Les dépenses publiques en France, par François Facchini

François Facchini publie un ouvrage bienvenu sur les dépenses publiques.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Professeur agrégé d’économie et enseignant à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, François Facchini publie un ouvrage bienvenu sur les dépenses publiques. Depuis plus d’un siècle, celles-ci ont enflé partout, essentiellement du fait des dépenses sociales, les dépenses régaliennes restant pour leur part relativement stables en proportion de la richesse nationale.

Mais la situation française est singulière car si « la plupart des pays de l’OCDE ont vu leur ratio dépenses publique sur PIB baisser durant les années 1970, ce n’est pas le cas de la France, qui a connu une légère stabilisation au milieu des années 1990, mais un retour à la hausse dès les années 2010 » (p. 66).

François Facchini en cherche l’explication en élargissant son examen à l’ensemble des pays francophones. Son ouvrage a le double mérite d’être universitaire, rigoureusement démonstratif, tout en étant suffisamment didactique pour que des lecteurs avisés sans être spécialisés puissent le lire avec grand intérêt.

Il y analyse d’abord la confusion qui règne particulièrement en France sur la notion de biens communs/biens publics et qui a conduit si souvent, notamment pour gérer des biens collectifs et des externalités, à privilégier à tort des solutions d’étatisation pour régler des problèmes que le régime de propriété privée saurait mieux résoudre et de façon plus juste.

« L’État peut être la solution, mais il peut être le problème » (p. 91) ainsi qu’en témoigne, par exemple, observe-t-il, l’échec des politiques américaines de gestion des forêts, de l’eau douce et de la préservation de la faune sauvage.

Mais François Facchini s’attache ensuite à comprendre pourquoi la dépense publique a tant augmenté. Il ne se contente pas d’analyser les données statistiques ou économétriques qui livrent des indications sans dégager d’explication globale.

Bien entendu, les causes sont multiples : les régimes politiques, les Constitutions, les modes de scrutin, le niveau des revenus du pays, la taille de la population… ont leur importance. Mais la variable idéologique les fédère.

À cet égard, il dénonce l’approche purement paramétrique qui depuis David Hume se focalise sur l’étude des relations entre de seules grandeurs mesurables et quantifiables. Il préfère chercher, selon la méthode aristotélicienne, « à expliquer les faits par une cause finale et à rassembler la diversité du monde et des êtres autour de catégories générales » ( p. 103).

Rare, fertile, et louable effort philosophique inséré dans la démarche économique. Il rejoint l’économie autrichienne de Mises et Hayek en considérant qu’il n’y a « ni loi empirique de l’économie, ni loi empirique des finances publiques, parce que, comme sur les marchés, la dynamique des ordres humains est créative » (p. 104).

À côté de certaines régularités qui néanmoins bercent les dépenses publiques, pour en comprendre le mouvement, il faut prendre en compte les motivations, les raisons d’agir des individus qui en décident.

À ce titre le paternalisme, sous ses diverses formes, est sans doute le principal facteur de la croissance des dépenses publiques. En France la figure hégélienne de l’État semble animer la plupart des partis politiques, de la gauche bien sûr à la droite gaulliste et aux extrémistes de droite.

En son nom est légitimée l’intervention de l’État et de ses fonctionnaires dans tous les secteurs de la société, notamment par l’impôt et la règlementation. En France, le statut de la fonction publique entrave en outre toute réduction des effectifs publics.

Par ailleurs, la création de la Sécurité sociale a favorisé une extension sans limite des droits sociaux et des dépenses corrélatives qui sont proches de 33 % du PIB en France, le taux de loin le plus élevé de l’OCDE.

Mais au fond, la vraie question est de savoir si les économies dans lesquelles la dépense publique est la plus importante sont, ou non, les plus prospères et celles où les libertés réelles sont les mieux respectées. L’évaluation de la prospérité et de la liberté sont choses compliquées.

Néanmoins, il ressort de l’analyse de François Facchini qu’au plan économique « en deçà d’un certain seuil, la dépense publique a un effet positif, mais au-delà de ce seuil, son impact sur la croissance est négatif » (p. 189). La raison en est notamment que contrairement à ce que soutiennent les keynésiens, l’accroissement de la dépense publique n’a pas toujours –loin de là- un effet multiplicateur positif.

En outre, l’augmentation de la dépense réduit l’épargne qui est un facteur de croissance et oblige à une augmentation des impôts qui crée un effet d’éviction fiscale : « Un euro de dépense publique financé par l’impôt, ce n’est pas seulement un euro de dépense privée en moins, mais peut-être deux ou trois euros en moins, car l’impôt réduit l’incitation au travail et finalement baisse les revenus et le niveau globale de la dépense privée » (p. 207).

François Facchini observe qu’en réalité la relation entre dépense publique et croissance n’est pas linéaire. Selon une représentation de la courbe de BARS par Dick Armey, on peut résumer en disant que sans État, c’est le chaos tandis qu’un État régalien crée les conditions de la prospérité. Mais trop d’État nuit au bien-être général et établit une forme de tyrannie.

Sa conclusion est qu’il faut amplifier les dépenses régaliennes, qui favorisent la croissance, conserver les dépenses de santé qui sont nécessaires, et surtout diminuer les dépenses de redistribution qui nuisent à tous égards à l’économie et à la société.

Enfin, François Facchini suggère de nombreux moyens de réduire les dépenses publiques sans les supprimer : en recourant davantage au numérique, en alignant les contrats publics sur les contrats privés, en faisant mieux appel à la concurrence du public et du privé (chèque éducation, partenariats public-privé), en réduisant la masse salariale, en privatisant certains secteurs d’activité. Il faut aussi sans doute changer la formation et l’état d’esprit de la fonction publique. C’est encore une autre histoire.

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