Emmanuel Macron à la recherche du « en même temps » perdu

Former un gouvernement d’Union nationale serait à l’évidence une façon habile de faire revenir la maîtrise du « en même temps » à l’Élysée.

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Emmanuel Macron à la recherche du « en même temps » perdu

Publié le 23 juin 2022
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Info du 22 juin 20 h 08 : Emmanuel Macron écarte pour l’instant l’idée d’un gouvernement d’union nationale, pense trouver une « majorité plus large » pour gouverner et s’accroche à un échange positif entre l’exécutif et le législatif pour avancer au service des Français. Hormis l’immense progrès d’avoir bouclé l’affaire en moins de huit minutes, une allocution type soir d’élection qui n’apporte pas grand-chose. 

Emmanuel Macron devrait être content. Le « en même temps » qui a fondé son accession initiale au pouvoir, ce mode d’action qui consistait à aller chercher les bonnes idées partout où elles se trouvaient, sur sa gauche comme sur sa droite, tout en faisant de sa ligne politique un objet composite se revendiquant « ni de droite ni de gauche » a été si bien adopté par les Français qu’ils se sont dotés d’une Chambre des députés particulièrement apte à obliger le Président de la République à considérer toutes les forces en présence dans l’Hémicycle.

Quand je parle des Français, je ne signifie nullement qu’ils forment un bloc politiquement uniforme, ni qu’ils se seraient concertés d’une façon ou d’une autre pour aboutir à la composition actuelle de l’Assemblée nationale dans laquelle la coalition présidentielle rate la majorité absolue de plus de 40 sièges sur 577. De nombreuses aspirations très différentes ont joué, de multiples promesses à l’opposé les unes des autres ont su capter l’attention des électeurs – urgence climatique, urgence sociale, urgence civilisationnelle, besoin de stabilité, retraite à 65 ans contre retraite à 60 ans, hausse du Smic, chèques inflation, etc.

Il n’empêche qu’à l’issue de tous ces mouvements browniens, un facteur domine tous les autres : le jeune Président doré sur tranche de 2017 s’est montré tellement sûr de lui au point de n’avoir même pas jugé utile de faire campagne pour sa réélection en 2022 qu’il a subi comme jamais sous la Cinquième République le vote sanction des Français. Emmanuel Macron ne pourra plus s’amuser à picorer à sa guise sur sa droite et sur sa gauche ; il ne pourra plus dicter les votes du Parlement ; il ne pourra plus concentrer tous les pouvoirs entre ses mains élyséennes.

En 2017, le « en même temps » s’était concrétisé dans une série de débauchages massifs à droite et à gauche afin d’élargir au maximum la future majorité présidentielle. Le contexte de l’époque, mêlant fin crépusculaire du quinquennat Hollande, victoire de Hamon à la primaire de gauche et déboires judiciaires des Fillon à droite, s’y prêtait. Darmanin, Le Maire, Philippe d’un côté, Le Drian, Collomb, Rugy, Castaner, Pompili et même Robert Hue, ex-secrétaire national du PCF, de l’autre, tous accoururent, charmés par l’enthousiasme printanier du (relativement) nouveau venu dans le panier de crabes politicien. Comme envoûtés, les Français suivirent le mouvement.

Rien de tel aujourd’hui. La magie du renouveau qu’Emmanuel Macron a tenté de faire revivre n’opère plus. Quant au « en même temps », les droites et les gauches préfèrent s’en charger directement elles-mêmes depuis l’Assemblée sans qu’on leur tienne la main depuis l’Élysée.

S’il s’agit de trouver des convergences avec Jean-Luc Mélenchon, ce que M. Macron ne s’est pas privé de faire entre les deux tours de l’élection présidentielle, ou s’il s’agit de s’intéresser aux électeurs du Rassemblement national, comme on voit plusieurs personnalités macronistes le professer soudain depuis dimanche soir, autant Mme Le Pen que son alter ego de l’extrême gauche, autant les écologistes que les Républicains sont maintenant en mesure d’avancer eux-mêmes leurs propositions avec une excellente probabilité qu’elles soient examinées par leurs collègues députés. À ce petit jeu-là, même les partenaires Modem et Horizons de M. Macron peuvent faire entendre leur différence.

Reste à savoir comment les partis se saisiront de cette liberté législative retrouvée. Ils doivent savoir que la France les regarde. Le vote à la proportionnelle est l’une des grandes mesures mises en avant par de nombreux partis, dont l’extrême gauche et l’extrême droite, pour redonner du sens démocratique à la représentation nationale. Or la nouvelle composition de la Chambre basse n’est pas très éloignée d’une représentation proportionnelle. Le blocage systématique des projets de loi du gouvernement d’un côté, le refus systématique des amendements proposés par les oppositions de l’autre conduiraient à un immobilisme qui décrédibiliserait complètement ce mode de scrutin et propulserait une nouvelle demande de présidentialisme.

Reste à savoir également ce que M. Macron compte faire pour tirer son épingle du jeu. Ce mercredi 22 juin en milieu d’après-midi, à l’issue des discussions qu’il a eues avec tous les représentants des partis politiques représentés, on nous annonce que le Président de la République s’adressera ce soir aux Français. On apprend également via Fabien Roussel (PCF) puis Marine Le Pen (RN) qu’il a évoqué l’hypothèse de former un gouvernement d’Union nationale lors de ses entretiens avec l’un et l’autre. Une hypothèse qui n’est pas sans rappeler le CNR ou Conseil national de la Refondation qu’il souhaite créer sur le modèle du Conseil national de la Résistance de 1943-44.

Ce serait à l’évidence une façon habile de faire revenir la maîtrise du « en même temps » à l’Élysée.

Mais l’on sait aussi qu’Emmanuel Macron peut très bien s’exprimer au « 20 heures » pour ne rien dire. Juste occuper le terrain, temporiser, dire qu’il a entendu les demandes des Français, éventuellement faire une annonce périphérique qui finira dans l’oubli le plus total, comme en son temps le projet Action publique 2022 d’Édouard Philippe ou plus récemment le Collectif citoyen sur la Vaccination.

Ce qui compte vraiment, c’est le projet politique. Puisqu’il tient tant à nous parler, alors qu’il a consciencieusement esquivé avant l’élection la déclinaison d’un programme trop engageant dans un sens ou dans un autre, pourrait-il enfin nous dire où il compte aller, avec qui et comment ? Il serait temps ; mais au fond, il est déjà trop tard. Frénétiquement engagé à la poursuite de son « en même temps » perdu, M. Macron ne réussit qu’à être à contretemps. Ça promet.

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  • Ils ne se sont pas concertés, les Français. Mais ils ont eu ce qu’ils voulaient.
    Avant l’élection, 60 % voyaient d’un bon oeil une majorité relative de la Macronie.
    Depuis, ils sont 71 % à s’en déclarer satisfaits.
    Ces élections n’ont pas fait que des malheureux. Aux politiciens désormais de ne pas briser (trop vite) ce bonheur fragile.

  • Si elle est éloignée du srutin proportionnel, par exemple Ensemble aurait 77 sièges de moins (soit 31% de moins, c’est considérable) et Reconquête en aurait 26 au lieu d’aucun.
    Faisons confiance à Macron pour pilonner LR jusqu’à scission partie vers LREM et partie vers RN.

  • Nous constatons après les élections quel les politiques de tout bord prônent que maintenant il faut discuter trouver des compromis etc..
    Mais lorsque ils détiennent le pouvoir absolu pas compromission.
    Donc maintenant si ils découvrent le parlementarisme ils peuvent franchir le Rubicon est changer la constitution
    Sortir de ce régime jacobin et de redonner le pouvoir au parlement avec une séparation des rôles
    Le président représente la France sans aucune intervention sur le parlement
    Un premier ministre élu par l assemblée nationale.
    Tiberle contra…

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