François de Rugy : un coming out nucléaire stupéfiant !

Lancement du challenge CUBE.S par Département des Yvelines on Flickr (CC BY-ND 2.0) — Département des Yvelines, CC-BY

François de Rugy est un véritable politique sans conviction profonde à défendre, qui s’adapte aux situations sociales selon le vent du moment.

Par Michel Gay.

Dans une interview stupéfiante publiée le 13 mars 2021 par le magazine Le Point, François de Rugy, l’ancien ministre de l’Écologie dans le gouvernement Macron, brise plusieurs dogmes de l’écologie, notamment du parti écologiste EELV, comme le nucléaire, les OGM, l’agriculture, le transport, et la 5G.

Une écologie de progrès ?

Selon Géraldine Woessner qui l’interroge, François de Rugy veut « construire une écologie de progrès basée sur la science, sans tabou sur le nucléaire ou la génétique des plantes ». Tout un programme…

Morceaux choisis extraits de cette interview renversante :

« J’ai toujours pensé que les positions d’EELV étaient déconnectées des réalités économiques ».

Il n’est pas le seul à s’en être rendu compte, mais c’est bien de le reconnaître publiquement.

« J’ai compris progressivement que je ne partageais plus grand-chose avec ce parti. Leur vision de l’écologie, articulée autour du « c’était mieux avant », rejette l’idée même de progrès. Elle est antitechnologique, antiéconomique, nourrit des tendances régressives… En réalité, toutes leurs prises de position sont motivées par ce projet de décroissance, qui n’est jamais avoué parce que s’il était explicite, il aurait évidemment moins de succès électoral ».

Oui, les Verts que certains surnomment pastèques, vert dehors, rouge dedans avancent masqués pour imposer une régression sociale sans le dire.

« La majorité est enfermée dans le piège politique qu’ont façonné les Verts, en préemptant littéralement les questions écologiques et en installant l’idée que, comme eux seuls détiennent les tables de la loi écologique, ou le « petit livre vert », eux seuls décident de qui est pour ou contre l’écologie ».

Effectivement, il existe une écologie populaire différente de l’écologie politique agressive, totalitaire et antinucléaire.

« Le prêt-à-penser d’EELV est un prêchi-prêcha où rien n’est jamais remis en cause, et où les avis sont fondés sur des certitudes qu’on ne réinterroge jamais ».

Serait-ce une dictature de la pensée ?

Le nucléaire

« Les énergies renouvelables associées au nucléaire pourraient nous permettre de nous passer totalement des énergies fossiles, quand tous les autres pays conservent des centrales thermiques pour faire face à l’intermittence de la production électrique renouvelable ou pour compléter le nucléaire pour les pointes de consommation. »

Là, François de Rugy ne va pas au bout de sa logique. Si, comme il l’indique ensuite, sa « bataille n°1 est de sortir des énergies fossiles », alors à quoi servent les énergies renouvelables ?

« Dans le combat pour le climat, le fait d’avoir une production d’électricité de base (nucléaire ?) en grande quantité décarbonée est un formidable atout pour la France. 

Or c’était impossible à dire à EELV ! »

Le mot nucléaire brûle encore les lèvres de monsieur de Rugy qui n’ose pas déclarer que la production de base la moins carbonée en France est… le nucléaire (6 gCO2/kWh).

« Sur le sujet majeur des déchets, j’ai acquis au ministère une conviction que je n’avais pas avant : le stockage en grande profondeur, tel qu’il est préparé à Bure, est une solution sûre. J’étais même favorable, lorsque j’étais ministre, à ce qu’on le dise publiquement… Je n’ai pas été suivi ».

Cette déclaration est doublement étonnante.

Enfin un écologiste politique de premier plan (ex-ministre de l’Écologie et ancien cadre chez EELV) reconnaît que le stockage géologique des déchets nucléaires CIGEO est une solution sûre.

Il n’a pas été suivi par qui ? Est-ce par son cabinet au ministère (qui fait donc la loi), ou est-ce par le président de la République ? Mystère…

« … le prolongement des centrales existantes se fera de façon sûre ».

Comme c’est déjà le cas aux États-Unis dont presque tous les réacteurs nucléaires sont déjà prolongés à 60 ans et quelques-uns mêmes jusqu’à 80 ans.

« L’écologie n’est pas la propriété d’EELV ou d’une poignée d’associations.

Des relais médiatiques puissants écrasent complètement le débat ».

Ça, c’est sûr ! Mais il faudra l’expliquer au gouvernement et aux politiciens qui se font rouler dans la farine parfois volontairement pour se maintenir une rente de situation, ainsi qu’aux relais médiatiques puissants.

François de Rugy, small n’est plus beautiful ?

« Le « small is beautiful » peut être romantique et plaire aux médias, il ne résoudra pas les problèmes. Pour ma part, j’ai la conviction que pour faire réellement progresser la cause de l’environnement, nous devons changer d’échelle. Pour cela (c’est totalement étranger à la culture des Verts), la question du rendement est centrale. L’idée qu’il faudrait en revenir aux pratiques agricoles d’antan est absurde, car l’écologie, c’est améliorer le rendement pour moins puiser dans les ressources naturelles !

C’est le progrès technologique qui permet d’améliorer le rendement ! »

Bien vu monsieur de Rugy ! Mais comment et surtout pourquoi de telles évidences attendent des années dans la tête de personnes intelligentes avant de germer ?

« Se focaliser sur le transport aérien n’a aucun sens, ni écologique, ni économique, ni scientifique. C’est du symbole. Les émissions de CO2 de l’aviation, en temps normal, c’est-à-dire avant la crise qui a conduit à une baisse de 60 % du trafic aérien, représentent moins de 5 % des émissions des transports ! »

Ah, la valeur des symboles en politique ! Pourquoi ne pas l’avoir dit lorsque vous étiez ministre ?

« Si on dit « notre combat, c’est le climat », la bataille n° 1 en Europe et dans le monde, c’est de sortir du charbon et des énergies fossiles. Cet objectif doit guider toutes nos politiques ».

Oui. Mais pourquoi avoir laissé sacrifier les deux réacteurs nucléaires de Fessenheim sans réagir et pourquoi avoir soutenu la filière éolienne et photovoltaïque ?

« Certains sont dans la politique des symboles et la course à la radicalité. Il faut qu’en face on puisse opposer une vision claire qui cherche à transformer les choses durablement, avec des progrès pour les gens. Quant au localisme, nous avons vu ce que cela donnait face au Covid. Comment aurions-nous pu avancer aussi vite dans la recherche d’un vaccin sans la coopération mondiale ? »

Il est certes bon de revenir aux fondamentaux. Mais faut-il être un ancien ministre pour énoncer des évidences sur l’utilité des techniques, la nécessité des progrès technologiques et sur la coopération internationale ?

Véritable coming out de François de Rugy ou posture politique ?

Ce revirement spectaculaire de position de l’ancien ministre de l’Écologie sur des sujets majeurs pour la France, est-il sincère ? Ou bien est-ce une posture politique pré-électorale d’un homme intelligent qui, après des années d’appels à la décroissance, sent le vent tourner en faveur du nucléaire (59 % des Français y sont favorables), et plus généralement du progrès, dans l’opinion publique ?

L’avenir le dira…

À suivre car c’est aussi cet homme qui n’a pas hésité à programmer quatre parcs éoliens en mer à Oléron et qui, si des homards ne l’avaient pas forcé à quitter son poste de ministre, n’aurait pas hésité une seconde à fermer Fessenheim alors que, de son propre aveu, il savait que c’était une stupidité.

Bref, monsieur François de Rugy est un véritable politique sans conviction profonde à défendre, ni vision stratégique lointaine, et qui s’adapte aux situations sociales selon le vent du moment. Il fera un excellent candidat vert pour les élections régionales des Pays de la Loire en juin 2021 dans un premier temps…

Et pourquoi ne pas viser le poste de Premier ministre en 2022… si Emmanuel Macron est réélu ?

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