Le coût du confinement : la France sur la voie de l’Italie ?

-19 % du PIB : ce fantastique recul du niveau de vie fera certes le bonheur des apôtres de la décroissance, mais les pauvres seront les plus durement touchés.

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Le coût du confinement : la France sur la voie de l’Italie ?

Publié le 13 juin 2020
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Par Rémy Prud’homme.

Les autorités françaises évaluent à 8-9 % du PIB la diminution d’activité engendrée par le confinement et le déconfinement progressif qui le suit, sans bien expliquer d’où sort ce chiffre. L’analyse suivante, qui est celle d’un amateur, fait apparaître un recul beaucoup plus considérable. Elle est présentée avec assez de détails pour que les lecteurs puissent voir et dire où elle pèche. Elle s’appuie sur le schéma ci-après, qui montre l’activité (le PIB par jour) au cours des jours de l’année.

L est le 1er janvier ; M est le 17 mars, le premier jour du confinement, qui dure jusqu’à O, le 11 mai ; N est le 31 mars, la fin du premier trimestre ; P est évidemment le 31 décembre.

Le 17 mars, avec le confinement, l’activité économique chute brusquement, de B à C, et reste à ce niveau bas jusqu’à la fin du confinement, en D. À partir de cette date, l’activité augmente, pour atteindre E à la fin de l’année.

La perte d’activité et de PIB est figurée par le polygone BCDEF. Il est assez facile de la calculer, et de le rapporter au rectangle ALPF, qui représente le PIB qui aurait prévalu en 2020 en l’absence du confinement.

On connaît le PIB par jour (AL), qui est égal au PIB de 2019 (2427 milliards (G€) par an) divisé par 365 jours, soit 6,65 milliards. On connaît LM (76 jours), MN (14 jours), MO (50 jours), et OP (236 jours). On a deux inconnues : la perte d’activité due au confinement (BC) ; la perte d’activité le dernier jour de l’année (EF). On peut calculer la première, et postuler la deuxième.

Pour calculer BC, on s’appuie sur une estimation solide du PIB au premier trimestre donnée par l’INSEE : -5,3 %. Il s’agit de BCHG/ALNG. On a :

14*BC = 5,3 %*90j*6,65G€/j – d’où l’on tire BC=2,27 G€/jour.

Ce qui correspond à une perte d’activité de 34 % pour la période du confinement.

Pour EF, on postule une diminution de 10 % de l’activité. Il est en effet peu vraisemblable que l’économie fonctionne à plein régime à la fin de l’année. La demande des ménages n’aura pas retrouvé son niveau normal.

Coût du confinement : la France triste record

Le filet de sécurité tendu par le gouvernement évitera le pire mais il a des trous ; et les allocations de chômage rapportent moins que les salaires. La demande d’investissement des entreprises sera faible : beaucoup d’entre elles sont exsangues. La demande étrangère sera fragile, et la hausse de nos coûts freinera nos ventes.

La récession du confinement en France a été l’une des plus profondes du monde ; elle sera aussi l’une des plus durables. On retiendra EF=0,67 milliard par jour.

Un calcul de certificat d’études primaires permet alors d’évaluer la perte de PIB (BCDEF) : elle apparaît égale à 467 milliards, -19 %. Le PIB de 2020 sera de 1960 milliards.

Ce fantastique recul du niveau de vie fera certes le bonheur des apôtres de la décroissance. Il charrie le monde sans voitures, sans plastique, sans industrie, sans avions, sans mobilité, sans commerce international, etc. prôné par les écologistes.

Il répond aux injonctions des millionnaires, qui veulent imposer un monde plus « frugal ». Il sera cependant mal accepté par les pauvres, qui seront les plus durement touchés par la baisse du niveau de vie, et par le chômage considérable qu’il va engendrer.

La dépression aura aussi des impacts majeurs pour les finances publiques. La combinaison d’un moindre PIB, d’une augmentation des dépenses publiques (disons de 10 % pour faire les calculs), et d’une diminution des recettes publiques (à peu près proportionnelles au PIB), aura au moins trois conséquences inquiétantes.

Trois conséquences inquiétantes

Elle affectera le déficit des administrations publiques (y compris la Sécurité sociale), le portant à plus de 20 % du PIB – loin, bien loin, du plafond maastrichien de 3 %.

Le ratio dépenses publiques sur PIB, qui est déjà (à 56 %) le plus élevé de tous les grands pays, sera porté au taux jamais vu de 75 %. La France sera ainsi (après la Corée du Nord, sans doute) le pays le plus socialisé du globe.

Troisièmement enfin, dette publique augmentée, PIB diminué : au début de 2021, le poids de la dette par rapport au PIB approchera 150 %. L’italianisation de la France sera alors à peu près complète. On comprend pourquoi M. Darmanin, qui a été un bon ministre des Comptes publics, et qui sait ou qui sent tout cela, cherche un autre travail.

Comme dit à peu près Pascal « le silence éternel de ces gouffres infinis m’effraye ». S’il vous plait, montrez-moi où je me suis trompé1.

  1. Annexe :

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  • « La France sera ainsi (après la Corée du Nord, sans doute) le pays le plus socialisé du globe. »
    et comme la corée elle en sera réduite a s’isoler, son systeme n »étant plus compatible avec le libre échange ..
    nous y sommes

  • Vous plaisantez j’espère en disant que Darmanin à été un bon ministre des comptes publics ? lui qui disait a peu près que la France grâce à la solidité de ses finances et de son économie était plus apte que tous les autres pays à sortir de la crise, crise créé de toute pièces par ce gouvernement et qui à oublié dans son arbre décisionnel la conséquence de ses décision « il y à ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas « comme aurait dit Bastia.

  • Le pire n’est pas tant que 2020 soit une année catastrophique. Les suivantes risquent aussi de l’être. Il est en effet douteux que l’on lève toutes les mesures freinant la productivité. Il est difficile aussi de revenir complètement sur des mesures sociales concédées dans l’urgence. Enfin il ne faut pas oublier que les parts de marché perdues au profit de ceux qui redémarrent plus vite risquent de ne pas revenir de si tôt.
    La relocalisation de quelques industries clefs pèsera forcément sur la productivité et il n’est pas impossible que le choix de ce qui sera relocalisé soit pollué par de nombreux facteurs défavorables (sauver quelques canard boiteux, favoriser des copains, faire des concessions aux syndicats…).
    Pour se sortir d’une forte crise, il faut laisser de nouveaux équilibres s’établir spontanément, c’est à dire laisser le marché fonctionner. Ce n’est hélas pas la tendance de notre pays hyperétatique, hyperrégulateur et hyper micromanagé par une puissance publique incompétente.

    • Je pense plutôt qu’on va assister à de nouvelles délocalisations. A cause du télétravail premièrement, c’est bien de ne plus avoir besoin de bureaux, donc pourquoi pas un salarié malgache plutôt qu’un parisien ? Et surtout, la gestion calamiteuse du confinement, devrait dissuader toute poursuite dans ce pays.

  • L’erreur fondamentale dans le confinement français a été la rémunération du chômage partiel.. Mais en fait total. Aujourd’hui, les entreprises ont intérêt à faire durer cette situation jusqu’à disparition du dispositf.. Le boulot aurait dû reprendre en mai, même ne jamais s’arrêter, on aurait dû libérer les masques.. Ce qui implique qu’il y avait volonté de l’état d’être les plus mauvais d’Europe…

  • Comment peut on ecrire que darmanin est un bon ministre
    Juste un dictateur en herbe.

  • Il y a dans ces chiffres quelque prospective hasardeuse. Tout d’abord, on ne peut appliquer ce modèle à l’ensemble du PIB, la moitié de ce dernier est du ressort de la sphère non marchande, donc non impacté. Il se trouve que le Pib « officiel » prend en compte cette « activité  » sans qu’il soit établi que la production afférente soit au niveau du coût (et on peu aisément penser qu’elle est bien inférieure). Ensuite, la courbe du redressement est ici linéaire. C’est un postulat. Il est plus vraisemblable qu’elle ait une forme bien différente, avec une pente forte au début s’atténuant ensuite. 10 % de déficit et 120% de dette semblent déjà suffisamment calamiteux pour ne pas en rajouter, sauf à permettre aux dirigeant de crier victoire au printemps 2021 devant des chiffres moins pires que prévus.

    • Avant même le covid, la vraie dette était en réalité d’au moins 6000 milliards d’euros soit 247% avec les « engagements hors bilan » (cf: Cours des comptes).
      Les Français vivent dans une illusion de socialisme qui marche mais il est a crédit et c’est en train de craquer de toute part. Le réveil va être très brutal, le covid c’est le dernier clou du cercueil.

  • Je n’y connais rien en économie, mais pourquoi toujours vouloir prédire et modifier l’avenir avec des études « analytiques », alors que les phénomènes sont complexes et entraînent des tas de réactions, contre-réaction, effets de bord, délais, saturations, etc … dont les paramètres sont plus ou moins inconnus.

    Une simple analyse des échanges – déterminée par le désir des consommateurs, la compétence et la liberté d’échanger – donne directement un tableau de l’activité économique. Et c’est pas brillant !

  • Arrivés au stade où nous en sommes (c’est à dire plus à 1%,2%.. près) la question est de savoir quels sont les choix réels (concrètement et rapidement) qui « s’offrent » au gouvernement et surtout Last but not Least Ont-ils vraiment le choix compte tenu de la situation pourrie actuelle? En 1968 la France Silencieuse était descendue dans la rue pour soutenir de Gaulle, je ne suis pas sûre qu’elle le fasse pour E.Macron. L’armée à la place de la Police ??? Reste la Démission mais ??

  • Le recul du PIB n’est qu’un détail, ce que laisse faire et cautionne Macron avec les nazillons antifas et antiracistes, est infiniment plus grave.
    L’argent et l’économie ont sait le régénérer et produire. L’histoire et la culture ne se reconstitue pas.

  • « montrez-moi où je me suis trompé »

    Ce n’est pas vraiment une erreur. Le PIB intégrant des dépenses publiques comptées à leur coût, les ratios de la dernière colonne du tableau ne reflètent pas vraiment la capacité de l’économie à financer les déficits et les dettes publiques, bien qu’ils soient utiles pour comparer les pays entre eux sur une même base comptable.

    Les prélèvements obligatoires pèsent en totalité sur la VA marchande qui finance absolument tout le reste. C’est donc par rapport à cette dernière que les recettes et les dépenses, les déficits et les dettes, doivent être comparés. On peut tourner et retourner la question dans tous les sens, l’Etat ne pourra jamais prélever plus que la VA marchande disponible, et en réalité beaucoup moins. En effet, si l’Etat s’approche d’un taux ressenti comme confiscatoire, le découragement provoqué sera tel que ses recettes s’effondreront (courbe de Laffer).

    Or, cette crise pèse pèse pour l’essentiel sur la VA marchande. En paralysant arbitrairement une bonne partie du pays pour un gain sanitaire nul, l’Etat a saccagé l’économie et durablement amoindri son assiette fiscale, se rapprochant dramatiquement du moment où il n’aura plus d’autre choix que couper profondément dans ses dépenses.

    • Et comme la part du PIB marchand est de l’ordre de 50%, voire 45%, le chiffre avancé de 19% pourrait bien être de 38%.
      Donc un bon tiers du PIB marchand en moins, sans prendre trop risques. L’élite auto-proclamée devrait s’inquiéter.
      Quant à prendre 100% de la VA, vu la pente actuelle, on les sent prêts. De plus, ils oseraient même 200%, inconscients qu’ils sont, juste pour retarder la chute dans l’abîme de quelques jours.

      • Heureusement, la VA marchande représente plus de 50% du PIB. Avant crise, en simplifiant, l’Etat prélevait 70% de la VA marchande qui représentait environ 70% du PIB (ce sont les ordres de grandeurs, pas les chiffres exacts).

        Après, on peut affiner en excluant les monopoles publics comptés dans la VA marchande. Ainsi, on s’aperçoit que l’Etat obèse a déjà pris directement le contrôle de plus des trois-quarts de l’économie réelle. C’est sans doute pourquoi autant de Français semblent si heureux et satisfaits de leur sort et qu’ils font la fête à leur Etat en se rassemblant joyeusement sur des ronds-points, déguisés en poussins, certains allant même jusqu’à décorer des radars avec de jolis dessins, parfois des feux de joie.

  • Pas d’accord avec le fait que cette catastrophe économique se traduira par un monde plus « écologique ». La véritable écologie suppose des investissements et un progrès technologique que seuls les pays riches peuvent se permettre. La « décroissance » prônée par les khmers verts générera certes une modération forcée et marginale, mais aussi une pauvreté qui signera le règne du « chacun pour soi » et le recours aux ressources les moins coûteuses – qui sont rarement les plus vertes.

    • Exact. Le lien entre prospérité économique et protection de l’environnement est établie depuis longtemps. Les décroissantistes refusent de le voir.

      • je ne dirais pas ça, je dirais le progrès technologique permis par la prospérité économique permet améliorer les bidules de sorte que les bidules détériorent moins, non pas l’environnement en général, mais certains trucs environnementaux qu’on veut préserver ( à tort ou à raison), on aimerait simplifier ça en disant en utilise moins de ressources pour le meme résultat mais en toute rigueur c’est rarement le cas.. on utilise rarement les memes resources en améliorant une technologie.

        si vous mettez en priorité un ‘environnement mal défini essentiellement fantasmé la conclusion est inexorable, l’humain est « mauvais ».
        c’est l’humain la priorité.

    • ce sera la même décroissance que celle qui a commencé il y a 80 ans (et qui s’est appelé l’Occupation Allemande).

    • c’est quoi un monde plus écologique??????????

      • Un monde où la fumée des usines est verte, où les bouses de vache sont vertes, où les atrabilieux voient vert et où les trotskistes sont verts.

        Bref un monde de daltoniens …

  • Bah, une bonne série de petites taxes cuites aux petits oignons, et le PIB remonte en flèche. On va leur leur montrer aux Italiens et aux Grecs comment on doit faire. Pour se planter magistralement…
    Des amateurs!

  • La France et la Belgique sont les pays qui donnent le plus d’aide sociale dans l’UE et sont donc moins porté sur le vrai libéralisme économique, a l’inverse de l’Italie bien qu’actuellement les choses changent

  • Les commentaires sont fermés.

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