La « croissance durable », nouvelle chimère de Bruno Le Maire

Fondapol Bruno Le Maire chez Parisien on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) — Fondapol - Fondation pour l'innovation politique,

La « croissance durable » est une vieille lune pour Bruno Le Maire, qui prétend « réinventer le capitalisme ».

Par Simone Wapler.

Bruno Le Maire prévoit pour 2022 un budget adossé à 4 % de « croissance durable ». Voici un nouveau concept du ministre qui prétend sans vergogne « réinventer le capitalisme ». En examinant cette loi de finance, n’importe qui peut toutefois comprendre que seuls la dette et le déficit seront durables et que la croissance sera quant à elle entamée par un dirigisme et un interventionnisme qui gaspillent des ressources précieuses.

La « croissance durable » est une vieille lune pour Bruno Le Maire. Dès janvier 2020, à l’occasion de ses vœux, il dégainait l’expression, comme le montre ce tweet :

 

Nous avons donc ici une définition : la « croissance durable conjugue prospérité économique et respect de notre environnement » et nous apprenons que la chimère a une couleur, la « verte ».

Il y aurait donc une « croissance éphémère », de couleur gris-pollution qui n’apporterait aucune prospérité économique…

Soyons sérieux, nous sommes tout simplement dans la nouvelle présentation d’une idée pastèque (verte à l’extérieur et rose dedans). C’est la vieille idée selon laquelle des esprits supérieurs doivent contrôler l’économie pour atteindre un objectif flou et non quantifiable : le bien commun ou l’intérêt général.

L’économie de marché et le capitalisme n’ont pas été inventés par un quelconque politicien et ne pourront donc pas être réinventés. Ce sont tout simplement des organisations sociales des échanges et des financements qui ont produit de la croissance. Même si elles sont imparfaites puisqu’humaines ces organisations optimales ont produit suffisamment de croissance pour nous faire passer d’une économie de subsistance à une économie d’abondance.

Ces organisations ont permis à de plus en plus de gens d’accéder à la sécurité matérielle et au bien-être. Lorsqu’on s’en éloigne, le niveau de vie baisse et la misère refait rapidement surface comme en témoignent de multiples expériences communistes ou même socialistes qui ont tenté de s’affranchir des lois du marché concurrentiel.

En pratique, la « croissance durable » s’obtient donc en s’écartant le moins possible de l’économie de marché et du capitalisme.

Le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), résolu en 1959 à rompre avec le marxisme lors du congrès de Bad Godesberg avait conclu :

Le marché autant que possible, l’intervention publique autant que nécessaire.

Mais Bruno Le Maire est loin de ce cheminement et nous attendons depuis janvier 2019 la version améliorée du capitalisme de celui qui n’a jamais œuvré à satisfaire des clients dans le secteur privé concurrentiel…

Loin de « réinventer le capitalisme », en raison d’une crise sanitaire mal gérée, Bruno Le Maire a mis à l’arrêt total l’économie française durant une partie de l’année 2021. Signalons au passage que l’interventionnisme sanitaire ne paye pas non plus : les résultats obtenus lors de l’épidémie de Covid ne dépendent pas des mesures restrictives prises par les pays comme le démontrent les statistiques.

En revanche, les résultats économiques, eux, ont pâti des confinements.

La France a donc connu une chute brutale de son PIB à la mesure de la brutalité des confinements, pratique moyenâgeuse justifiée par la nécessité de ne pas engorger un service public qui s’est arrogé le monopole des soins.

L’augmentation du PIB suite au déconfinement n’est pas de la croissance mais le rattrapage de l’activité perdue en 2021, rattrapage qui n’est d’ailleurs toujours pas terminé.

Le budget 2022 ou comment gaspiller davantage

Bruno Le Maire assure :

Le projet de loi de finances (PLF) de 2022 permettra une croissance durable. La croissance est forte en 2021 et le restera en 2022. L’objectif est d’atteindre 4 % en 2022. Ce qui explique la force de la croissance est la force de la relance. Nous avons lancé France relance à l’été 2020. Résultat, la moitié du plan de relance est engagé avec 50 milliards d’euros mobilisés et 70 milliards avant la fin de l’année […] cette croissance durable vise aussi bien la consolidation de l’activité que la croissance verte. Elle doit profiter à tous.

Prétendre que la relance financée par la dette ajoute du PIB revient à dire qu’on peut compenser une chute de revenus en prenant un crédit à la consommation. C’est d’ailleurs exact dans un premier temps, surtout si le crédit est gratuit !

Personne ne peut prédire la croissance de 2022. Elle ne dépend pas de Bruno Le Maire, ni de Bercy, ni du gouvernement. Quant à la merveilleuse (selon Bruno Le Maire) dynamique de 2021, elle mérite un peu d’arithmétique élémentaire.

Voici les taux d’évolution trimestriels du PIB donnés par l’INSEE :

Source Tradingeconomics

Nous partons de 100 en janvier 2020. Avec -5,7 %, puis -13,5 %, puis +18,6 % et enfin -1,1 %, les 100 de janvier 2020 sont devenus 94,3, puis 81,57, puis 96,74 et enfin 95,68.

Pour revenir à l’état initial de janvier 2020, il faudrait une croissance totale en 2021 de 4,5 %. Nous n’en sommes pour le moment qu’à 1,1 %. La « croissance » de 2021 n’est que la poursuite du rattrapage de ce qui a été perdu en 2020.

BFM TV se fait l’écho complaisant de l’enthousiasme de Bruno Le Maire qui enfile les contre-vérités comme des perles :

La croissance ne tombe pas du ciel, et elle est d’abord alimentée par la relance, a souligné le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, lors d’un point presse. En résumé, le PLF 2022, c’est : baisse d’impôts, soutien à l’investissement, soutien à l’emploi.

Premièrement, la croissance ne tombe pas du ciel, c’est entendu, mais elle n’est pas le fruit des dépenses publiques, qui plus est financées par la dette. C’est ce que prouve presqu’un demi-siècle d’historique de notre pays : depuis 1974, les déficits s’empilent, la dette se creuse et la croissance économique est inférieure à celles de pays voisins mieux gérés.

Deuxièmement, il ne peut pas y avoir de baisses durables d’impôts sans baisse des dépenses publiques et rien n’est fait ni prévu dans ce domaine.

Troisièmement, les investissements rentables n’ont pas besoin de soutien d’argent public, que ce soit du déficit ou de l’argent des contribuables. Or ce sont les investissements rentables qui créent de vrais emplois bien rémunérés et sont le moteur de la croissance de la prospérité.

Relance verte et croissance durable ne sont que démagogie pour maquiller l’incurie

La « relance verte » détourne de l’argent vers des secteurs non rentables comme les énergies intermittentes, des secteurs subventionnés (comme l’agriculture bio, encore plus fortement subventionnée que l’agriculture conventionnelle), etc. Les politiciens français sont incapables d’apprendre de leurs propres erreurs et même de celles des autres. Ainsi le tournant énergétique allemand initié par Angela Merkel est une catastrophe qu’on nous propose de reproduire en France.

La « croissance durable » est un concept inepte de plus probablement pour glaner des voix écologistes en cette période pré-électorale. Les écologistes y seront probablement insensibles car ils ont passé la vitesse supérieure, prônant désormais la décroissance. Ils oublient simplement que 7 milliards d’individus retournés à l’état de chasseurs-cueilleurs, ça ne serait peut-être pas excellent pour la planète.

En attendant, les Français sont distraits par les bons de réparation de vélos ou les offres de panneaux solaires, gadgets généreusement distribués avec l’argent des autres… Nous sommes encore riches de l’argent que d’autres nous prêtent gratuitement et jusqu’ici tout va bien. Les affaires vraiment sérieuses commenceront si l’inflation s’installe. La hausse des taux par les banques centrales étant impossible, nous aurons droit à un contrôle des prix.

Nous savons depuis l’édit de Dioclétien (301 de notre ère) que cela ne fonctionne pas et que même la peine de mort ne dissuade pas de changer les étiquettes, comme je le rappelle dans mon dernier livre. Mais ce n’est pas le genre de détail qui arrête les constructivistes comme Bruno Le Maire.

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