Le coût du confinement : la France sur la voie de l’Italie ?

Sinking Town by driver Photographer(CC BY-SA 2.0) — driver Photographer, CC-BY

-19 % du PIB : ce fantastique recul du niveau de vie fera certes le bonheur des apôtres de la décroissance, mais les pauvres seront les plus durement touchés.

Par Rémy Prud’homme.

Les autorités françaises évaluent à 8-9 % du PIB la diminution d’activité engendrée par le confinement et le déconfinement progressif qui le suit, sans bien expliquer d’où sort ce chiffre. L’analyse suivante, qui est celle d’un amateur, fait apparaître un recul beaucoup plus considérable. Elle est présentée avec assez de détails pour que les lecteurs puissent voir et dire où elle pèche. Elle s’appuie sur le schéma ci-après, qui montre l’activité (le PIB par jour) au cours des jours de l’année.

L est le 1er janvier ; M est le 17 mars, le premier jour du confinement, qui dure jusqu’à O, le 11 mai ; N est le 31 mars, la fin du premier trimestre ; P est évidemment le 31 décembre.

Le 17 mars, avec le confinement, l’activité économique chute brusquement, de B à C, et reste à ce niveau bas jusqu’à la fin du confinement, en D. À partir de cette date, l’activité augmente, pour atteindre E à la fin de l’année.

La perte d’activité et de PIB est figurée par le polygone BCDEF. Il est assez facile de la calculer, et de le rapporter au rectangle ALPF, qui représente le PIB qui aurait prévalu en 2020 en l’absence du confinement.

On connaît le PIB par jour (AL), qui est égal au PIB de 2019 (2427 milliards (G€) par an) divisé par 365 jours, soit 6,65 milliards. On connaît LM (76 jours), MN (14 jours), MO (50 jours), et OP (236 jours). On a deux inconnues : la perte d’activité due au confinement (BC) ; la perte d’activité le dernier jour de l’année (EF). On peut calculer la première, et postuler la deuxième.

Pour calculer BC, on s’appuie sur une estimation solide du PIB au premier trimestre donnée par l’INSEE : -5,3 %. Il s’agit de BCHG/ALNG. On a :

14*BC = 5,3 %*90j*6,65G€/j – d’où l’on tire BC=2,27 G€/jour.

Ce qui correspond à une perte d’activité de 34 % pour la période du confinement.

Pour EF, on postule une diminution de 10 % de l’activité. Il est en effet peu vraisemblable que l’économie fonctionne à plein régime à la fin de l’année. La demande des ménages n’aura pas retrouvé son niveau normal.

Coût du confinement : la France triste record

Le filet de sécurité tendu par le gouvernement évitera le pire mais il a des trous ; et les allocations de chômage rapportent moins que les salaires. La demande d’investissement des entreprises sera faible : beaucoup d’entre elles sont exsangues. La demande étrangère sera fragile, et la hausse de nos coûts freinera nos ventes.

La récession du confinement en France a été l’une des plus profondes du monde ; elle sera aussi l’une des plus durables. On retiendra EF=0,67 milliard par jour.

Un calcul de certificat d’études primaires permet alors d’évaluer la perte de PIB (BCDEF) : elle apparaît égale à 467 milliards, -19 %. Le PIB de 2020 sera de 1960 milliards.

Ce fantastique recul du niveau de vie fera certes le bonheur des apôtres de la décroissance. Il charrie le monde sans voitures, sans plastique, sans industrie, sans avions, sans mobilité, sans commerce international, etc. prôné par les écologistes.

Il répond aux injonctions des millionnaires, qui veulent imposer un monde plus « frugal ». Il sera cependant mal accepté par les pauvres, qui seront les plus durement touchés par la baisse du niveau de vie, et par le chômage considérable qu’il va engendrer.

La dépression aura aussi des impacts majeurs pour les finances publiques. La combinaison d’un moindre PIB, d’une augmentation des dépenses publiques (disons de 10 % pour faire les calculs), et d’une diminution des recettes publiques (à peu près proportionnelles au PIB), aura au moins trois conséquences inquiétantes.

Trois conséquences inquiétantes

Elle affectera le déficit des administrations publiques (y compris la Sécurité sociale), le portant à plus de 20 % du PIB – loin, bien loin, du plafond maastrichien de 3 %.

Le ratio dépenses publiques sur PIB, qui est déjà (à 56 %) le plus élevé de tous les grands pays, sera porté au taux jamais vu de 75 %. La France sera ainsi (après la Corée du Nord, sans doute) le pays le plus socialisé du globe.

Troisièmement enfin, dette publique augmentée, PIB diminué : au début de 2021, le poids de la dette par rapport au PIB approchera 150 %. L’italianisation de la France sera alors à peu près complète. On comprend pourquoi M. Darmanin, qui a été un bon ministre des Comptes publics, et qui sait ou qui sent tout cela, cherche un autre travail.

Comme dit à peu près Pascal « le silence éternel de ces gouffres infinis m’effraye ». S’il vous plait, montrez-moi où je me suis trompé1.

  1. Annexe :

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