Covid-19 : comment réagir face à la perte relative d’efficacité des vaccins ?

Corona vaccine by Japanexperterna.se (CC BY 2.0) — Japanexperterna.se, CC-BY

La diminution de l’efficacité vaccinale et l’abandon de la recherche de l’immunité de groupe doivent amener à repenser la politique de santé contre le covid.

Par Alexis Vintray.

La durée de l’immunité contre le covid-19 apportée par les vaccins est depuis ses débuts la grande inconnue. On estime bien l’efficacité à date du vaccin à un instant donné mais estimer la durée de son efficacité et une résistance aux variants est un exercice périlleux. Heureusement, le temps permet d’apporter des éléments de réponse.

Une immunité contre le covid-19 qui semble diminuer sensiblement

Les pays ayant été les premiers à vacciner permettent donc d’offrir des résultats intéressants, en amont de ce qui nous attend en France. Les retours semblent tous aller dans le même sens, en Israël ou aux États-Unis. Et ils ne sont pas particulièrement rassurants à ce stade malheureusement.

Israël, pays qui a vacciné le plus rapidement, a pu estimer la chute de l’efficacité du vaccin en premier : l’efficacité du vaccin Pfizer contre les infections aurait chuté à 39 % selon les résultats encore préliminaires d’une étude diffusée par le ministère israélien de la santé. L’étude doit cependant encore être confirmée en raison de soucis potentiels de données. La vague précédente de la même étude, deux semaines plus tôt, annonçait 64 %, une baisse bien plus modérée mais réelle aussi. Heureusement, selon cette même étude, l’efficacité reste forte contre les formes graves.

Une tendance confirmée aux États-Unis

Aux États-Unis, selon une nouvelle étude de la CDC, l’efficacité des vaccins Pfizer et Moderna contre le variant Delta tombe à 66 %. L’étude, publiée le 24 août a été menée auprès du personnel hospitalier et des centres de soins à travers six États américains. Grâce à des tests hebdomadaires, il a été possible d’estimer l’évolution de l’efficacité des vaccins.

Entre décembre 2020 et avril 2021, l’efficacité des vaccins Pfizer et Moderna contre l’infection par le covid-19 était ainsi estimée à 91 %. Elle a depuis chuté sur les dernières semaines à 66 %. Selon les auteurs de l’étude, la baisse est due à deux facteurs : diminution dans le temps de l’efficacité des vaccins et résistance plus élevée du variant Delta aux vaccins actuels. Une baisse réelle mais qui, à deux tiers d’efficacité, souligne toujours l’utilité de la vaccination, en particulier pour les personnes à risque.

Une autre étude menée par des chercheurs de la fédération hospitalo-universitaire et de recherche américaine Mayo Clinic a été publiée mi-août 2021. Selon elle, ces mêmes vaccins réduisent respectivement le risque d’hospitalisation de trois quarts, contre plus de 95 % précédemment.

Immunité de groupe, le mauvais objectif

Dans le même temps, et de manière probablement liée, les déceptions s’accumulent sur l’immunité collective. On observe que le pourcentage de la population vaccinée nécessaire pour atteindre l’immunité est sensiblement plus élevé qu’estimé. Israël a du déchanter ainsi ces dernières semaines.

En France, le réalisme commence à gagner aussi. Alain Fischer, le monsieur Vaccin du gouvernement, a ainsi déclaré sans ambages :

La vision que l’on peut avoir de l’immunité de groupe aujourd’hui n’est malheureusement pas celle d’il y a dix-huit ou même six mois. Si l’immunité de groupe peut être atteinte ou non, je ne sais pas, c’est devenu un challenge très ambitieux que je ne trancherai pas.

La possibilité de vacciner suffisamment pour atteindre l’immunité de groupe devient donc de plus en plus une chimère, qui masque un échec bien plus préoccupant : à vouloir vacciner tout le monde, la France a raté le plus grave, vacciner les personnes à risque, en particulier les plus âgées. Alors qu’en Espagne par exemple, les taux de vaccination des plus de 70 ans tutoient les 100 %, la France est à peine à 80 %. Pour les 60-69 ans, la France est à peine à 70 %, vs 90 % en Espagne.

Ce raté est préoccupant car c’est la classe d’âge la plus à même de développer des formes graves et de mourir du covid (âge médian de 84 ans). Il serait plus que temps de s’inspirer de la méthode espagnole avec une prise de contact systématique auprès des plus âgés. A minima, il convient de changer de priorité pour faciliter la vaccination des plus âgés au lieu des plus jeunes.

Vivre avec le coronavirus

Malheureusement le focus reste aujourd’hui sur la vaccination de masse plutôt que la vaccination ciblée. On encourage chacun à se vacciner, non pour se protéger soi, mais pour protéger tout le monde dans un espoir de disparation complète du covid. Olivier Véran a ainsi menacé d’une prolongation du pass sanitaire si « le COVID ne disparaissait pas de nos vies dans les trois prochains mois ».

Mais qui peut croire que le virus va disparaître de nos vies à court terme ?

L’épidémiologiste Martin Blachier déclarait ainsi il y a quelques jours :

Quoi qu’on fasse, le virus continuera de circuler.

Un constat tristement réaliste.

Et d’ajouter :

Quand il circule il vaut mieux que ce soit dans une population vaccinée sinon ça embouteille les services de réanimation.

Alors que les troisièmes doses semblent devenir la nouvelle normalité en Israël et possiblement demain en France et que l’immunité de groupe semble inatteignable, à quel moment changeons-nous de cours ? S’il devient impossible de faire disparaître de nos vies le coronavirus sans deux injections chaque année, un masque en permanence, etc., quand choisir de modérer les restrictions ?

Agir avec proportionnalité

L’objectif d’une politique de santé n’est pas de supprimer tout risque d’infection, mais de le faire avec proportionnalité. Alors que l’élimination pure et simple du covid devient chaque jour plus irréaliste et que monte le coût humain des mesures prises pour entraver la maladie, il faut oser remettre en cause les approches menées jusqu’à présent.

En 2021, la France restera légèrement sous son niveau de PIB de 2019. En comparaison, les États-Unis seront à près de 3 % au-dessus de leur niveau de 2019. Pourtant, les États-Unis ont un taux de mortalité inférieur à la France. L’Allemagne aussi sera en croissance 2021 vs 2019, avec une mortalité maintenue inférieure à celle de la France.

Le bilan économique est mauvais, et cela sans même compter le bilan humain : élèves en détresse dont le niveau scolaire a baissé, en particulier dans les familles les plus pauvres, une personne sur 7 en symptôme dépressif à l’issue des confinements selon la Drees, pour ne citer que les cas les plus emblématiques.

Enfin, la vaccination quasi-obligatoire via le bras armé du pass sanitaire braque les esprits et nourrit le mouvement antivax alors que l’hésitation vaccinale diminuait déjà fortement comme l’a constaté The Economist :

Hésitation vaccinale (The Economist)La vaccination reste un geste médical fort qui doit être librement consenti. Nul besoin de souscrire à la désinformation antivax sur les effets secondaires des vaccins pour considérer qu’il vaut mieux convaincre que contraindre, et écouter les craintes plutôt que de braquer. La politique actuelle fait pourtant l’inverse.

Rappelons que l’OMS ne recommande pas la vaccination des enfants et encourage plutôt à la vaccination mondiale de toutes les personnes à risque, qualifiant de « scandale moral » l’attitude actuelle des pays développés.

Le pass sanitaire ne doit pas être prolongé

Beaucoup ont pu accepter des privations temporaires de liberté, pour la bonne cause. En particulier en espérant que la vaccination de masse permettrait d’atteindre l’immunité collective. Force est de constater que cela n’est plus accessible.

Il faut en tirer les leçons, faute de quoi, comme le souligne le journaliste de Libération Jean Quatremer, « si l’on prolonge le pass sanitaire, alors on rentre dans un autre type de société ».

Il faut en effet rappeler que le Conseil constitutionnel avait insisté le 5 août sur le fait que la mesure devait être temporaire et ne semblait alors justifiée que jusqu’au 15 novembre.

Le pass sanitaire servant de manière assumée ou non à augmenter la vaccination de masse, il est temps de l’abandonner et sans regrets. Ce qui ne signifie pas renoncer à la vaccination tout court, au contraire. Mais, comme pouvait aussi le dire Martin Blachier, il faut « que la vaccination se fasse pour une protection individuelle de la population » et qu’ « on vaccine des gens qui sont à risque ».

Grâce à la science, nous sommes mieux équipés que jamais pour faire face au Covid. Avec des vaccins certes imparfaits mais largement efficaces pour protéger les plus fragiles d’entre nous. Utilisons les et ne nous trompons pas de combat, à essayer vainement de faire du monde un espace sans aucun risque.

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