Législatives 2022 : Macron va devoir apprendre à parlementer

La situation n’est pas idéale, il faut le reconnaître. Mais un peu de parlementarisme pour contrebalancer le tout bureaucratique peut ouvrir la porte à plus de libertés.

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Législatives 2022 : Macron va devoir apprendre à parlementer

Publié le 28 juin 2022
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Victorieuse à la présidentielle mais fortement contestée après les élections législatives, la Macronie va devoir transiger, négocier et réinvestir le champ parlementaire. Et ce n’est pas vraiment dans ses habitudes.

Le triomphe d’Emmanuel Macron en 2017 est aussi le triomphe de l’hyperprésidentialisation du régime. Porté en triomphe par les médias et bénéficiant d’une confortable majorité à l’Assemblée, le nouveau président peut s’imaginer Jupiter. Il s’entoure de technocrates chargés d’appliquer à la lettre ses consignes et exige l’obéissance absolue de sa majorité à l’Assemblée, constituée d’un parti fantoche de nouveaux venus à la politique et de vieux routiers ralliés sur le tard. Le tout est d’abord une machine de guerre destinée à mettre en place les décisions d’un exécutif devenu omnicompétent.

 

Le technocrate Macron

Certains ont pu reconnaître derrière la prétention au renouvellement macronien le retour aux pratiques du pouvoir gaulliste des origines, mâtiné du narcissisme médiatique propre au sarkozysme. Dans tous les cas, le style Macron se distingue de celui de ses prédécesseurs par son imprégnation technocratique, qui considère tout ce qui n’est pas lui comme incompétent ou nécessitant d’être mis sous tutelle. D’où sa difficulté à s’enraciner politiquement, tout comme ses relations compliquées avec les élus, les collectivités locales et même les simples citoyens qui n’ont pas le bon goût d’appartenir au petit clan parisien de l’énarchie.

La crise des Gilets jaunes n’a fait que révéler de manière assez brutale le fossé creusé entre technocratie et revendications populaires. La hausse des prix des carburants a allumé la mèche d’une contestation sociale qui s’est répandue à travers le pays, occasionnant une réponse brutale, désordonnée et à la limite de la légalité d’une Macronie qui n’avait rien vu venir. La monarchie républicaine est aussi une tour d’ivoire qui n’a cessé de s’isoler depuis les promesses réformatrices de la campagne du candidat Macron.

Avec la crise sanitaire, la dimension autocratique du macronisme n’a fait qu’empirer. Plutôt que de suivre le régime juridique prévu en cas de crise sanitaire grave, le gouvernement Macron a fait le choix de créer un état d’urgence sanitaire sur mesure, calqué sur celui sécuritaire.

Sans doute qu’en prévoyant des pouvoirs étendus au ministre de la Santé, l’article 3131-1 du Code de santé publique n’en donnait pas assez au locataire de l’Élysée lui-même. S’en est suivie une période d’extension du contrôle social et de la surveillance sans précédent au nom de la prévention sanitaire, qui a culminé avec la centralisation de toutes les décisions au sein d’un Conseil de défense aux décisions largement discrétionnaires.

 

Macron obligé de négocier ?

Si Emmanuel Macron a réussi le tour de force d’enjamber la campagne présidentielle, assurant sa réélection à la tête du pays, il a aussi généré suffisamment de frustration pour qu’une partie de l’électorat le lui fasse payer à l’occasion des législatives. Sur fond d’abstention massive, la coalition électorale de la majorité présidentielle n’obtient qu’une majorité relative qui va devoir l’obliger à collaborer avec les autres factions élues face à lui. Le suivisme politique envers les initiatives jupitériennes semble bel et bien bien terminé. Sa position nouvelle l’oblige à impliquer davantage les parlementaires dans la fabrication de la loi, et les groupes hostiles à la majorité présidentielle sont suffisamment nombreux et structurés pour contrôler plus attentivement les débordements de l’exécutif.

Dans un essai intitulé De la Ve république à la constitution de la liberté (2008), Jean-Philippe Feldman donnait quelques orientations pour sortir la République française de l’ornière de la servitude. Il écrivait que le Parlement devait retrouver ses pouvoirs strictement législatifs :

Il détient deux missions fondamentales : la surveillance de l’exécutif et le vote de la loi. Une loi, impersonnelle et majestueuse, et non pas une poussière de texte à la légitimité douteuse. Le Parlement doit jouer son rôle de contre-pouvoir : « une Constitution n’est bonne que tant qu’elle est un remède aux abus de l’administration », écrivait David Hume.

Encore faudra-t-il que l’opposition ne s’enferme pas dans l’obstruction systématique et la production de lois publicitaires, et que de son côté l’exécutif et le parti majoritaire acceptent le principe de co-production du droit. Ce n’est pas gagné.

La situation n’est pas idéale, il faut le reconnaître. Mais un peu de parlementarisme pour contrebalancer le tout bureaucratique peut ouvrir la porte à plus de libertés, y compris malgré l’esprit illibéral des factions politiciennes en présence.

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