Crise sanitaire : notre apathie nous condamne à la soumission politique

Paranoïa sécuritaire, esprit d’apartheid et citoyenneté de seconde zone sont donc au menu du monde d’après, qui risque fort d’être aussi un monde post-libéral, si nous ne réagissons pas.

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Crise sanitaire : notre apathie nous condamne à la soumission politique

Publié le 25 février 2021
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Par Frédéric Mas.

Après les mesures autoritaires à échelle nationale au nom du bien commun sanitaire, voilà celles à échelle locales. Après les Alpes-Maritimes, c’est Dunkerque qui va se retrouver en quarantaine pour faire face à un regain de covid, cette fois sous variant britannique. Le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé le reconfinement de la ville de Jean Bart le week-end et demandé au préfet d’interdire la vente à emporter et la consommation d’alcool sur la voie publique.

Le pays où l’amitié est un délit

Pourquoi ? Parce que les beaux jours reviennent, et que les jeunes pourraient être tentés de sortir pour boire quelques godets entre amis. L’amitié dans la France de la covid, est devenu un délit. Les seules mesures qui marchent aux yeux de notre nomenklatura politique, ce sont celles qui répriment la vie des citoyens ordinaires. Nous n’avions pas de masques ou de tests, nous n’avons pas de vaccins, mais les préfets, les gendarmes et les services fiscaux rivalisent de zèle.

Quel intérêt de reconfiner une ville le week-end ? Ceux qui le peuvent iront en week-end ailleurs dans leurs résidences secondaires ou dans leur famille ailleurs en France, et seuls les plus pauvres et ceux qui travaillent le week-end resteront sur place. Et la circulation du virus dans tout ça ? Elle continuera.

Est-il vraiment nécessaire d’interdire la vente d’alcool pour endiguer le virus ? Après tout, dans le registre des mesures loufoques, la ville de Lyon a fait fort la semaine dernière en invoquant la crise sanitaire pour proposer des menus sans viande dans les cantines.

Mais face à la panique sanitaire, les Français semblent résignés et prêt à accepter toutes les propositions, mêmes les plus absurdes, pour éloigner le spectre insaisissable et protéiforme du virus. Après les restrictions à la liberté de circuler, d’entreprendre, de commercer, de manifester, de vivre, quelles seront les nouvelles couleuvres que les citoyens seront prêts à avaler ?

Crise sanitaire et normalisation de la répression

Que les politiques profitent de la crise pour rogner sur les libertés publiques n’est pas étonnant. Avant de réglementer la viande, l’alcool et les balades en forêt, l’État a surfé sur la crise sanitaire pour normaliser une grande partie des dispositions de l’état d’urgence sanitaire. Il avait procédé de la même manière au plus fort de la guerre contre l’État islamique pour ajouter discrètement de nouvelles mesures liberticides à son arsenal sécuritaire.

C’est que la panique sanitaire entretenue par la classe politique est une opportunité sans précédent pour réprimer et s’étendre. Le 22 février dernier, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres déplorait que la pandémie soit utilisée dans certains pays pour faire taire les voix dissonantes :

« Brandissant la pandémie comme prétexte, les autorités de certains pays ont pris des mesures de sécurité sévères et des mesures d’urgence pour réprimer les voix dissonantes, abolir les libertés les plus fondamentales, faire taire les médias indépendants et entraver le travail des organisations non gouvernementales »

La répression exceptionnelle au nom de la crise covid ne pourrait cependant fonctionner sans l’assentiment d’une population totalement atone. Comme le note Luc Rouban dans un entretien donné à L’Opinion, la demande autoritaire émane de tout le spectre politique, bien au-delà de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite :

« L’autoritarisme politique, qu’il passe par un renforcement du pouvoir exécutif, un affaiblissement des débats parlementaires ou un appel direct au peuple, puise ses racines dans la recherche d’une efficacité politique qui semble perdue. Dans notre étude, on s’aperçoit que cette demande d’autorité n’est pas réservée aux extrémismes. Elle se développe aussi chez les libéraux de plusieurs électorats, et dans toute la hiérarchie socioprofessionnelle. »

Si aujourd’hui la majorité est prête à troquer la plupart de ses libertés pour un peu de sécurité sanitaire, alors pourquoi l’État s’arrêterait en si bon chemin ? Emmanuel Macron prépare l’après-covid, qui promet d’être aussi liberticide que pendant la crise. Le passeport vaccinal pour voyager ou accéder aux lieux publics, les QR codes pour rentrer dans les restaus et les bars sont sur la table.

Paranoïa sécuritaire, esprit d’apartheid et citoyenneté de seconde zone sont donc au menu du monde d’après, qui risque fort d’être aussi un monde post-libéral, si nous ne réagissons pas.

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Créer un compte Tous les commentaires (19)
  • Post liberal, encore faut il qu’il le fut alors disons preapocalyptique… C’est plus joli que le grand reset. Mais avec tous ces nuages noirs au lointain, un petit nuage blanc apparaît, on ajoute 10 ans à nos vielles centrales nucléaires avant fermeture et banqueroute. Donc 2031, après…….

  • Je ne suis pas certain que le peuple soit aussi apathique que vous le dites.
    La principale difficulté est de pouvoir s’exprimer sans être censuré, j’en profite pour remercier Contrepoints qui nous laisse la parole.
    Méfions nous des sondages et des micro trottoirs qui nous font croire que la majorité approuve les restrictions.
    Depuis un an, le pouvoir achète la paix sociale à prix d’or et les gens sous perfusion sont comme anesthésiés.
    Mais cette situation ne durera plus très longtemps et il faudra bien présenter la facture.
    C’est à ce moment que la révolte va éclater.
    Les pseudo experts du Conseil scientifique se désolidariseront du pouvoir, les journalistes retourneront leur veste sans même s’en apercevoir tellement ils sont médiocres, les partis d’opposition se réveilleront enfin, non par devoir mais par opportunisme et le pouvoir se retrouvera tout seul face aux Français bien remontés.
    Je pressens que Macron ne passera pas le 1er tour s’il se présente.
    Beaucoup de Français ont voté pour lui en 2017 uniquement par peur de l’aventure économique proposée par marine Le Pen.
    Mais en matière d’amateurisme économique, personne n’aura fait mieux que ce gouvernement qui aura fait exploser tous les compteurs.
    Donc cet argument de présumée compétence ne fonctionnera pas en 2022.

  • « La panique sanitaire entretenue par la classe politique est une opportunité pour réprimer et s’étendre… »
    Effectivement, une stratégie pour justifier la légitimité du pouvoir mais, il faut le constater, il s’agit d’une stratégie efficace saluée par des sondages qui confirment l’adhésion des français.
    Pour ce qui est des « libéraux de plusieurs électorats… » (j’adore cette formulation) encore faudrait il savoir de quel variant du libéralisme il s’agirait!
    Mais, peu importe et quoi qu’il en soit, l’aspiration plus ou moins consciente de nos compatriotes consiste à se positionner pour espérer bénéficier d’une forme de cocooning Étatique…

    • Hormis les 35 heures, Jospin s’est avéré plus libéral que Balladur : il a massivement privatisé (même s’il n’a rien libéralise), il a essayé de maîtriser les dépenses publiques et il a prononcé cette phrase qui a l’a envoyé au pilori : « l’Etat ne peut pas tout ».

  • « Et la circulation du virus dans tout ça ? Elle continuera. »
    On peut constater sans trop chercher que confinement ou pas, couvre feux ou pas, le virus circule comme c’est le cas pour tous les virus quoi qu’il en coûte et quoi que l’on fasse. Ensuite, chaque individu est responsable de sa sécurité, libre de se protéger par le moyen qu’il juge correspondre à ses besoins, et n’a pas besoin de directives stupides et incohérentes ( confiner les WE, la nuit, tous les 29 février aussi pendant qu’ils y sont!) C’est sûr que si l’on croit à la magie ou aux rituels incas, ça va marcher!

  • Article particulièrement sommaire et caricatural. Lutter collectivement contre une pandémie suppose une discipline sociale assez rigoureuse.
    Mais prétendre, ou presque, que nous sommes quasiment en dictature n’est pas sérieux. D’ailleurs, vous écrivez librement, sans courir le moindre risque. Ne confondons pas la Chine ou la Russie et la France.

    • C’est votre commentaire qui me semble caricatural : l’auteur ne dit pas que nous sommes en dictature.

      Une « discipline sociale » peut être spontanée : cela ne nécessite pas nécessairement une coercition étatique.

      Et sinon : faudra-t-il attendre que les libertés individuelles et l’état de droit de la France soient au niveau de ceux de la Chine pour s’inquiéter et réagir ?

      • dans un pays ou près de la moitié de vos revenus annuels sont ponctionnés par l’Etat qui s’immisce dans tous les aspects de votre vie, vous impose ses idées sans vous consulter, ou la justice est partiale et donne plus souvent raison aux vermines plutôt qu’aux victimes , ou la police défend le gouvernement et non le peuple et laisse libre court aux dealers/truands dans de plus en plus de zones de non-droit et ou tout ce que vous dites ou faites peut vous envoyer en prison (si vous êtes solvable et ne faites pas de vagues), moi j’y sens de gros relents de dictature néanmoins.

    • Absolument pas caricatural mais tout à fait réaliste au contraire. Cette privation des libertés les plus élémentaires me parait surréaliste dans le prétendu pays des droits de l’homme. Les mesures « sanitaires » débilitantes m’évoquent un tir au canon dans un nuage de sauterelles… Spectaculaire mais ridicule. Au moins le canon aurait-il le mérite de réveiller les endormis (qui pourraient un jour se réveiller en Chine d’ailleurs)

      • « Paranoïa sécuritaire, esprit d’apartheid et citoyenneté de seconde zone »
        Voilà un vocabulaire complotiste destiné à susciter des réactions émotionnelles. Un libéral doit s’adresser à la raison et s’abstenir de manipuler politiquement l’opinion comme le font les extrémistes. Marine Le Pen pourrait écrire la même chose. Il est vrai qu’elle peut écrire à peu près n’importe quoi.
        Certains commentateurs se la jouent ou alors ils ont perdu tout contact avec la réalité. Je comprends parfaitement les énormes difficultés de certains (restaurateurs, professionnels du spectacle, etc.), mais peuvent-ils raisonnablement penser que Macron prépare une sorte de coup d’État pacifique pour les mois qui viennent. Nous sommes en période exceptionnelle et certains exploitent politiquement le filon.
        J’aurais d’ailleurs une question. Quel « libéral » pourrait devenir Président de la République en France ? Au sens du mot « libéral » sous-entendu par cet article et beaucoup d’autres sur Contrepoints, il n’y a personne et il n’y aura jamais personne. Ce qui signifie que nous sommes dans l’incantation stérile, dans l’expression d’un mécontentement bien compréhensible, mais pas dans le réalisme politique et la rationalité.

        • J’ai du mal à comprendre en quoi ce vocabulaire est à bannir parce que « complotiste » ou « émotionnel » : ces termes désignent certains faits : une obsession un peu malsaine pour la disparition de la maladie et du risque, l’idée du passeport sanitaire (annoncée par le gouvernement sous la forme d’un pass santé a été annoncé par Macron). Je ne vois pas ce qu’il y a de faux ou de caricatural là-dedans à moins de supposer que l’action politique du gouvernement est purement motivée par un souci d’équilibre et de rationalité principalement. On peut, àmha, en douter.

          A terme, je ne vois pas en quoi celles-ci en autre chose que des ordres différents de citoyenneté suivant la quantité d’anticorps. Je ne vois qu’à peine ce que la « raison » vient faire là-dedans si ce n’est pour évoquer son scandale. Je ne pense pas, en tout cas, que c’est purement à elle que l’on s’adresse pour devenir président de la république ou justifier des prises de décisions politique.
          Ni pourquoi l’absence de porte de sortie apparente justifie l’absence de critiques.

    • il y a actuellement en France, des intellectuels, des écrivains, qui sont en prison sans jugement, pour un simple Tweet.

  • « ajouter discrètement de nouvelles mesures liberticides à son arsenal sécuritaire. »
    ça marchait déjà super bien du temps de Sarkozy qui faisait une loi à chaque fait divers, alors qu’il ne donnait jamais les moyens supplémentaires pour le faire appliquer.
    Gageons que l’inflation exponentielle de mesures non applicables et jamais appliquées engorgera suffisamment le système pour en faire apparaître toute la vacuité.

  • J’ai fait un tour ce matin à la cantine du travail. Les employés qui y mangent y sont traités pires que des enfants handicapés mentaux. De vraies larves.

  • Soumission aux boomers prédateurs!

  • « Notre apathie nous condamne à la soumission politique. »

    Oui, notre apathie nous condamne, comme dirait Jean-Michel.

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