Des soignants, poussés à bout, démissionnent

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Les personnels sont surchargés avec la pénurie et les démissions de soignants mais ils sont aussi épuisés par la surcharge administrative et les exigences sanitaires de la covid.

Par Bernard Kron.

Les démissions et le blues des blouses blanches ne datent pas de la pandémie.

Cette situation décrite dans le livre Blouses Blanches colère noire paru cette année connaît cependant son acmé avec la covid.

Non seulement les personnels sont surchargés avec la pénurie de soignants mais ils sont aussi épuisés par la surcharge administrative et les exigences sanitaires de la covid. Les tracasseries, les rappels d’urgence les jours de repos compte tenu de la pénurie des personnels multiplient les démissions et de nombreux blocs opératoires ferment.

Ce phénomène est pourtant ancien mais s’est aggravé brutalement faute de mesures efficaces. Le Ségur de la santé n’a rien réglé car sans une réforme de l’organisation ce ne sera que des dépenses à fonds perdus.

En effet, l’année 2019 avait déjà été marquée par l’exaspération des personnels avant la pandémie. Les personnels étaient déjà à bout, les grèves et les conflits s’étaient multipliés.

Des suicides trop nombreux ont témoigné de leur désespérance et cela a recommencé avec la pandémie.

Les suicides 

« Le suicide n’est rien d’autre que quelques secondes d’une fatigue trop lourde. »

Lassés de tous ces combats, des blouses blanches se suicident. (extraits du livre Blouses Blanches colère noire) 

À l’heure où Simone Veil entrait au Panthéon, un chirurgien dans un grand hôpital d’Ile-de-France, pourtant solide et expérimenté, a craqué. Il était de garde. Une garde certes chargée, avec une activité soutenue, mais c’était comme d’habitude. À l’issue d’une intervention, il lâcha pourtant : « J’en ai assez, je suis fatigué, je m’en vais. » Il retourna dans son bureau, ferma la porte, ce qui n’était pas dans ses habitudes.

Au bout d’un certain temps, les infirmières du service, surprises de ne pas l’avoir vu ressortir, frappèrent à la porte. Elle était verrouillée. Elles passèrent par le balcon. Et là, elles le découvrent inanimé. Il est aussitôt transféré en réanimation, dans un état très grave. Il décéda une semaine plus tard.

« C’est un choc terrible pour nous tous », déclara la directrice. « C’est un homme expérimenté, il est dans le service depuis trois ans, un très bon professionnel », note un de ses collègues qui précise : « Un homme simplement discret, on ne sait pas grand-chose de sa vie. » Ce chirurgien se tait, puis ajoute : « Son geste, que voulez-vous que l’on puisse en dire ? Ce que l’on voit, c’est qu’il a fait ce geste à l’hôpital, dans son bureau et pendant une garde… »

La situation très complexe que traversent aujourd’hui les hôpitaux devrait interpeller les décideurs mais ce n’est pas le cas, pas plus que des suicides parmi les internes.

Tout paraît suspendu aux mesures décidées par le gouvernement avec la nouvelle Loi ma santé 2022. Elle ne prévoit pas de réformer l’organisation administrative, le mal absolu.

État des lieux et causes des démissions pourtant connus de tous

La fatigue, le burn-out avec des salaires médiocres l’expliquent. Le système de financement avec la tarification à l’activité (T2A) s’est révélé contre-productif dix ans après sa mise en place. Il incite à privilégier certaines activités dites rentables, et à multiplier les hospitalisations, les examens complémentaires et les actes.

Chaque année, les mois de juillet et d’août étaient depuis des années des moments encore plus difficiles pour les hôpitaux avec les congés. Rien n’a été fait en 2019 pour anticiper cette dégradation. La grève des services d’urgence et les démissions sonnaient le tocsin.

La pandémie a interrompu tous ces mouvements en 2020

Toute la grogne et les colères rentrées sont en train de rebondir. Il ne faudrait pas attendre la fin de la pandémie pour remettre à plat tout le système. La volonté du législateur manque face à d’autres priorités. Il se contente d’éteindre quelques incendies.

La liste est longue des hôpitaux dans lesquels les soignants sont globalement en souffrance. On pourrait parler de celui de Cayenne où les 17 médecins urgentistes avaient démissionné en 2018 pour dénoncer le manque d’effectifs.

Le CHU de Pointe-à-Pitre en 2019 et l’hôpital de Vierzon, qui était en grève illimitée, ou celui de la Croix-Rousse à Lyon. À l’AP-HP la situation n’est pas meilleure obligeant à fermer des blocs opératoires faute de personnels et à à déprogrammer la chirurgie non urgente.

La cinquième vague automnale n’est qu’à son début mais rien n’a été mis en place pour sauver le système au bord de l’explosion.

La crise de la santé va s’inviter à la campagne présidentielle car tout le système est à reconstruire.

Diminuer d’un tiers le nombre des personnels administratifs permettrait de former et de recruter 100 000 soignants sans modifier les budgets.

Quel candidat voudra et saura le faire ?

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