L’élection du président des Républicains : une indifférence mortelle

Ce premier week-end de septembre, les Républicains ont fait leur rentrée à Angers. Sur fond d’élections internes, un danger guette le parti : l’indifférence qu’il suscite.

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Laurent Wauquiez en 2014 by UMP photos(CC BY-NC-ND 2.0)

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L’élection du président des Républicains : une indifférence mortelle

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 septembre 2022
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Quand vient la fin de l’été, arrivent généralement les universités d’été de tous les partis politiques, moments de retrouvailles solennelles et d’échanges constructifs sur l’actualité, les combats à mener et sur les échéances à préparer.

Cette année, plus que d’ordinaire, les rentrées des partis sont scrutées car elles ont lieu juste après les deux élections les plus importantes du calendrier électoral français. Et parce que les prochains mois s’annoncent mouvementés au vu de la configuration de l’Assemblée nationale.

Au mois de décembre prochain, la formation gaulliste va se choisir un nouveau président, un capitaine pour guider le navire endommagé. Cependant, il semble que la droite soit face à un problème : l’indifférence qu’elle suscite.

Une nouvelle page est sensée s’écrire pour elle mais, au fond, parmi les Français et l’opinion, qui semble s’en soucier ?

 

Des candidats qui ne proposent rien de nouveau

En France, plus qu’ailleurs, la politique est ainsi faite qu’elle ne peut se passer de leaders charismatiques et forts. Le fameux « homme providentiel » cher à notre histoire commune.

Les partis ont tenté de s’en dispenser en adoptant les primaires, sur le modèle américain. « Le réel, c’est quand on se cogne » disait Jacques Lacan : il n’est pas possible de balayer d’un revers de la main l’imaginaire politique de citoyens d’un même pays. Chaque formation politique doit avoir son chef pour exister, se projeter et garantir l’unité des troupes militantes. Le paysage politique actuelle le confirme : Emmanuel Macron, Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou et même Olivier Faure qui est en train d’imprimer sa marque dans l’opinion.

Alors, qui peut réussir à s’imposer chez les Républicains ? Au fond, aucun des candidats déclarés n’est identifiable ou ne suscite l’engouement.

Les premiers à avoir annoncé leur candidature sont Éric Ciotti et Aurélien Pradié. Deux lignes politiques antinomiques : un conservateur très centré sur les questions de sécurité et d’immigration mais qui a démontré qu’il avait du succès à l’intérieur du parti lors du congrès de fin 2021. De l’autre, un proche de Xavier Bertrand, qui revendique une position politique axée sur le social. Ces deux-là ne font pas l’unanimité. Éric Ciotti est considéré comme trop droitier et trop proche des idées d’Éric Zemmour, donc à même de dénaturer encore plus ce qu’est LR. Aurélien Pradié, lui, est perçu comme jeune et ambitieux. Peut-être trop pour le parti gaulliste. A contrario, il présente l’avantage d’être vierge des luttes intestines du passé.

Il reste un troisième candidat, enfin déclaré : Bruno Retailleau. Il semble avoir le profil qui peut rallier tous les courants de la famille des Républicains. Il a l’expérience, le passé et la reconnaissance de toutes les figures de la droite. Au Sénat, son rôle est important et il est respecté de tous. À un moment où LR a plus que besoin d’un rassembleur, il peut être le recours.

Notons que, la semaine dernière, Virginie Calmels, plutôt libérale et proche de la ligne d’Alain Juppé, a vu sa candidature refusée pour un vice de forme ; une candidature féminine refoulée qui laisse dans l’opinion publique l’image d’un parti dirigé par et pour des hommes. Il eut été préférable de la laisser concourir et de faire preuve de davantage de souplesse.

Le problème qui semble exister à droite est qu’elle risque de sombrer dans un réel anonymat. Le parti n’est plus aussi puissant que par le passé. Son actualité ne fait plus la Une des journaux. L’élection à venir ne déchaîne ni les passions ni les commentaires.

Il y a également une impression de potentiel déjà vu. En 2012 la guerre entre François Fillon et Jean-François Copé avait été le début du naufrage de l’ex-UMP. Aujourd’hui, les rivalités internes sont toujours grandes et il n’y a aucun leader charismatique capable de réunir tout le monde. Les idées politiques sont tellement différentes qu’il sera peut-être dur de toutes les concilier, quand bien même l’élection aurait tranché la question. La ligne Ciotti aura du mal à cohabiter avec la ligne Pradié et rien ne dit que le juste milieu Retailleau puisse les contenter.

 

Laurent Wauquiez, absent mais tellement présent 

Il ne pense qu’à 2027. La présidentielle à peine terminée et l’échec de Valérie Pécresse pas encore totalement digéré que l’un des grands visages de la droite actuelle pense déjà à la prochaine élection : Laurent Wauquiez. Ambitieux, reconnu comme très intelligent, il a décidé de ne pas briguer la présidence du parti et de se préparer dans l’ombre.

En effet, dans cinq ans, il y a un espace pour sa candidature : Emmanuel Macron ne se représentera pas, son parti pourrait ne pas avoir de successeur légitime, les rivalités pourraient naître entre son aile droite et gauche, rien ne dit qu’Éric Zemmour sera toujours dans la bataille politique ou que Marine Le Pen capte encore la majorité du vote populaire.

Le problème de cette configuration est que Laurent Wauquiez a un pied dedans et un pied dehors. Il entend rester, tel le gaulliste de l’image d’Epinal au-dessus de la « petite politique » : il veut aller à la rencontre des Français, sillonner le territoire pour définir les contours de son projet. Il entend se construire une image d’homme mûr, prêt et qui n’aura qu’à être adoubé par le parti pour le représenter.

L’affaire peut sembler plus compliquée qu’il n’y paraît. À droite, les choses se passent rarement comme on les imagine.

Revenons en arrière : deux ans après sa défaite, de peu, à l’élection présidentielle contre François Hollande, Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant laissé entendre qu’il en avait terminé avec la politique, est revenu pour sauver l’UMP en proie aux flammes. Il en a pris la tête et a mis tout en œuvre pour que, du fait de son passé de président, la primaire tant voulue par François Fillon n’ait pas lieu et qu’il soit désigné automatiquement. Du pur gaullisme en somme : un chef que l’on suit. Ses concurrents ont tout fait pour éviter cette désignation de facto. La primaire a eu lieu. Il a perdu dès le premier tour.

Plus récemment, Xavier Bertrand avait annoncé tôt au début de l’année 2021 sont intention d’être candidat en 2022. Il avait fait des élections régionales son coup de poker. En étant réélu, bien placé dans les sondages, souvent entre 14 et 16 %, il espérait que le parti LR déchiré en interne s’incline devant l’évidence de sa candidature. Encore une fois, le scenario a été déjoué puisqu’il a été contraint de participer au congrès et a terminé en quatrième position.

Oui, Laurent Wauquiez est populaire parmi une certaine frange de la droite. Il a même effectué la traversée du désert, depuis la déroute des européennes 2019, si chère aux gaullistes qui y voient, symboliquement, une forme de renaissance. Les chemins vers la présidentielle ne sont jamais tracés, encore moins cinq ans avant.

Celui-ci joue sur deux tableaux et peut susciter de la rancœur de la part des personnalités LR qui pourraient lui reprocher d’avoir joué sa partition individuelle tout en prônant le collectif le moment venu.

 

Édouard Philippe et Éric Zemmour pour rafler la mise ? 

Cette potentielle déconvenue LR pourrait profiter à ses rivaux de droite qui n’attendent que de dépecer ce qui en reste.

Le premier, tout le monde sait qu’il sera candidat en 2027, est Édouard Philippe. Il a une stratégie claire et limpide : s’imposer comme le nouveau chef d’un parti de droite, libérale et modérée qui doit remplacer LR et occuper l’espace à la droite de LREM. En l’occurrence, Horizons.

Un projet qui prend forme puisque l’ancien Premier ministre a réussi en moins de 10 mois à créer une structure politique solide, à mailler le territoire, rallier des élus, avoir son groupe à l’Assemblée et donc exister dans le débat national pour les prochaines années. Le discrédit de LR ne fait que renforcer le crédit d’Horizons : tous les partisans d’une droite modérée, européenne pourront quitter LR et se retrouver dans ce nouveau parti.

De l’autre côté de la droite, Éric Zemmour pourrait aussi en profiter. Il a toujours considéré les Républicains comme un parti vide idéologiquement et faisant fi de son passé RPR. Son aventure présidentielle lui a même permis de faire un meilleur score que les Républicains. Après sa disette médiatique et sa défaite aux législatives, il semble que son parti et ses cadres commencent à réfléchir à une stratégie pour revenir sur le devant de la scène. Aidé par les thèmes qu’il développe sans discontinuer dans ses livres, ses débats, son programme et aidé par une actualité, souvent, tragique, il entend réaliser la fameuse union des droites. Et, par la même occasion, achever ce qui reste des LR.

Si, d’aventure, la ligne Ciotti était insuffisamment reconnue dans la période qui s’ouvre, il est possible que nombre d’électeurs de droite plus radicaux décident de rompre les derniers liens qu’ils ont avec leur formation d’origine pour rallier Éric Zemmour.

LR doit craindre ces deux concurrents de deux droites parce qu’Édouard Philippe ainsi qu’Éric Zemmour sont des chefs identifiés et identifiables dans l’opinion et que leurs partis ont ce que le parti gaulliste n’a plus : un positionnement politique clair.

 

L’indifférence avant la séparation finale ? 

La droite semble être condamnée à jouer les seconds rôles ou à susciter l’indifférence. Le parti, l’élection à venir ainsi que les candidats ne sont pas identifiés ou ne font pas parler d’eux. Quelles sont les seules propositions connues des Républicains ? La réduction des déficits publics, la sécurité, l’immigration. Un programme qui n’en est pas un à un moment où les Français ont besoin de nouveauté et d’audace politique.

L’élection est cruciale dans la mesure où elle peut être perdant/perdant : soit elle se déroule sereinement mais dans l’anonymat. Soit les lignes politiques ne peuvent pas cohabiter et le parti se videra inéluctablement. Le vrai problème n’est pas tant celui des personnes mais des idées. Peut-être un nouveau président saura-t-il rénover le parti. Mais, si aucun projet novateur n’est proposé, ce sera la fin. Et si le risque principal couru par LR était l’indifférence qu’il suscite désormais dans l’opinion ?

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  • Il y a beaucoup trop de coqs dans ce poulailler. Le bon sens paysan voudrait que. Tout en tuant le père qui touchait le cul des vaches, et le grand père dont tout le monde se fiche comme de l’ an 40.

  • L’éviction de Virginie Calmels, il fallait oser. Mais ils osent tout, …

  • Qu’ont ils fait lorsqu’ils étaient au pouvoir ? Rien de plus que les socialistes. Alors…. on s’en fout, ils sont comme les autres. Opportunistes et fainéants : ils ont eu 10 ans (1 mandat Hollande + 1 mandat Macron) pour préparer un programme ; et en 2022, ils n’avaient aucun programme. Chapeau !!!

  • Peut être que ce n’est pas une question d’idées, ou de personnes dans une moindre mesure, mais le retour inévitable de l’ordre spontané. La vie politique ne peut se résumer à 2 grands partis qui font la pluie et le beau temps. Il y a bien trop de diversité et de complexité dans la société mal prises en compte. On assiste depuis De Gaulle à des constructions bipartites imposées par le régime présidentiel et son mode de scrutin, donc artificielles et verticales. Cela va pour un temps car comme l’exprime la sagesse proverbiale : chasser le naturel, il revient au galop.
    Mais voilà le poisson dans son bocal ne pense jamais au bocal..

  • Il y a peut-être une raison à cette « indifférence ». Quels sont les sujets qui monopolisent les media? Les écolos jusqu’à en avoir la nausée, les polémiques stupides sur des traits d’humour, les orages, les inondations, le bien-être de la planète, le steak et les repas à la cantine, les sorties de ceux qui nous gouvernent, etc. Finalement, on finit par ce déconnecter de tout ce cirque sans intérêt.

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