Ski sans remontées mécaniques : l’économie bureaucratique au sommet

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Depuis le début de cette crise, nous ne pouvons qu’être frappés par l’amateurisme du gouvernement et par l’arbitraire de ses décisions.

Par Olivier Maurice.

Il sera donc maintenant possible à partir du 15 décembre d’aller en vacances d’hiver à la montagne. Il y a juste un petit problème. Si nous pourrons alors nous rendre jusqu’aux stations de ski, l’interdiction de déplacement devant être levée, si nous pourrons réserver un logement, louer des skis et des bâtons, tous les commerces (sauf les bars, restaurants et clubs de sports) étant désormais ouverts, si nous pourrons même descendre en slalomant et nous étalant dans la poudreuse, il faudra trouver un moyen d’accéder jusqu’en haut des pistes, parce que les remontées mécaniques resteront elles fermées.

C’est dommage, car sans remontées mécaniques, c’est tout de même un peu difficile de faire du ski.

Par effet de contagion juridique, ce sont tous les mécanismes de déplacement mécaniques à but festif ou sportif qui resteront interdits, comme la grande roue traditionnellement installée sur la Grand’Place de Lille, qui sera bien montée, bien illuminée, tournera bien… mais dans laquelle il sera interdit de monter.

Après le droit d’acheter des sapin, mais pas les boules ni les guirlandes… bienvenue en Absurdie !

L’information a aussitôt couru sur les réseaux sociaux que la prochaine étape du déconfinement consisterait à rouvrir les bars et les boîtes de nuit, mais en interdisant aux clients de s’y rendre.

Après 10 mois de diarrhée réglementaire, on commence enfin à saisir la logique du gouvernement, du Conseil de défense et du Conseil scientifique, digne des Shadocks : interdire, puis se rendre compte qu’il y a un problème, donc autoriser, puis se rendre compte qu’il y a un problème, donc interdire…

Zombieland

Pourtant, depuis 10 mois, la science a fait d’énormes progrès sur la connaissance de cette maladie. Il faut dire qu’on a parfois l’impression que le monde entier s’est arrêté et que tout ce qui possède un diplôme, ou pas, sur cette planète est entièrement focalisé sur l’étude du SARS-CoV-2.

Mais non. La version officielle reste toujours l’image qui a été dépeinte il y a 10 mois. Le pays tout entier est toujours bloqué dans l’imaginaire qui nous a été implanté durant les toutes premières semaines de l’épidémie.

La préoccupation nationale se focalise toujours sur une et une seule question : comment faire pour éviter l’éradication de l’espèce humaine suite à l’apparition du terrifiant virus zombie.

Pour ceux, sans doute très rares, qui n’ont jamais regardé un film ou une série faisant apparaître des morts-vivants, disons simplement qu’ils reproduisent tous plus ou moins le même scénario catastrophe : un jour, un virus mortel fait une soudaine apparition. Ce virus transforme les êtres humains en monstres ayant la fâcheuse manie de mordre les êtres humains encore en bonne santé et de les transformer eux aussi en morts-vivants, provoquant ainsi la fin de l’humanité.

Toute ressemblance avec la description du SARS-CoV-2version « notre objectif est de tout mettre en œuvre pour limiter au maximum les contaminations » serait purement fortuite et le fruit de malencontreuses coïncidences.

Un scénario simpliste et irréaliste

Si effectivement ce scénario peut se rapprocher par sa nature au mode de contagion de certaines maladies qui se transmettent par contacts intimes, comme la rage, celui-ci n’est dans la réalité que l’un des multiples moyens de propagation des virus, des bactéries et des autres agents pathogènes, et en réalité assez, pour ne pas dire très rare.

Dans leur grande majorité, les maladies infectieuses se transmettent par voie orale ou par voies respiratoires, et sont simplement dues à la présence de l’agent pathogène dans l’environnement ou dans la nourriture. Les maladies « de contact » se transmettant de sujet infecté à sujet infecté sont clairement l’exception. Et heureusement, car ce sont souvent les plus dangereuses.

Mais même pour ces maladies, on sait maintenant que les facteurs de propagation et d’infections sont souvent très complexes et que la propagation à la « chat perché » : touché, infecté, est avant tout une vue de l’esprit.

La rage ou la peste par exemple sont diffusées par des animaux. Nombre d’infections respiratoires ont besoin de conditions environnementales très particulières pour se développer : température, humidité, etc.

De plus, on sait que certaines conditions de santé ou de protection peuvent avoir un impact très important, à l’exemple du simple rhume, souvent dû à un autre coronavirus, qui se contracte en prenant froid, c’est-à-dire lors d’une baisse de la température corporelle, le virus étant suffisamment résistant pour être présent un peu partout dans l’environnement.

Un tableau apocalyptique

Si le SARS-CoV-2 est loin d’être une maladie anodine, nous sommes là aussi très loin du virus tueur qui va exterminer l’humanité. Dans 99,77 % des cas, on n’en meurt pas. Le risque est plus élevé pour les plus de 75 ans, mais si vous êtes jeune et en bonne santé vous risquez dans la grande majorité des cas de ressentir entre rien, un simple rhume ou une grosse grippe.

Mais ce n’est pas du tout le tableau apocalyptique qui était décrit au début de l’épidémie, tableau enrichi par les multiples informations contradictoires et le traitement anxiogène de l’information. Revenir sur la gravité de la maladie reviendrait à remettre en cause la parole passée, à admettre ouvertement s’être trompé et à devoir se justifier, ce qui est très compliqué.

Mais dans le cas du SARS-CoV-2, le mode de transmission et la dangerosité ont été établis durant les premiers jours de l’apparition de l’épidémie, alors que l’on ne connaissait absolument rien du virus.

De ces affirmations ont été aussitôt établies des règles strictes de prophylaxie, sans aucune documentation, sans aucune connaissance, sans aucun retour d’expérience. Et depuis ce postulat au doigt mouillé est devenu vérité officielle avec interdiction de remise en question.

Depuis 10 mois, nous vivons dans la même vérité officielle, dans la même débauche de mesures administratives et dans la même politique sanitaire brutale et sans nuance.

Le rapport coût bénéfice

Pourtant nous disposons d’une énorme quantité d’informations, en plus publiques et qui circulent à une vitesse quasi instantanée. Sans être ni médecin, ni virologue, ni épidémiologistes, de nombreuses observations devraient au minimum pousser les responsables politiques à questionner et à challenger fortement le scénario du virus zombie :

Comment se fait-il par exemple que la vague d’automne se soit déclenchée et ait atteint son pic à peu de chose près en même temps partout dans tous les pays d’Europe, quelles que soient les mesures prises ?

Comment se fait-il qu’à Paris ou dans de nombreux lieux qui n’ont même pas été astreints au couvre-feu, l’épidémie a commencé à ralentir avant l’établissement du confinement ?

Vu l’ampleur des moyens mis en œuvre et surtout de leur coût, ne serait-il pas légitime d’informer la population sur l’efficacité d’une telle mobilisation et d’une telle dépense et d’en définir des critères objectifs ?

Ces questions, et toutes les autres, très nombreuses, amènent clairement à se questionner sur le rôle des autorités et sur leur rapport avec la démocratie d’une part et avec l’administration d’autre part.

Le rôle du gouvernement, du Parlement et de l’État

Est-ce que le gouvernement et le Parlement ont comme rôle de contrôler les allégations de divers rouages de l’État et de l’administration, conseil scientifique, autorités sanitaires, experts en tous genres… afin de s’assurer que la politique mise en œuvre sert au mieux les intérêts du pays et des citoyens : d’agir en tant que mandataire des citoyens ?

Ou est-ce que le rôle des élus n’est rien d’autre que celui d’occuper pendant une durée déterminée le poste de supérieur hiérarchique, d’avocat et de VRP de l’État et de l’administration : d’agir en tant que directeur intérimaire de l’État ? De siéger dans le fauteuil de chef et d’assurer le service après-vente de l’administration ?

Encore une question sans réponse, où on ne peut que naviguer entre ce qui est vraiment, ce que l’on pense être et ce qui devrait être. Mais ce silence ne nous empêchera cependant pas de méditer ces deux citations de Friedrich Hayek :

« Ce n’est pas la source mais la limitation du pouvoir qui l’empêche d’être arbitraire. » – La Route de la Servitude

« La démocratie est avant tout un processus de formation de l’opinion. Son avantage principal ne réside pas dans sa méthode de sélection de ceux qui gouvernent, mais dans le fait que lorsqu’une grande partie de la population prend une part active dans la formation de l’opinion, il y a aussi une plus grande variété de personnes parmi lesquelles choisir de possibles gouvernants. » – La constitution de la Liberté.

Inexcusable et inacceptable

Depuis le début de cette crise, nous ne pouvons qu’être frappés par l’amateurisme du gouvernement et par l’arbitraire de ses décisions, alors que l’État français a à sa disposition en termes de personnel et de budget quasiment la totalité du pays à sa disposition.

L’État, le gouvernement et les contre-pouvoirs n’ont absolument aucune excuse.

Ces bricolages sans fin sont totalement inacceptables et il faudra bien se rendre à l’évidence : si le gouvernement ne surveille pas l’État au nom des citoyens et que les contre-pouvoirs ne surveillent pas le gouvernement, alors il faudra bien que cet équilibre se rétablisse un jour, d’une manière ou d’une autre.

Confier nos vies, nos avenirs, nos enfants, notre santé, notre sécurité, notre éducation, notre développement professionnel, notre retraite… payer des impôts, des charges, des taxes… à un système qui fait preuve d’un tel amateurisme et d’une telle arrogance et dont les mandataires courent partout comme des poulets sans tête… Pas sûr que le deal ne tienne encore longtemps.

Si monde d’après il doit y avoir, il ne pourra commencer que par la remise à plat du rôle de l’État dans la société française et par l’analyse du mécanisme des institutions qui ne garantissent clairement plus que l’État soit au service des citoyens, et non l’inverse.

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