondiale.
    La dette publique aujourd’hui est en grande partie le fruit de l’accumulation de ces déficits depuis quarante ans et aux non décisions sur la limitation du coût fonctionnarial et de la réduction drastique des dépenses d’état .
    « Nous avons toujours eu un fort déficit public, note François Ecalle, ancien conseiller à la Cour des comptes, président de l’association Finances publiques et économie. Parce que nous avons laissé ce déficit augmenter dans les périodes de mauvaise conjoncture, ce qui est normal, sans le réduire suffisamment dans les périodes où la conjoncture était meilleure, ce qui est critiquable. »
    Il n’est pas aussi dangereux d’être endetté pour un Etat que pour une famille ou une entreprise. car l’etat est éternel et il peut renouveler sa dette indéfiniment. Il est en outre difficile de déterminer à partir de quel moment cela devient problématique, car cela dépend de la santé économique…
    mais imaginons qu’une famille ou une entreprise ait une dette de 98% de ses rentrées mensuelles .
    c’est la faillite ! la saisie !
    si au mois de septembre les taux d’intérêt augmentent comme le prévoit les banques Wells Fargo Bank,et les autres principales banques aux États-Unis la JPMorgan Chase Bank ;la Citibank et la Bank of America qui font parti des banques prêteuses , (car la BCE n’est rien a coté) . nous risquons de nous trouver dans une période de turbulences importantes.

  • l’état peux suprimer dés fonctionnaires à l’a place il y aura des emplois vacataires donc cela ne résout rien…il l’a déjà fait avec fait avec les Régions. …et c’est une manière de créer de l’emploi ..quand vous sudventionné de l’emploi dans le privé. ..lors de future élection à des fins d’être réélu. ..supprimer toutes ces aides c’est 20% de chômage. ..de la population, nous sommes dans un système pourri …mais tout va bien !!!jusqu’à quand????

    • Vous êtes bien fataliste ! Si des emplois sont inutiles ou ne servent qu’à une petite minorité, pourquoi les remplacer par d’autres si vous les supprimez ?
      Lisez donc l’article « Paris gaspillage à tous les étages » (rubrique politique) ! Même si le cas est extrême ont doit retrouver le même phénomène un peu partout au niveau national et UE !

      • @ Gérard 27
        Que je sache, l’U.E. respecte plutôt bien son budget, sans créer de dette augmentant chaque année!

        • L’UE n’est pas endettée puisqu’elle fonctionne un peu comme un syndic de copropriété. Cela ne signifie pas que les fonctionnaires, élus, attachés parlementaires vivent chichement. Ce serait plutôt catégorie grand luxe pour cette couche supérieure du mille feuilles administratif.

  • au temps de barre l’excellent !!! il disait nous sommes à l’entrée du tunnel.. il n’ont jamais trouvé l’outil pour percer le tunnel !!!!
    ce fameux barre l’impôt était de 10% à son action il est passé à 30%…et de puis ces années là, la dette du PIB inexorablement à augmenter …

  • il faut au plus vite créer ou augmenter les impots avant que les entreprises ne meurent et ne puissent plus assurer le train de vie de nos €lus, payer leurs frasques et gabegies.

  • 2200 milliards de dettes officiels plus 4200 d’engagements de retraites non provisionnés financés par le secteur privé saigné à mort pour obtenir les faveurs électorales des bénéficiaires.

  • Il faut regarder la réalité en face et cette réalité est que les états ne
    peuvent A LA FOIS rembourser le capital et payer des intérêts sur
    leur dette. L’exemple de l’Allemagne qui en 2017 n’a diminué son
    endettement que de 47 milliards ramenant celui ci à 2093 milliards d’euros malgré d’énormes excédents commerciaux est tout à fait
    significatif de l’impossibilité des états les plus fragiles à réduire leur endettement dans le système actuel.
    La raison en est d’ailleurs très simple, car pour tous les états n’
    étant pas à l’équilibre budgétaire, le financement des dettes
    souveraines par les marchés financiers aboutit inévitablement
    à payer des intérêts sur les intérêts, ce qui sur longue période
    fait exploser l’endettement.
    Pour moi, il serait souhaitable de retirer aux marchés financiers
    le financement de ces dettes souveraines, pour le confier à la
    banque centrale européenne, à taux zéro mais avec obligation
    de remboursement du capital, par exemple de 0.50% du montant
    dû à la BCE par trimestre, au fur et à mesure des tombées de
    dette sur les marchés, de manière à ne pas provoquer de déstabilisation financière.
    En limitant l’intervention de la BCE au montant par exemple
    de l’endettement de chaque état au moment de l’accord pour
    mettre un terme à l’article 123 du traité de Lisbonne, on enclancherait un processus vertueux sans pour autant ruiner les
    populations.
    La différence entre les taux obtenus par les marchés financiers à
    la banque centrale et ceux consentis aux états n’est pour moi
    rien d’autre qu’une subvention qui ne dit pas son nom.

  • Les commentaires sont fermés.

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