Rôle et conséquences de la prohibition

Screenshot 2021-08-13 at 16-07-13 Comment se passent les premiers contrôles du pass sanitaire - YouTube — RMC on Youtube,

Le Pass sanitaire est une prohibition, qui entraînera des conséquences néfastes inattendues et en occasionne déjà.

Par Marius-Joseph Marchetti.

Toute prohibition a pour but (ou du moins, pour conséquence) de modifier le schéma des incitations et des coûts d’opportunités pour diriger le comportement des citoyens et des consommateurs vers des objectifs que le législateur juge salutaires. Cela a été le but de toutes les prohibitions, de l’alcool, de la drogue, de la prostitution, en passant par le contrôle des loyers et du prix du gel hydro-alcoolique ou les prix plancher du travail ; le contrôle des prix des produits agricoles a ses similarités avec les précédents exemples même si ici, le but affiché est le pouvoir d’achat des agriculteurs.

Or, toute prohibition, comme toute intervention, entraîne son lot de conséquences inattendues, du moins aux yeux du législateur bien intentionné. C’est ce qui se passe lorsqu’on fait face à un phénomène complexe appréhendé par un seul point.

Prohibition : exemples historiques et typiques

La prohibition de l’alcool

Durant les années 1920 aux États-Unis, elle a abouti à la fabrication d’alcool de contrebande frelaté à des degrés jamais rencontrés à l’époque légale. Elle est tout autant responsable de l’apparition de personnages comme Al Capone et une augmentation de la criminalité.

La prohibition de la drogue

La prohibition de la drogue a des conséquences également innombrables : apparition de drogues extrêmement nocives avec de nouveaux modes de consommation ; source de revenus des mafias (voire de certains courants islamistes) ; ghettoïsation de certains quartiers, etc.

La prohibition de la prostitution

Elle ne l’a pas fait disparaître mais a simplement renforcé certaines pratiques des proxénètes et a augmenté l’insécurité des prostitués.

Le contrôle des prix

En URSS, la plupart des marchés de biens de consommation ont entraîné l’apparition de nombreux marchés noirs parallèles. Fait comique, ce sont ces marchés noirs qui permettaient aux habitants de l’URSS d’avoir un niveau de vie acceptable, et c’est lorsque Gorbatchev commença son œuvre de régularisation de l’économie que l’URSS a fini de s’effondrer1.

Il n’y a pas meilleure façon de détruire une ville qu’en appliquant un contrôle des loyers, puisque les propriétaires n’ont plus aucune incitation à entretenir leurs biens. Ce sont les familles nombreuses ayant besoin de grands logements qui sont coiffées au poteau par de jeunes couples, dont l’urgence d’un grand logement est moindre (par exemple à San Francisco et en Suède).

Certains en sont arrivés au rationnement et aux files d’attentes, avec tout ce que cela entraîne en termes de corruption. C’est un phénomène auquel toute personne ayant déjà fréquenté le système hospitalier canadien a déjà été confrontée, selon les dires de certains camarades outre-Atlantique2.

Le salaire minimum

Tout ce qui augmente le prix du travail au-dessus de sa valorisation sur le marché tend à créer : le chômage des personnes les moins expérimentées, le gaspillage de ressources et l’employabilité des chômeurs, du travail au noir, pour ne citer que les effets principaux.

Le gel hydro-alcoolique

Il a été un des sujets abordés par une de mes vignettes sur Juridiquoi, en mars 2020. En effet, la fixation d’un prix plafond a entraîné un détournement des ressources en alcool vers d’autres usages mieux rémunérés.

Prohibition et pass sanitaire

De la même façon, le Pass sanitaire est une prohibition, non pas au niveau des prix, mais des quantités. Il a pour but d’inciter les gens à se faire vacciner (à tort ou à raison, ce n’est pas le sujet) en augmentant le côté coûts (accès impossible pour certaines activités à moins d’avoir un PCR négatif ou d’être vacciné) de l’analyse coût-bénéfice. Ainsi, même les gens ayant peu de risque de contracter une forme grave se retrouvent incités à la vaccination.

Cette prohibition entraînera cependant des conséquences néfastes inattendues, et en occasionne déjà : on voit des soirées Covid émerger par-ci, par-là (résultat inattendu de la modification des avantages coûts/bénéfices) dans l’espoir de contracter le Covid et d’obtenir un certificat de rétablissement ; certains commerces vont purement et simplement fermer le temps que la situation s’éclaircisse à nouveau pour le législateur (quelques exemples émergent déjà ici et là) on aura probablement des faux, ou alors des marchandages de passe, comme on s’échangeait les tickets de rationnement dans le temps ; et on verra probablement d’autres formes de nuisances arriver, et l’État viendra au galop avec son lot d’interventions pour corriger les nuisances amenées par la première intervention.

Conclusion : libre-marché ou contrôle social ?

Il n’y a pas de système mixte possible sur le long terme.

Chaque intervention entraîne son lot de conséquences néfastes en modifiant les prix relatifs, en fournissant de nouvelles incitations, etc. Et chaque lot de conséquences entraîne une demande d’interventions par le public qui attribue cette nocivité à l’irrationnalité de l’espèce humaine. Soit on décide de révoquer ces interventions stupides, soit on se dirige vers un système de contrôle social où la propriété privée est abolie ou simplement vidée de sa substance.

Quelqu’un a dit un jour que l’économie se venge toujours. Il serait bon d’ajouter qu’elle ne se venge pas seulement de manière économique. C’est un point de vue qui doit être nécessairement occulté par les législateurs et leurs intellectuels, eux qui sont en quête de l’établissement de la justice cosmique, ou dans ce cas-là de la justice sanitaire.

  1. Sur ce sujet, je vous conseille deux ouvrages de Peter J.Boettke : Calculation and Coordination, et Why Perestroika failed : The Politics Economics of Socialist Transformation.
  2. Sur le sujet du contrôle des loyers, voici un article de Milton Friedman et George Stigler est disponible sur le site de l’Institut Coppet ;  mais également Rent Control In Sweden: Lessons From A Thirty Year Old Socio-economic Experiment, Sven Rydenfelt, dans Toward Liberty: Essays in Honor of Ludwig von Mises, vol. 1 (1971)
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