Crise sanitaire : notre apathie nous condamne à la soumission politique

muzzled by John Piercy (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Paranoïa sécuritaire, esprit d’apartheid et citoyenneté de seconde zone sont donc au menu du monde d’après, qui risque fort d’être aussi un monde post-libéral, si nous ne réagissons pas.

Par Frédéric Mas.

Après les mesures autoritaires à échelle nationale au nom du bien commun sanitaire, voilà celles à échelle locales. Après les Alpes-Maritimes, c’est Dunkerque qui va se retrouver en quarantaine pour faire face à un regain de covid, cette fois sous variant britannique. Le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé le reconfinement de la ville de Jean Bart le week-end et demandé au préfet d’interdire la vente à emporter et la consommation d’alcool sur la voie publique.

Le pays où l’amitié est un délit

Pourquoi ? Parce que les beaux jours reviennent, et que les jeunes pourraient être tentés de sortir pour boire quelques godets entre amis. L’amitié dans la France de la covid, est devenu un délit. Les seules mesures qui marchent aux yeux de notre nomenklatura politique, ce sont celles qui répriment la vie des citoyens ordinaires. Nous n’avions pas de masques ou de tests, nous n’avons pas de vaccins, mais les préfets, les gendarmes et les services fiscaux rivalisent de zèle.

Quel intérêt de reconfiner une ville le week-end ? Ceux qui le peuvent iront en week-end ailleurs dans leurs résidences secondaires ou dans leur famille ailleurs en France, et seuls les plus pauvres et ceux qui travaillent le week-end resteront sur place. Et la circulation du virus dans tout ça ? Elle continuera.

Est-il vraiment nécessaire d’interdire la vente d’alcool pour endiguer le virus ? Après tout, dans le registre des mesures loufoques, la ville de Lyon a fait fort la semaine dernière en invoquant la crise sanitaire pour proposer des menus sans viande dans les cantines.

Mais face à la panique sanitaire, les Français semblent résignés et prêt à accepter toutes les propositions, mêmes les plus absurdes, pour éloigner le spectre insaisissable et protéiforme du virus. Après les restrictions à la liberté de circuler, d’entreprendre, de commercer, de manifester, de vivre, quelles seront les nouvelles couleuvres que les citoyens seront prêts à avaler ?

Crise sanitaire et normalisation de la répression

Que les politiques profitent de la crise pour rogner sur les libertés publiques n’est pas étonnant. Avant de réglementer la viande, l’alcool et les balades en forêt, l’État a surfé sur la crise sanitaire pour normaliser une grande partie des dispositions de l’état d’urgence sanitaire. Il avait procédé de la même manière au plus fort de la guerre contre l’État islamique pour ajouter discrètement de nouvelles mesures liberticides à son arsenal sécuritaire.

C’est que la panique sanitaire entretenue par la classe politique est une opportunité sans précédent pour réprimer et s’étendre. Le 22 février dernier, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres déplorait que la pandémie soit utilisée dans certains pays pour faire taire les voix dissonantes :

« Brandissant la pandémie comme prétexte, les autorités de certains pays ont pris des mesures de sécurité sévères et des mesures d’urgence pour réprimer les voix dissonantes, abolir les libertés les plus fondamentales, faire taire les médias indépendants et entraver le travail des organisations non gouvernementales »

La répression exceptionnelle au nom de la crise covid ne pourrait cependant fonctionner sans l’assentiment d’une population totalement atone. Comme le note Luc Rouban dans un entretien donné à L’Opinion, la demande autoritaire émane de tout le spectre politique, bien au-delà de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite :

« L’autoritarisme politique, qu’il passe par un renforcement du pouvoir exécutif, un affaiblissement des débats parlementaires ou un appel direct au peuple, puise ses racines dans la recherche d’une efficacité politique qui semble perdue. Dans notre étude, on s’aperçoit que cette demande d’autorité n’est pas réservée aux extrémismes. Elle se développe aussi chez les libéraux de plusieurs électorats, et dans toute la hiérarchie socioprofessionnelle. »

Si aujourd’hui la majorité est prête à troquer la plupart de ses libertés pour un peu de sécurité sanitaire, alors pourquoi l’État s’arrêterait en si bon chemin ? Emmanuel Macron prépare l’après-covid, qui promet d’être aussi liberticide que pendant la crise. Le passeport vaccinal pour voyager ou accéder aux lieux publics, les QR codes pour rentrer dans les restaus et les bars sont sur la table.

Paranoïa sécuritaire, esprit d’apartheid et citoyenneté de seconde zone sont donc au menu du monde d’après, qui risque fort d’être aussi un monde post-libéral, si nous ne réagissons pas.

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