Le numerus clausus en médecine : chronique d’une catastrophe annoncée

La France a su créer les conditions idéales d’une pénurie de médecins alors que les besoins médicaux n’ont jamais été aussi hauts.

Par Kevan Saab.

imgscan contrepoints 2013-2503 numerus claususSi les pénuries de médecins et les délais d’attente ubuesques sont devenus au fil des années une réalité du quotidien pour les utilisateurs du système de santé français, ces désagréments apparaissent bien faibles au regard de ce qui se prépare. Comme nous allons le voir, la pénurie de praticiens n’est pas près de s’arranger.

En France, le nombre d’admis en deuxième année de médecine est contrôlé chaque année par le gouvernement grâce au système du numerus clausus. Ainsi, peu importe la note obtenue à l’examen, un étudiant en médecine ne pourra passer en 2ème année que s’il se classe parmi les 8.000 premiers (numerus clausus de 2012). Ce quota, appelé numerus clausus, est fixé chaque année de manière relativement arbitraire par les facultés sous la houlette du ministre de l’Enseignement supérieur. Au passage, les étudiants en médecine ne sont pas les seuls à y être confrontés puisque toutes les professions de santé réglementées y sont soumises (médecin, pharmacien, dentiste, sage-femme, infirmière, kiné, etc.). Et, comme le montre le graphique suivant, le quota annuel d’admissions a connu une franche baisse pendant 25 ans avant de commencer à remonter au début des années 2000 :

numerus clausus

Seulement voilà, comme le pointe très bien l’Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé (IRDES), on ne peut pas maintenir un numerus clausus ridiculement bas sans provoquer de risque de pénurie, sans compter que d’une part la population française n’a pas cessé d’augmenter depuis et que d’autre part la proportion de senior a explosé (les séniors requérant plus de soins je le rappelle).

Pour faire simple, la demande à laquelle notre système de santé est soumis a bondi alors que l’offre de médecins fraîchement diplômés s’est effondrée comme le montre la courbe du nombre de diplômés en médecine en France.

Certes, il semblerait que les pouvoirs publics commencent à prendre conscience de la situation. En effet, on remarque une augmentation constante du numerus clausus entre 2001 et aujourd’hui. Augmentation qui nous ramène – tenez-vous bien – au niveau des années 70, alors que, comme nous l’avons vu plus haut, la population a augmenté mais aussi bien vieilli entre temps.

Allons donc voir chez nos voisins combien de médecins fraîchement diplômés sortent de leurs écoles et comment ces derniers s’apprêtent à faire face au défi du vieillissement de la population. L’OCDE mesure chaque année ce chiffre dont les résultats complets les plus récents pour tous les pays datent de 2007 :

diplômés médecine OCDE

Comme par hasard, la France se classe parmi les derniers avec 6 diplômés par tranche de 100.000 habitants quand la moyenne de l’OCDE est à 9,6, soit 60% de plus !

Pour n’arranger en rien la situation, une bonne partie des praticiens français sont désormais à quelques années de la retraite, l’âge moyen pour les praticiens en activité régulière s’établissant à 50 ans d’après le conseil national de l’Ordre des Médecins (Cnom). Dans ces conditions, les prévisions d’effectifs du Cnom sont tout bonnement alarmantes, malgré le fait que 27% des nouveaux inscrits à l’Ordre soient des médecins ayant été formés à l’étranger.

Une fois encore, grâce à un cocktail détonnant d’ignorance crasse, de corporatisme éhonté et de dirigisme sans borne, la France, par l’intermédiaire de son gouvernement, a su créer toute seule les conditions idéales d’une pénurie de médecins alors que les besoins médicaux n’ont jamais été aussi hauts.