Histoire : la fin de la faim

Quand la famine accompagnait les crises économiques…

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Detail from 'The Triumph of Death' (Brueghel the Elder c.1562) credits Hunter333 (CC BY-NC-ND 2.0)

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Histoire : la fin de la faim

Publié le 28 août 2015
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Par Jean-Baptiste Noé.

Detail from 'The Triumph of Death' (Brueghel the Elder c.1562) credits Hunter333 (CC BY-NC-ND 2.0)
Detail from ‘The Triumph of Death’ (Brueghel the Elder c.1562) credits Hunter333 (CC BY-NC-ND 2.0)

En supprimant les famines, le progrès technique a apporté la vie. Comme tous les pays d’Europe, la France fut lourdement touchée par les disettes et les famines, qui durèrent jusqu’au XIXe siècle. C’est la révolution agricole commencée au XVIIIe siècle qui permit de produire plus, d’atténuer les effets des aléas climatiques, et de faire baisser le prix du blé. Cela eut pour conséquence de diversifier la nourriture et d’éradiquer les famines. Les historiens ont beaucoup étudié ces années de misère, quand un hiver rigoureux ou un été pluvieux provoquaient la mort de milliers de personnes. La vie était rare, et la mort un compagnon habituel. On distingue les famines locales, qui ne concernent que quelques régions, et les grandes famines, qui touchent tout le royaume de France. Deux ont été particulièrement fortes : celle de 1693 et celle de 1709.

Le climat de l’époque est beaucoup plus froid, on parle de petit âge glaciaire. Les hivers 1692-1694 sont très rigoureux, et les printemps humides. Les rendements des récoltes sont en baisse, ce qui provoque une rareté des grains et un accroissement des prix. La nourriture devient rare, les populations sont fragilisées, et donc beaucoup plus sensibles aux maladies. La plupart ne meurent pas de faim, mais à cause des épidémies qui prospèrent sur ce manque de nourriture. Emmanuel Le Roy Ladurie estime la surmortalité à 1,3 million de personnes.

La population est à peine remise que survient la grande famine de 1709. Elle fait 600 000 morts. Les mendiants pullulent dans les villes, causant des problèmes sanitaires et de sécurité publique. Les registres paroissiaux témoignent d’une chute brutale des baptêmes et des mariages, tandis que les enterrements s’accroissent.

De la misère à la richesse

Les autorités ne savent pas comment soulager les maux du peuple. Les trafiquants de farine sont poursuivis, les taxes des péages sont baissées pour faciliter la circulation des grains. L’État s’endette pour acheter du blé à l’étranger. Ces mesures sont coûteuses, difficiles à mettre en place, et ne résolvent pas vraiment le problème.

C’est l’amélioration du système productif agricole qui permettra de donner de la nourriture à tous. Les famines déclenchent de folles rumeurs : on accuse le roi ou les nobles de stocker des grains et de provoquer volontairement la famine des populations : c’est le complot de famine. Des émeutiers se soulèvent à Paris et dans les grandes villes ; la troupe doit intervenir pour ramener le calme. En 1709, la France de Louis XIV est en pleine guerre de Succession d’Espagne. Aux troubles frumentaires s’ajoutent les troubles militaires : les soldats se nourrissent sur le terrain, la troupe détruit les champs, ce qui amplifie les problèmes.

En 1709, un ouvrier doit travailler 3 heures pour s’acheter un kilo de pain. En travaillant 9 heures par jour, il ne peut en acheter que 3 kilos, ce qui est à peine suffisant pour faire vivre sa famille. En 1901, l’ouvrier ne doit plus travailler que 1,2 heure pour s’acheter un kilo de pain. En 1985, c’est 17 minutes. Passage de l’araire à la charrue puis au tracteur, sélection des semences, amélioration des engrais, invention de la moissonneuse batteuse : en 350 ans nous sommes passés d’une économie de subsistance à une économie d’abondance, de la misère à la richesse. La crise économique n’est plus frumentaire et les famines ont disparu.

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  • c’est bien de rappeler le passé mais la famine n’a pas vraiment disparu depuis , elle a pris une nouvelle forme , manger ne suffit plus pour vivre , un confort minimum est exigé par la société , on ne meurt plus de faim mais de stress , on ne meurt pas dans l’instant , on meurt a petit feu .

    • C’est quand meme une avancee de pouvoir mourir a petit feu plutot qu’a grand bouillon, non?

      • On ne peut comparer la lente érosion du corps et de l’âme à la famine puisque retarder l’inéluctable est le choix rationnel de la plus vaste partie de l’humanité, c’est un choix objectivement plus désirable que mourir brutalement après une mauvaise récolte.

        Les maux engendrés par la société moderne sont ce qu’ils sont, de la solitude extrême des vieillards à l’aliénation par le travail ou la dépression nerveuse, ils restent superflus à côté des maux connus par nos aïeux, entre épidémies et guerres à outrance.

  • Les progrès techniques sont une chose, mais les hivers rudes et les étés pourris ne sont pas les seules causes de famine. Sous l’ancien régime, le commerce des denrées alimentaires sont réglementées : les prix sont contrôlés, le commerce entre deux provinces est difficile en raisons de droits de douane voire d’interdictions pures et simples.

    Turgot a bien tenté de faire libéraliser un peu tout ça, mais il dut reculer, car ses réformes mettaient en péril les rentes de situations de nombre de parasites profitant de l’absence de concurrence dans ce commerce précis.

    Bref, on trouve une fois de plus la coercition parmi les causes des malheurs des quidams.

    Comme d’habitude.

  • Grâce au socialisme on peut remonter dans le temps.

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