Amazon, bouc émissaire du confinement raté

Etech05: Jeff By: James Duncan Davidson - CC BY 2.0

Plutôt que de vouloir punir Amazon, tous les commerces devraient être à égalité de traitement, c’est-à-dire autorisés à vendre leurs produits sans devoir tout attendre de l’arbitraire de l’État.

Par Frédéric Mas.

Parce que le confinement des populations passe par l’interdiction momentanée des biens jugés non essentiels, le gouvernement a ouvert un boulevard au géant de l’e-commerce Amazon. Les petits commerces comme les grandes surfaces sont logés à la même enseigne, et le consommateur qui voudrait s’offrir autre chose que des pâtes ou du papier hygiénique est prié de faire ses achats en ligne.

Beaucoup se sont scandalisés de cette interférence étatique anti-concurrentielle qui précipite les clients dans les bras du perfide commerçant nord-américain. La mesure gouvernementale a été tellement maladroite, tellement brutale et incompréhensible qu’elle en a même suscité des théories complotistes.

Certaines voix se sont élevées contre le plan concerté de nos « élites mondialisées » visant à détruire le secteur indépendant pour remettre les clefs au big business.

Inculture économique d’État

L’explication la plus simple est pourtant la plus plausible : la totale inculture économique de notre nomenklatura politique est en train de retomber sur le coin de la figure de ceux qui réclament la protection économique de l’État pour prospérer.

Les déclarations ahurissantes de Jean Castex et Roseline Bachelot encourageant les Français à acheter aux concurrents d’Amazon, alors qu’ils font partie du gouvernement qui a purement et simplement supprimé sa concurrence physique en est une démonstration surréaliste.

Depuis maintenant des années, le gouvernement souffle sur les braises du patriotisme économique, du protectionnisme et de l’anti-américanisme afin de diaboliser Amazon. Accusée d’évasion fiscale, de détruire des emplois, d’exploiter ses employés et de concurrencer les commerces locaux de manière déloyale, l’entreprise américaine est devenue la cible favorite de certains politiciens français, de droite comme de gauche, le grand méchant business capitaliste qui enrichit Jeff Bezos tandis que tout le monde trinque et s’asseoit un peu sur le modèle social que le monde entier nous envie.

Des politiques contre Amazon

Le 5 octobre dernier, les élus de la métropole de Rouen en Normandie avaient voté contre le projet d’installation d’Amazon à Petit-Couronne, près du centre-ville. Le maire (socialiste) de Petit-couronne n’a pas vraiment compris cet avis défavorable : le centre Amazon prévoit la création de 1800 emplois dans une ville sinistrée depuis des décennies après la fermeture de la raffinerie locale.

Un projet similaire d’implantation d’un entrepôt géant Amazon en Alsace a suscité la même réaction de rejet des élus locaux de l’Eurométropole de Strasbourg pour des raisons assez semblables à celles avancées par leurs collègues normands, à savoir l’attachement des collectivités à la « transition écologique » et au « maintien des emplois » sur le territoire. Depuis quelques jours, c’est à Nantes que les élus écolos et socialistes protestent contre l’implantation de l’entreprise trop près de chez eux.

À l’échelle nationale, Bruno Le Maire s’est fait le héraut de la taxe sur les gafa, cette mesure fiscale punitive visant autant à remplir les caisses de l’État qu’à aider les concurrents nationaux du géant américain à trouver leur place sur un marché devenu concurrentiel avec la révolution numérique.

Quatre rappels de base

Premièrement, c’est l’État qui a organisé au nom de la crise sanitaire la raréfaction de la concurrence face à Amazon, et certainement pas Amazon lui-même qui n’a absolument pas besoin de ce genre de coup de pouce. Les restrictions drastiques à la liberté de commercer favorisent naturellement les entreprises numériques, ce que n’avaient pas anticipé nos géniaux décideurs politiques qui pourtant veulent choisir ce qui est le mieux pour nous.

Deuxièmement, taper sur Amazon, c’est plus facile que de créer les conditions économiques pour qu’émergent des concurrents français et européens. Dans un pays étouffé par la pression fiscale et plus largement une bureaucratie étatique tentaculaire qui arrose quotidiennement les citoyens de cerfas, de règlements obscurs et de circulaires tatillonnes, démarrer une entreprise est une aventure extraordinaire.

La faire grossir est presque une mission impossible face à une administration qui ne perçoit les entreprises que comme des vaches à lait. Pour qu’Amazon soit possible sur sol européen, il faudrait davantage de libertés économiques, moins d’aversion pour l’innovation et la recherche du profit.

Troisièmement, plutôt que de se réjouir de voir des entreprises qui marchent entravées par la rage taxatoire d’un État dépensier, corrupteur et incapable d’assumer ses missions de base, essayons plutôt de faire reculer la machine étatique à créer de la misère et du ressentiment. La joie mauvaise qui saisit les clientèles de l’État face aux difficultés de ses concurrents est un résidu de la pathologie égalitaire bien française. Certains détestent les têtes qui dépassent et ceux qui réussissent.

Notons en plus de cela qu’Amazon n’est au fond qu’une place de marché qui fait vivre énormément de commerces en réduisant énormément le coût de l’information nécessaire à la mise en contact entre clients et vendeurs.

Quatrièmement, confinement ou pas, dans ces querelles entre législateurs et rentiers anti-Amazon, la première victime c’est le consommateur, dont les choix sont fléchés et appointés par l’État. Le principe de la concurrence dans une société de marché libre, c’est de mettre en compétition plusieurs fournisseurs d’un produit qu’un consommateur choisit selon sa volonté souveraine.

L’État n’a pas à y interférer dans un sens ou dans un autre. Amazon existe et s’enrichit parce qu’il offre des biens et des services qui satisfont sa clientèle. La même liberté de commercer doit être donnée à ses concurrents, e-commerce ou pas. Cette remise à niveau passe bien entendu par une cure d’amaigrissement fiscal pour l’État et la libéralisation du secteur du livre.

Plutôt que de vouloir punir Amazon, tous les commerces devraient être à égalité de traitement, c’est-à-dire autorisés à vendre leurs produits sans devoir tout attendre de l’arbitraire d’un État dont l’inculture économique est en train de plomber le pays.

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